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Critique

Monsieur Coucou, l'histoire d'un homme qui doit choisir entre deux vies

Franco-belge Le 12 fev
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par LiseF
Monsieur Coucou, l'histoire d'un homme qui doit choisir entre deux vies

L’avis de LiseF7

On a aimé • Un dilemme très bien raconté • Une histoire pleine de sensibilité
On a moins aimé • On peine à s'attacher au personnage principal • Un trait un peu figé

Le 9 février dernier sortait Monsieur Coucou chez Le Lombard : dans cette BD pleine de sensibilité, on découvre l'histoire d'Abel, un homme tiraillé entre ses origines et sa nouvelle famille. Un album à la fois triste et touchant, dont j'ai eu envie de vous parler à l'écrit après l'avoir évoqué la semaine dernière dans nos coups de coeur.

Abel a grandi au Liban. Il a fui son pays et vit désormais en France, où il refuse catégoriquement d'entendre parler de sa famille biologique. Aujourd'hui il a pris le nom d'Allan, sa petite amie s'appelle Prune, et il aime très fort sa nouvelle famille. Il aime tout particuliérement la grand-mère, Thésée, qui est très malade. Celle-ci souffre d'un cancer, doit prendre de la morphine pour ne pas souffrir, et se bat chaque jour pour continuer à vivre.

Un voyage pour une vie

La réalité rattrape Abel quand Thésée lui demande d'aller chercher un remède préparé par un guérisseur dans son pays d'origine. Les médecins savent qu'elle n'en a plus pour longtemps, et Abel est le seul à continuer à se battre, à continuer à y croire. Il ne supporte pas l'idée d'abandonner Thésée pour partir en voyage, et surtout il n'a pas envie de revoir sa famille. Il garde en lui une vieille rancune dont il ne démord pas. Mais comme il veut faire plaisir à la vieille femme mourante, il fait ses bagages et retourne au Liban.

Ainsi débute le retour aux sources d'Abel. Dans les premières pages, on le voit beaucoup se plaindre de sa famille : on sent qu'il ne les aime pas, et tout particulièrement sa mère contre qui il nourrit une haine dont on ne connait pas l'origine. Ce retour à la terre natal s'avère donc compliqué : sa famille est consciente qu'il ne les aime plus, mais ce n'est pas forcément leur cas. Ils sont heureux de revoir Abel en dépit de sa mauvaise humeur et souffrent de son comportement.

Petit à petit, on apprend des petits bouts de son histoire : qu'est-ce qu'il repproche à sa famille, qu'est-ce qui s'est passé juste avant son départ, quels sont leurs points de désaccord. Des désaccords qui sont aussi liés à de vraies divergences culturelles.

Une histoire de déracinés

L'histoire racontée n'est pas celle de Joseph Safieddine, le scénariste de la bande dessinée. Mais il s'est probablement inspiré de son vécu pour construire son récit. En effet, Safieddine est né en France, mais sa famille est d'origine libanaise. Et ça se sent dans la façon dont il décrit le liban et sa culture : la tisane au cumin, la shisha avec le frangin...

En tournant les pages, on se retrouve projeté dans ce pays et quand on ne le connaît pas, tout est une découverte. Quand au dessinateur Kyungeun Park, il parvient à retranscrire les ambiances, à donner vie aux lieux avec beaucoup de talent. Petit bémol cependant : ses personnages eux, sont un peu figés. En fait leurs expressions sont si travaillées et étudiées, qu'au final elles manquent un peu de naturel. C'est peut-être pour ça aussi qu'on peine à s'attacher à Abel. Le dilemme auquel il fait face est poignant, mais il est tellement sur la défensive tout le temps qu'on ressent difficilement de l'empathie pour le personnage.

Néanmoins, l'histoire est fascinante du début à la fin. On lit et relit les dialogues pour décrypter la source des tensions entre Abel et sa famille. On découvre avec émerveillement les paysages du Liban, et certains passages de son histoire difficiles à évoquer. Une fiction pleine de vérités, à découvrir au prix de 18 euros chez Le Lombard.

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