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Macadam Byzance : beaucoup d’amour et de branquignols

Franco-belge Le 22 mars
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par La rédac
Macadam Byzance : beaucoup d’amour et de branquignols

L’avis de La rédac7

On a aimé • Des personnages savoureux • Une réalité rarement mise en scène
On a moins aimé • Un esprit plutôt masculin

L’aventure AAARG!, ce magazine BD quelque peu atypique n’est pas tout à fait terminée. Starsky tente de la faire perdurer sous forme de collection chez Glénat. Et sous forme d’album, chez Fluide Glacial, avec cette compilation Macadam Byzance, dessinée par Pierre Place. Si vous ne connaissiez pas ce magazine, l’album vous en offre la quintessence : beaucoup de générosité et beaucoup de n’importe quoi !

Illitch vit dans une caravane, il écrit un roman qui finira bien par voir le jour. Un jour. Hervé est une sorte de “Tanguy”, à vivre chez sa mère après trente ans. Sauf que lui n’a jamais fait d’étude. Il fait des castings. Ces deux loosers magnifiques sont amis. Ils sont frères même. Autour d’eux vit une belle brochette de nullos. Personne de grand. Tout le monde magnifique.

L'amour c'est pas comme dans les films

Macadam Byzance est une gigantesque déclaration d’amour. Starsky nous montre combien il aime ces personnes qui “ne sont rien” (cf Emmanuel Macron), ces perdants de la vie. Ils ne changeront pas la face du monde, tous ces personnages. Ils ne seront jamais de ces personnes qui gagneront leur vie confortablement. On ne les verra jamais dans des films du cinéma français. Et personne ne cherchera à les rendre aimables. Personne, sauf Starsky

Comment fait-on pour rendre appréciable des gens cabossés? On montre leur humanité : le rire, l’amitié, l’amour. Ce qui les rend à la fois unique et absolument semblables à nous. L’album se compose de saynètes, d’histoires courtes, qui n’ont pas de sens global à proprement parler. Si ce n’est celui de donner à voir des vies qui évoluent. Des relations qui changent. Il ne se passe rien dans ces pages et pourtant, les péripéties s’enchaînent avec bonheur. Hervé et Illitch connaîtront des pas très hauts et des bas. Mais eux et toute leur bande vous auront ouvert le coeur bien avant la dernière page. Et c’est comme une bande de copains, que vous laisserez derrière vous en fermant l’album.

Les gilets jaunes dans la BD ?

Voilà un album qui, par sa date de sortie, possède une résonnance particulière. Ce sont des pauvres, des “minables”, qui sont mis en scène dans Macadam Byzance. Par certains aspects, ils ont quelque chose de Gilets Jaunes. Non, pas la couleur des pastis que les personnages doivent s’envoyer régulièrement. Ce sont dans les deux cas des invisibles. Des personnes qui ne méritent pas de faire partie des histoires racontées chaque soir à télé, ou sur des écrans de cinéma. 

Pourtant, ces personnes, leur vies, sont aussi intéressantes, pour peu qu’on veuille bien leur accorder un peu d’attention. Réussir, ce n’est pas conquérir le monde. C’est aller plus loin que ses propres limites. La réussite est donc partout, même dans une caravane minable du Sud de la France.

Le grotesque par le dessin

Et Pierre Place là-dedans ? Quelle place pour le dessinateur et son style ? Pas de chichis, disons-le simplement, c’est une association particulièrement pertinente. C’est un dessin semi-réaliste qui nous est proposé. Un choix cohérent quand on veut donner à voir une réalité. Le “semi” réaliste se joue dans l’exercice légèrement caricatural que Place réalise. Ses personnages ont des trognes, des visages aux expressions soutenues, quelque peu grotesques.

Mais si c’est utilisé dans l’optique de faire rire, ce n’est pas pour se moquer. L’amour du scénariste pour ses personnages, on le retrouve chez le dessinateur qui ne craint pas de donner à voir la misère humaine. Mais qui la respecte, qui la sublime, la rend parfois totalement grandiose, ou parfaitement ridicule. Mais jamais Pierre Place ne fait montre d’irrespect envers ses personnages. Et ça aussi, ça génère de l’amour chez le lecteur.

On peut tout de même faire un reproche à cet album. Il a un petit goût de testostérone assez prononcé. Il n’est pas certain que toutes les lectrices s’y retrouvent. Attention, si on est en présence d’une BD plutôt masculine, ce n’est en rien une bd macho. Starsky est très loin de ça. Les femmes sont fortes, indépendantes, qui ne craignent pas de prendre les décisions. Mais elles restent des personnages secondaires qui accompagnent les intrigues sans en être vraiment les forces motrices. Macadam Byzance reste avant tout une bande dessinée d’hommes, qui parle d’hommes.

Starsky et Pierre Place montrent avec Macadam Byzance que l’on peut parler de masculinité en sortant des stéréotypes et en proposant des personnages faillibles et pourtant aimables. Petite dédicace à tous ceux qui considèrent que le mâââââle se doit d’être un bloc de béton armé et de supériorité.

Par Yaneck Chareyre
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