Critique > Princesse Caraboo, la critique
Critique

Princesse Caraboo, la critique

Franco-belge Le 28 mars
0
par Elsa
Princesse Caraboo, la critique

L’avis de Elsa7

On a aimé • Le talent prometteur de Julia Bax • Le récit malicieux • La critique sociale mordante
On a moins aimé • Une histoire qui reste un peu en surface de son héroïne

Scénariste prolifique qui explore les genres et les périodes de l'Histoire, Antoine Ozanam s'associe cette fois-ci à Julia Bax pour un one-shot historique et farfelu : Princesse Caraboo.

L'étrangère.

Dans l'Angleterre du début du XIXème siècle, les plus riches mènent une vie oisive qui rime souvent avec ennui. Alors, quand on amène chez monsieur et madame Worall une jeune femme qui a tout l'air d'une mendiante, mais qui parle dans un dialecte des plus étranges, un vent d'excitation souffle sur le comté de Gloucestershire

Très vite, l'extravagante Princesse Caraboo, aux coutumes farfelues et au corps recouvert de tatouages attise toutes les curiosités. Mais si Madame Worall se prend instantanément d'affection pour son invitée, d'autres se montrent plus suspicieux et considèrent la jeune femme comme une affabulatrice de haut vol. Mais si Caraboo ment vraiment, alors pourquoi ?

Curiosité.

Princesse Caraboo est un récit tiré d'une histoire vraie, comme nous l'explique le très intéressant dossier en fin de volume. Antoine Ozanam redonne vie à la mystérieuse Caraboo, dans un récit dont le style évoque le meilleur des romans de l'époque, tout en dressant un portrait sans concession de la bonne société anglaise du XIXème (et plus largement, nous pousse à nous interroger sur notre regard sur les gens 'différents'). On pourra regretter, surtout après lecture du dossier écrit par Antoine Ozanam, qu'il soit resté en quelque sorte pudique concernant son héroïne, alors qu'il semble lui avoir donné une consistance presque palpable dans son esprit. Dans Princesse Caraboo, le regard du narrateur et celui du lecteur restent en retrait, observant les évènements sans prendre partie, recomposant le puzzle à travers des témoignages et quelques retours dans le passé, sans pour autant jamais donner la parole à Caraboo, lui donner une chance de s'expliquer. Il manque en cela ce petit supplément d'âme qui aurait vraiment donné toute son émotion à ce récit.

Il n'en reste pas moins particulièrement agréable à lire, évoquant comme dit plus haut la littérature anglaise de l'époque, et notamment le second degré élégant d'une Jane Austen. La princesse vient bousculer la torpeur froufroutante dans laquelle s'enlisaient jusque là les autres personnages, et on se régale à observer ce petit monde s'agiter en tout sens, mu par la curiosité. Les personnages de cette bande dessinée rendent son histoire bien plus subtile qu'il n'y parait au premier abord. Il n'y a pas les riches-méchants d'un côté et les pauvres-gentils de l'autre, mais toute une palette de personnages aux caractères et aux intentions diverses qui apportent toute sa densité à l'histoire. Si on regrette d'être maintenu à distance de Caraboo, comme si son auteur voulait la protéger d'une société qui l'a déjà suffisamment blessée, on se régale des personnages secondaires et de leurs réactions au fil de l'histoire. Et en les observant eux, la bd montre comment le fait que Caraboo soit 'exotique' la rend intéressante, quand elle ne serait sinon qu'une mendiante dont il faut se méfier.

La dessinatrice Julia Bax livre des planches particulièrement jolies. On sent qu'en prenant encore un peu plus d'assurance, la dessinatrice laissera exploser un talent incroyable. Du trait à la mise en scène, tout dégage une sensibilité particulière et remarquable. D'habitude plutôt portée sur les super-héroïnes (elle a notamment travaillé pour Marvel), elle donne une personnalité forte et étourdissante à Caraboo. On est bientôt nous aussi fasciné par son magnétisme. Du décor aux vêtements, on sent son travail de documentation, qui nous immerge vraiment dans l'époque. Ses aquarelles sont très belles, apportant douceur et délicatesse à un récit riche en rebondissements. La colorisation appuie encore les ambiances.

Si l'on pourra regretter la petite distance pudique qu'Antoine Ozanam et Julia Bax laissent entre nous et leur Princesse Caraboo, cette bande dessinée est une jolie surprise, à la fois délicieuse comme un roman pétillant, et passionnante comme le portrait d'une société pas si éloignée de la nôtre.

Auteurs & Mots clés
Oeuvre liée
Princesse Caraboo
Princesse Caraboo Princesse Caraboo 2016
les dernières news les dernières critiques
Vous êtes certain de vouloir supprimer ce commentaire ?