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Critique

Masiko, la critique

Franco-belge Le 20 fev 2015
1
par Elsa
Masiko, la critique

L’avis de Elsa7

On a aimé • Trois histoires qui composent le portrait d'un personnage fascinant • Un très bel objet • Le très beau dessin de Florent Maudoux
On a moins aimé • Peut-être un peu frustrant pour les lecteurs de Doggybags

Masiko est assurément le personnage le plus mystérieux et le plus sulfureux de tout l'univers Freaks' Squeele. Invisible mais primordiale dans la série principale, partout même quand on ne la voit pas dans Rouge, elle a fait sa première apparition dans le premier numéro de Doggybags, et est instantanément devenue une légende. Le Label 619 lui offre un livre rien qu'à elle, composé des deux histoires parues dans Doggybags et d'un récit inédit. Histoire de nous offrir quelques éléments pour mieux comprendre les secrets de la redoutable Masiko...

La légende de Masiko.

Dans Masiko, on retrouve donc trois histoires courtes, prenant place à l'époque où Xiong Mao est encore bébé. La première (publiée dans le premier opus de Doggybags) met en scène la maman de Xiong Mao alors que la redoutable Duchesse a envoyé ses meilleurs hommes pour faire la peau à la célèbre tueuse. Elle va devoir se fier à son instinct, et à un allié inattendu, pour se sortir de ce guêpier. Dans la deuxième histoire (parue dans le troisième Doggybags), trois truands racontent leurs rencontres récentes avec des jeunes femmes vulnérables, aussi sexy que caractérielles, pendant qu'une délicieuse créature effectue la danse des treize voiles devant eux. La troisième histoire n'est pas totalement une bande dessinée. C'est plutôt le mélange d'un recueil d'illustrations représentant Masiko, dont le corps se recouvre progressivement de tatouages, pendant que le père de Xiong Mao nous en dit plus sur lui, et ce moment où lui et Masiko se sont aimés.

La plus attachante des tueuses à gage.

Prémice de l'agrandissement d'un univers déjà aussi riche que dingue (avant les excellents spin-off Rouge et Funérailles), Masiko avait dès son introduction dans Doggybags durablement marqué les esprits. Avec elle, Florent Maudoux étendait son récit dans la durée, en proposant un ton différent (l'une des grandes forces de ce vaste univers étant de conserver une même 'patte' tout en proposant des bandes dessinées très différentes les unes des autres). La première histoire de ce recueil est un hommage explosif et plein d'humour aux films de gangsters hongkongais, la deuxième un jeu fond/forme puisque pendant que la stripteaseuse s'effeuille, les trois hommes nous présentent à travers leurs récits les failles de la redoutable combattante avec laquelle nous avions fait connaissance, lui donnant encore plus de profondeur. Dans la troisième, enfin, c'est l'histoire d'amour des parents de Xiong Mao qui nous est racontée, mais aussi la situation du père (dont le rôle est important, notamment dans Rouge) à cette époque, offrant de nouvelles clés pour comprendre l'univers de Freaks', et les secrets de Xiong Mao.

On pourra bien sûr regretter ce ratio de deux histoires déjà publiées pour un inédit, qui ne comblera pas totalement les lecteurs de Doggybags, mais l'équipe du 619 a, comme à son habitude, tout fait pour offrir un livre vraiment beau, cohérent. Une sorte de version luxe d'un Doggybags, avec cette même structure en trois histoires mais un grand format et une couverture cartonnée. On aurait peut-être aimé trouver un peu plus de bonus pour enrichir encore l'expérience de lecture (l'effet Doggybags), mais Masiko est un bel objet, un livre soigné à la couverture magnifique dans lequel on prend beaucoup de plaisir à se plonger. C'est aussi un ouvrage très complet pour mieux connaitre l'un des personnages les plus importants de cet univers, même s'il y intervient physiquement très peu. Florent Maudoux tisse habilement ses trois histoires pour que l'on s'attache instantanément à son héroïne, alors même qu'elle conserve encore une grande part de mystère. Si insaisissable et redoutable que l'on croit l'avoir rêvée, l'auteur nous raconte ce moment de vie particulier où elle est devenue mère tout en restant guerrière, et le lot de problèmes et de remises en question que cela a forcément entrainé. Au-delà de ça, il développe une héroine libre, forte, constamment sexualisée par les hommes alors qu'elle n'a rien demandé, mais qui est bien décidée à ne pas s'en laisser conter.

Côté dessin, les deux premières histoires s'inscrivent dans la droite lignée de Freaks' Squeele, ce même trait sensuel et très détaillé qui s'affranchit des cases franco-belge/manga/comics, avec une mise en page ultra dynamique, quasi cinématographique. La colorisation est travaillée avec simplicité, appuyant des ambiances nocturnes et intérieures un peu brumeuses, avec des scènes de combat particulièrement réussies, et des influences multiples savamment réinventées. La troisième histoire se démarque tout en s'intégrant parfaitement à l'ensemble, avec des illustrations pleines pages très travaillées. Portraits délicats de la femme derrière la tueuse, à la fois vulnérable et impressionnante, teintés d'érotisme mais surtout chargés de l'amour d'un homme pour la femme de sa vie. Au fur et à mesure des pages, le corps de Masiko se couvre de tatouages, où s'entremêlent des grandes figures de l'Histoire et des mythes fondateurs d'Asie et d'Occident, et des passages de Freaks' Squeele. On se régale devant chaque dessin, auxquels le texte confère une émotion palpable, nostalgique et douloureuse.

Ce Masiko est donc une réussite, qui devrait ravir les lecteurs de Freaks' Squeele et/ou de Rouge qui n'ont jamais lu les Doggybags, et pourrait bien aussi satisfaire les autres, tant ce recueil apporte une dimension plus profonde au personnage. Pas indispensable pour comprendre Freaks' ou Rouge, mais vraiment beau, explosif et touchant à la fois, Masiko peut aussi être une jolie porte d'entrée au monde imaginé par Florent Maudoux.

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