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Mon père ce poivrot : un récit plein de force et de sincérité

Franco-belge Le 10 jan
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par La rédac
Mon père ce poivrot : un récit plein de force et de sincérité

L’avis de La rédac7

On a aimé • Des personnages attachants • La sincérité de l’auteur • Un sujet tabou bien traité
On a moins aimé • Un dessin qui pêche parfois par rapidité

Stéphane Louis est un bédéaste complet et touche-à-tout qui ne craint pas de sortir de sa zone de confort. Son nouvel album, Mon père ce poivrot, publié aux éditions Grand Angle, raconte en partie sa propre histoire, la vie de son père qui fut alcoolique. Découvrez quel regard porte Stéphane Louis sur une maladie qui lui a beaucoup coûté.

Évacuons immédiatement quelques détails : Mon père ce poivrot est un album qui n'est pas dénué de défauts. On notera par exemple une incohérence entre la date de naissance du fils du personnage principal et l'apparence qui est la sienne à la fin de l'album. Un quinqua aux allures de jeune homme, c’est un détail qui aurait dû être repéré par l'éditeur et corrigé. On notera aussi un trait variable au fil des pages. Certaines cases, notamment les plongées sur décors, souffrent parfois de problème de perspective ou bien d'un dessin un peu trop rapidement exécuté. L’artiste aurait-il eu besoin de plus de temps pour travailler son album?

Il ne reste qu'une chose : la sincérité

Pourtant, je vais vraiment vous inciter à vous lancer dans cette lecture. Car il est un élément bien plus essentiel qui rend cet album important. Ce livre apporte un regard humain et extrêmement touchant sur la maladie qu'est l'alcoolisme. On perçoit, derrière une forme d’urgence perceptible, que l'auteur a été particulièrement touché par la matière qu’il a mis en scène. Stéphane Louis le précise en introduction du livre, cette histoire a été réécrite. Mais il s'appuie malgré tout sur le vécu et sur la maladie de son père, donc sur sa propre histoire, ses propres ressentis. Cela ne peut pas être traité avec la même distance qu’un sujet totalement extérieur à l’artiste.

Notons que Stéphane Louis a cherché à construire un vrai récit de bande dessinée qui donne envie au lecteur de s'attacher aux personnages. Cela donne une course contre la montre qui contribue bien à l’excellent rythme de l’histoire. Il nous fait réfléchir sans jugement sur la situation des personnes alcooliques. Et cela fonctionne parfaitement. Même si Lulu, le héros, se montre régulièrement en difficulté, il prouve que l'alcoolisme est avant tout un boulet qui ruine la vie des personnes. Malgré toutes leurs bonnes intentions. On comprend aisément comment la maladie s'est installée, par quels ressorts. On perçoit comment l'addiction a pu prendre place dans la vie de Lulu et comment celle-ci a tout ruiné petit à petit. L'auteur ne cherche pas à dédouaner son héros de ses erreurs mais il parvient à le rendre malgré tout aimable. C’est la force de cette histoire.

En fait, le dessin a plein de potentiel !

J'ai pu mettre en avant le fait que certaines cases étaient parfois inégales en terme de dessin. Si j'emploie ce terme, c'est bien parce que certaines cases sont extrêmement bien dessinées. Dès lors que Stéphane Louis passe en gros plan, dès lors qu'il donne à voir ses personnages et leurs expressions, son dessin prend une précision et une assurance impressionnante. C'est bien pour cela qu'on peut exprimer une forme de regret quand au fait que tout l'album ne soit pas du même acabit. Mais il y a là la promesse d’une évolution artistique qu’il ne faut pas rater. Stéphane Louis évolue. Ce n’est pas sans heurts, mais c’est à mettre à son crédit. Ou bien on peut aussi dire que finalement, le dessin dans cet album est à l’image de la maladie qu’il illustre?
Je ne peux terminer cette analyse du dessin sans un mot sur la mise en couleur de Véra Daviet. L’artiste travaille de plus en plus régulièrement et on la sent s’affirmer d’album en album. Ses à-plats de couleurs viennent apporter une vraie chaleur qui convient parfaitement au message voulu par le bédéaste.

Alors oui, Mon père ce poivrot a des défauts. Mais il possède une qualité essentielle, qui fait qu'il mérite d'être lu : il nous parle avec les tripes.
Stéphane Louis livre une déclaration d'amour à tous ces pères imparfaits qui parsèment nos vies. Il fait parler ses personnage avec une humanité et une bienveillance qui fait beaucoup de bien. Alors osez prendre le temps de découvrir l'histoire de Lulu et laissez-vous toucher à votre tour. Votre regard sur les “poivrots” pourrait bien évoluer…

Par Yaneck Chareyre
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