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Critique

Nanaqui : La biographie passionnante d'un artiste surréaliste torturé

Franco-belge Le 16 oct 2019
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par RedFanny
Nanaqui : La biographie passionnante d'un artiste surréaliste torturé

L’avis de RedFanny9

On a aimé • Une narration non-chronologique • Un héros touchant • Un trait original comme un dessin par-dessus le dessin
On a moins aimé • Il nous manque parfois des éléments pour comprendre • Trop de personnages difficilement identifiables qu'on oublie

Connaissez-vous Antonin Artaud ? Théoricien du théâtre, acteur, écrivain, essayiste, dessinateur et poète français, il a fait partie des surréalistes aux côtés de Luis BuñuelJoan Miró, Salvador Dalí et André Breton. Il a fondé le "théâtre de la cruauté" qui veut rendre au théâtre sa dimension sacrée, au point que l'acteur doit brûler sur les planches comme un supplicié sur son bûcher et doit porter le spectateur jusqu'à la transe.

Nanaqui : Une vie d'Antonin Artaud raconte son histoire, mais surtout l'homme derrière l'œuvre, les épreuves, les traumatismes, les séjours en hôpital psychiatrique, les électrochocs, la drogue...

Une biographie racontée avec les tripes

Auteur engagé, Benoît Broyart publie des réflexions sur son blog, et notamment un abécédaire autour de la folie dans lequel il informe sur le handicap ou les hôpitaux psychiatriques. Pas étonnant alors que la vie d'un tel personnage l'ait intéressé, et que l'hommage qu'il rend à Antonin Artaud soit si criant de vérité. Il a creusé et retranscrit son passé, son enfance, ses internements successifs, chaque étape de sa vie qui l'a construit et l'a détruit. Un vrai travail d'historien.

"J'y suis revenu bien des fois parce que l'œuvre concentre une belle partie de sombre, de noirs insondables, de fulgurances, de colères, et toujours la folie en toile de fond. Vingt-cinq ans qu'Antonin Artaud tisse des liens en moi. Artaud s'observant, s'analysant avec une acuité déconcertante. Artaud mort plusieurs fois, plusieurs fois revenu."

La BD s'ouvre sur un entretien avec le psychiatre Gaston Ferdière, qui a reçu et soigné Artaud à l’hôpital de Rodez entre 1943 et 1946. C'est sa voix qui sert de narrateur tout au long de l'histoire, permettant des sauts dans le temps et des retours dans le passé. L'ordre non-chronologique dans lequel on fait connaissance avec ce héros tourmenté est choisi minutieusement, afin d'aller de plus en plus en profondeur, à la manière d'une thérapie.

Un dessin aussi torturé que son histoire

Impossible de dire si le dessin de Laurent Richard est un style nécessaire au propos, ou la marque d'un travail inégal souvent désagréable à l'œil. Le trait anguleux et imparfait sert parfaitement l'univers surréaliste et torturé, surtout lorsqu'il s'égare, se sépare en différentes couches de lecture, s'additionne à la réalité tel un cauchemar vibrant. En revanche, les différents personnages souffrent d'un manque de caractérisation. Cette simplicité dans les visages fait qu'on les confond et qu'on ne les retient pas. L'essentiel est toutefois réussi : Artaud lui est criant de ressemblance et très facilement identifiable avec son long nez et ses joues creusées.

On ne pourrait imaginer autre scénariste pour raconter cette histoire complexe, ni autre dessinateur pour tenir la distance sur 123 pages, toutes ces scènes, tous ces décors, toutes ces expressions. Car pour sûr l'émotion est au rendez-vous. Les couleurs permettent de voyager au travers de l'histoire et à la rencontre d'un esprit incompréhensible, ou peut-être un peu davantage à la fin de la dernière page.

Nanaqui : Une vie d'Antonin Artaud​ est disponible au prix de 22 euros chez Glénat.

Par RedFanny
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