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Petit-fils d'Algérie, la critique

Franco-belge Le 21 avr 2015
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par Alfro
Petit-fils d'Algérie, la critique

L’avis de Alfro6

On a aimé • Un reportage intéressant • Perspective sur la colonisation inédite • De belles aquarelles
On a moins aimé • Pas aussi complet qu'un vrai reportage • Un point de vue un peu bâtard

Casterman nous propose un genre bien particulier avec Petit-fils d'Algérie, le reportage dessiné, à mi-chemin entre la BD et le documentaire. D'abord disponible (en partie) dans la revue XXI, habituée au genre, ce reportage part sur les traces de ces Pieds-Noirs, qui au même titre que les Harkis, ont souvent eut à faire face à une certaine omerta de l'histoire officielle.

"Eux, c'étaient les miens. Des rapatriés d'Algérie."

Le point de départ de l'investigation de Joël Alessandra, c'est son propre passé, au du moins celui de sa famille. En effet, fils et petit-fils de Pieds-Noirs, il finit par se poser une question cruciale qui l'agite moralement : quelle a été l'influence de sa famille en Algérie ? Quelle a été leur histoire dans cet ancien département français ? Surtout — et c'est sans doute cela qui titille la culpabilité latente de l'auteur — il se demande si ses parents et grands-parents étaient racistes, et quelle place ils ont pris durant les exactions de la Guerre d'Algérie, qui fut bien plus sanglante et cruelle que ce qu'en laissent entendre nos manuels d'Histoire. C'est ainsi qu'il embarque dans ce voyage pour retrouver l'empreinte laissée par sa famille à Constantine, ville algérienne où ils étaient implantés.

Le voilà qui débarque dans ce pays dirigé depuis 1999 par Abdelaziz Bouteflika, le genre de président qui est élu pour un quatrième mandat avec un peu plus de 80% des suffrages. Soit il est très populaire, soit... Quoiqu'il en soit, voilà l'auteur qui débarque à Constantine accompagné de son "escorte" dépêchée par les autorités. Il va alors faire le tour de la ville, rencontrer les notables et coucher sur son calepin pensées et dessins, ce qui va agrémenter son récit d'aquarelles magnifiques. On sent qu'Alessandra a à cœur de restituer les couleurs, l'ambiance et l'esprit de ce lieu sublime, entre anciennes ruines romaines, vestiges de la colonisation et scènes typiquement algériennes.

"On se soûle de ses parfums, de sa beauté intemporelle."

Si le récit d'Alessandra est intéressant, parce qu'il replace grâce aux paroles de son guide, Lockmane, les événements qui ont mené de la colonisation (qui fut sanglante) à l'accession au pouvoir de l'actuel leader du FLN, aussi parce qu'il montre quelle était la situation des Pieds-Noirs, parias où qu'ils aillent, à la fin du conflit qui mena à l'indépendance de l'Algérie. Il présente pourtant une résistance quant à son statut de "reportage". Déjà, parce que le choix de le présenter en BD tronque forcément l'aspect "investigation" de celui-ci. Mais il s'en arrange en usant habilement des séquences narratives et celles où il se fait narrateur pour laisser l'image s'exprimer.

Le principal soucis surgit quand on considère l'impartialité de son histoire. Partie prenante dès le départ, il semble presque en quête de réhabilitation de ses ancètres, il contextualise leur arrivée d'Italie après la famine, narre la légende de leur talent de constructeurs et fait même un petit tour des bâtiments érigés par sa famille. Tout cela est bien gentil, surtout quand on arrive au point culminant où il retrouve la sœur de lait de son père qui assure à quel point son grand-père a été bien bon de soudoyer les autorités locales pour libérer ce "bon arabe" qu'était le père de celle-ci, révolutionnaire mais pas trop. On sent soudain que l'objectivité n'est pas du tout à l'ordre du jour, et s'il mentionne les années de terreur, l'emphase mise sur sa famille (qui étaient sans doute des gens biens par ailleurs) a pour effet de minimiser les actions de l'OAS (et du FLN) qui ne sont pas forcément connues de tous.

En guise de crise de la cinquantaine, Joël Alessandra part sur les traces de sa famille. Bien plus louable et utile que l'achat d'un coupé sport, il nous livre un récit très intéressant sur la période trouble qui a suivie l'indépendance de l'Algérie. Pourtant, faisant partie prenante de cette histoire, il est difficile pour nous de voir quelle est la limite de l'angélisation de sa famille et du récit objectif. Une BD passionnante donc, mais qu'il convient de prendre avec une bonne dose de recul.

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