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Critique

PTSD, la bande dessinée incontournable de ce début d'année

Franco-belge Le 28 fev 2019
7
par LiseF
PTSD, la bande dessinée incontournable de ce début d'année

L’avis de LiseF10

On a aimé • Beaucoup de bienveillance sans tomber dans la niaiserie • Des graphismes à couper le souffle • Une palette de couleurs audacieuse
On a moins aimé • Certaines cases manquent un peu de clarté

Voilà des mois, que dis-je des ANNÉES qu'on vous parle de PTSD. En 2016 Sullivan vous proposait déjà de découvrir quelques pages de cet album de Guillaume Singelin, prévu aux États-Unis chez First Second. En lisant la preview il y a deux semaines, j'ai pris une sacré claque mais un doute restait : c'est beau, mais est-ce que c'est intéressant ? J'ai enfin eu l'occasion de lire l'album hier et malgré ses 192 pages je l'ai dévoré en trente minutes parce que C'EST DE LA PURE BOMBE.

De retour de la guerre

Dans PTSD on suit l'histoire de Jun, une jeune femme aux cheveux roses revenue du front. Amochée, un bandeau sur l'oeil, elle traîne maintenant dans les rues de la ville, avec encore son uniforme sur le dos. Jun est devenue accro aux pilules, et souffre le martyre quand elle est en manque. Alors elle devient méchante, voire même dangereuse, et pourrait tuer pour en obtenir. Quand elle réalise qu'un gang profite de la détresse des vétérans pour s'enirchir dans le commerce frauduleux de pilules, elle décide de réagir de la pire des façons : c'est la guerre, non plus dans la jungle mais au milieu des buildings.

Pourtant, tout n'est pas si sombre dans le monde de PTSD : Jun va devenir amie avec Red, un beau chien tout calme et très doué pour repérer les humains en détresse. Elle va aussi rencontrer la gentille Léona et son petit garçon Bao, ou encore un vieux général à la retraite qui s'est pris d'affection pour les animaux abandonnés du quartier. Bref, une destinée plus pacifique s'offre à notre héroïne : mais va-t-elle prendre ce chemin ?

La violence du traumatisme, la douceur des gens

Vous l'aurez compris, l'album met en scène une véritable dualité : d'un côté, on a les souvenirs terribles de la guerre, qui hantent Jun nuits et jours. De l'autre côté, on a la gentillesse de Léona, la compagnie compatissante de Red. Guillaume Singelin jongle avec ces deux facettes avec une dextérité impressionnante. Parfois PTSD est clairement violent, quand l'héroïne cède à une sorte de folie meurtrière presque inhumaine. Les pages sont alors riches en carnages et en giclées de sang. D'autres fois pourtant, on a presque les larmes aux yeux tant les scènes sont attendrissantes, touchantes. Paradoxalement, PTSD est une ode à la gentillesse pure, celle dont les cyniques se moquent. Ce n'est pas une leçon de vie, ça n'a rien de moralisateur. Mais là où certains scénaristes s'obstinent à chercher une face sombre à chacun de leurs personnages pour les rendre plus "vrais", Guillaume Singelin nous propose de la vraie bienveillance, tout simplement. Et ça fait du bien !

Sans surprise, graphiquement l'album est une pure merveille. La preview était déjà très belle, et le reste de l'album est lui aussi excellent. L'auteur passe des petites cases pour une action rapide aux pleines pages plus contemplatives, et semble se faire plaisir dans les deux cas. Les cadrages, les designs des personnages, tout semble avoir été étudié au millimètre près, raison sans doute pour laquelle l'auteur tease ce projet depuis si longtemps. Et les couleurs achèvent de parfaire l'ensemble. Chaque page a sa dominante, on passe ainsi d'un jaune chaleureux pour une discussion au bord du fleuve à un gris froid pour un combat dans une ruelle, ou encore un vert luxuriant pour un moment de calme au coeur de la guerre...

PTSD méritait une belle édition et sans surprise, le Label 619 lui fait honneur. La couverture envoie tout de suite du lourd avec son titre au gaufrage brillant et son illustration lumineuse. En plus, vous ne fermerez pas tout de suite l'album à la fin, car les bonus valent aussi le détour : un texte de Guillaume Singelin nous permet d'en savoir un peu plus sur ses influences pour le personnage de Jun, mais aussi pour la ville et pourquoi il a choisi de parler du PTSD, le syndrome de stress post-traumatique.

Depuis mon arrivée chez 9emeArt je n'ai mis qu'un seul 10/10, à L'Âge d'Or. Après mûre réflexion, j'ai décidé que PTSD valait lui aussi la note maximale. L'auteur a tout bon, tant graphiquement qu'au niveau du scénario. Il m'est arrivée de devoir "décrypter" des cases où l'action ne me semblait pas claire, mais ça ne m'a pas empêchée de trouver l'ensemble vraiment puissant. L'album sera disponible dès demain chez Ankama au prix de 19,90 euros et je n'ai qu'un conseil : foncez.

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