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Mauvais Genre, la critique

Franco-belge Le 21 oct 2013
3
Mauvais Genre, la critique

L’avis de ChristoBee8

On a aimé • Les atmosphères graphiques sublimes • Une narration tout en subtilité
On a moins aimé • Presque trop court

Inspiré par l'essai historique de Fabrice Virgili et Danièle Voldman, « La Garçonne et l'assassin » et très récemment couronnée du prix Landerneau, Chloé Cruchaudet s'est attelée avec brio à nous raconter l'histoire d'un couple hors du commun dans le Paris des années folles.

« Mauvais Genre » démarrant ex abrupto par l'ouverture d'un procès dont on ne connait ni le prévenu, ni la victime, on se doute néanmoins que cette histoire finira par un drame. Pourtant très rapidement, l'on passe à la rencontre, charmante, entre Paul Grappe et Louise Landy, couple d'ouvriers vivant dans le Paris du début du 20ème siècle.

Très vite rattrapés par la guerre, la grande, le couple se voit alors séparé avec l'envoi de Paul sur le front, ou il se retrouve très vite rattrapé par l'enfer des tranchées, entouré de cadavre et d'explosions. Très vite il prend la décision de s'amputer d'un doigt afin d'être rapatrié vers un hôpital. Néanmoins son répit est de courte durée et lorsqu'on lui annonce qu'il doit retourner sur le front, Paul déserte.

D'abord planqué dans une chambre d'hôtel minable pendant des semaines, un déclic s'opère lorsque que Louise, excédée par la mauvaise humeur de son mari, lui enjoint d'aller chercher lui-même la bouteille de vin qu'il réclame en lui jetant ses propres vêtements au visage. Paul décide alors de se déguiser en femme afin de pouvoir circuler librement en plein jour. Le personnage de Suzanne est alors né, et le destin exceptionnel du couple avec elle.

Si Chloé Cruchaudet a pris quelques libertés avec les faits relatés par les deux historiens (le vrai Paul Grappe désertant bien avant que la guerre de 14-18 ne s'enlise dans les tranchées, par exemple), elle a su rendre parfaitement, avec la même aisance graphique, les atmosphères des tranchées comme des folles nuits du bois de Boulogne, mais nous comble également et surtout grâce à des personnages extrêmement expressifs.

Mais ce qui fait le cœur de ce roman graphique, c'est bel et bien la relation entre ces deux personnages, leur identité et surtout leurs sentiments. Comment ce couple va-t-il évoluer au gré de l'aisance de Paul dans la peau de Suzanne ? Quelles questions cela va-t-il poser à Paul lui-même sur son identité, son genre, sa sexualité et la notion sociale de « normalité », imposée par le regard de l'autre ?

Alors que les débats sur la « théorie du genre » battent plus que jamais leur plein dans la presse et dans les média, Chloé Cruchaudet, sans aucune prétention, mais avec beaucoup de grâce et de délicatesse, nous parle avec modernité d'une problématique pas si récente que cela, tout en nous passionnant pendant 158 pages pour une histoire d'amour tragique.

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