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Princesse en détresse et rêves d'égalité : voici venir L'Âge d'Or, et vous n'êtes pas prêts

Franco-belge Le 06 sept
3
par LiseF
Princesse en détresse et rêves d'égalité : voici venir L'Âge d'Or, et vous n'êtes pas prêts

L’avis de LiseF10

On a aimé • Un storyboard ingénieux • Un style graphique à couper le souffle • De vrais enjeux
On a moins aimé • C'est tellement bien qu'il va falloir faire fort pour que le second tome soit aussi beau

Cet été sur France Inter était pré-publié L'Âge d'Or, la bande dessinée de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil prévue pour la rentrée chez Dupuis. Rien qu'en version numérique, on réalisait déjà que ce serait un chef-d'oeuvre. Et puis j'ai pu lire la BD en physique, et je ne m'en suis toujours pas remise. Si vous lisez régulièrement 9emeArt, vous savez que je ne suis pas du genre à mettre 10 sur 10. Mais là, je n'avais pas le choix. Parce que c'est du très très lourd.

Une princesse déchue, un royaume en détresse

On suit l'histoire de Tilda, une jeune princesse qui vit un bien mauvais moment : son père vient de mourir et il va maintenant falloir se charger de la succession. Alors qu'elle pleure sa mort et que les seigneurs se pressent aux portes du château pour rendre leurs derniers hommages, son petit frère le prince fait irruption. Soutenu par la reine mère, il a décidé de prendre le pouvoir, même si le trône devrait normalement revenir à Tilda. Déchue, la princesse gêne : elle est condamnée à l'exil et s'échappe pour s'enfoncer dans la forêt, aidée par ses amis le seigneur Tankred et le chevalier Bertil.

Commence alors pour Tilda un véritable voyage initiatique. Leur fuite est loin d'être l'unique soucis du nouveau prince, qui fait face à la grogne montante du Peuple. Hé oui parce que qui dit château, roi et princesse dit aussi cerfs. Le Peuple est condamné à travailler d'arrache-pieds pour les seigneurs, subissant la cruauté de ces maîtres et rêvant de pouvoir un jour manger à sa faim. Au fil de ses pérégrination, Tilda va rencontrer les "petites gens" et prendre la mesure de leur colère. Et parmi eux circule une rumeur : on parle de L'Âge d'Or, le temps où il n'y avait ni seigneurs ni cerfs, où tous étaient égaux et pouvaient manger à leur faim...

Un combat pour l'égalité

Enfin, Pedrosa est de retour avec un bon gros album comme on les aime. Pour ma part j'avais adoré Portugal, qui à l'époque avait représenté un sacré budget pour mes touts petits revenus d'étudiante. Mais je ne l'avais pas regretté une seule seconde ! Cette fois il est accompagné de Roxanne Moreil en tant que co-scénariste. Et une femme pour co-scénariser L'Âge d'Or, ça me parait fort judicieux.

Tilda est un personnage féminin très crédible. Si elle est à l'écoute et ouverte d'esprit, elle reste une princesse, impatiente face aux cerf et choquée par leur désir de liberté qui défie l'ordre établi. Mais L'Âge d'Or est une oeuvre véritablement féministe, et cela va au-delà du choix d'une femme comme personnage principal. Suite à sa fuite, notre petit groupe va découvrir un village caché, entièrement composé de femmes qui ont décidé de s'affranchir de la violence masculine. Toutes ont souffert, et ont finalement décidé de se couper du monde pour établir une société plus juste, égalitaire.

Si le message se transpose évidemment à notre société actuelle, il entre également en résonance avec le combat des cerfs de L'Âge d'Or. Là où le Peuple s'organise pour affronter les seigneurs et gagner son indépendance afin de construire une société plus juste, ces femmes ont bâti cette société de leurs propres mains, à l'abri de tous. Il est donc question d'égalité, et c'est d'autant plus intéressant que notre personnage principal est une princesse souhaitant récupérer son trône.

Et comment parler de L'Âge d'Or sans parler du dessin ! Les planches sont pleines, minimisant les zones de vides. On pense aux tableaux médiévaux représentant des scènes immenses où plein de choses se déroulent en même temps, mais aussi aux enluminures des parchemins, minutieusement travaillées. De fait, on peut assister à différentes actions dans la même case, où certains personnages sont même répétés pour indiquer le mouvement. Tout ça, ça prend de la place : alors les pleines et même les double-pages sont nombreuses, dans ce gros album de 232 pages.

Difficile de dire du mal de L'Âge d'Or, tant l'album est excellent à tous points de vue. Le message est juste et fait réfléchir, le dessin est simplement sublime, donc comme on dit, que demande le peuple ? Enfin sachez qu'il s'agit du premier tome d'un diptyque, donc on n'a pas fini d'en prendre plein les yeux ! L'album sera disponible dès demain chez Dupuis dans la collection Aire Libre, au prix de 32 euros.

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