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Sous la maison : un titre envoûtant et acide sélectionné à Angoulême

Franco-belge Le 07 dec
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par La rédac
Sous la maison : un titre envoûtant et acide sélectionné à Angoulême

L’avis de La rédac8

On a aimé • Un jeu de couleurs hypnotique • Un regard acide sur la jeunesse américaine et ses actes • Livre ouvert : une odeur de papier et d’encre envoûtante
On a moins aimé • Un album qui pourra rebuter les lecteurs occasionnels de BD

Éplucher une sélection du Festival International de la BD d’Angoulême, c’est se confronter à des albums dont peu de gens auront entendu parler. Certains livres relèvent définitivement de l’expérimentation graphique ou narrative. Pourtant, pour qui ose passer outre ce premier ressenti plein de doutes, il y a de captivantes expériences de lecture à faire. Exactement comme cet album, Sous la maison, de Jesse Jacobs publié aux éditions Tanibis. Suivez le guide, passez dans une nouvelle et hypnotique dimension.

Il fallait chercher avec attention pour dénicher les productions du canadien Jesse Jacobs en France, trois albums en tout, publiées tous par Tanibis, tels que Et Tu Connaîtras l'Univers et les Dieux. Animateur autant que bédéaste, l’artiste sort clairement des clous et appartient à une scène underground canadienne bien moins visible par chez nous. Alors oui, le choix du comité de sélection du FIBD est un choix exigeant. Pourtant, quand on feuillette l’album, on comprend rapidement ce qui a guidé le jury. Il y a quelque chose d’incroyablement attirant et de complètement fou, derrière cette oeuvre.

Sous la maison, un autre monde

Daisy est une ado normale, qui vient d’emménager dans une banlieue américaine typique. Tout se ressemble, ce qui arrangerait bien la jeune fille qui voudrait ne pas se faire remarquer. Sauf que dans le sous-sol de sa maison, le lave-linge s’avère être un passage vers une autre dimension. Il ne va pas être facile de garder cela secret…

Explorer un autre niveau de conscience afin de sortir de la banale routine quotidienne… Sacrée proposition n’est-ce pas ? Oui, Jesse Jacobs est ambitieux, mais il est à la hauteur de ce qu’il propose. Sa réussite, c’est une parfaite osmose entre le caractère barré de son histoire et l’association dessin/narration avec laquelle il la met en scène. Jacobs met d’ailleurs le lecteur immédiatement dans le bain, puisque la toute première séquence nous plonge directement dans l’autre dimension. Un espace dans lequel toute chose est constituée en longs rubans de couleur. Le lecteur est dérouté, perdu comme peut l’être Daisy, le personnage principal, en pleine exploration de ce monde. Au fur et à mesure de son retour, Daisy reprend apparence humaine et le dessin se fait en aplats de noir (des noirs très profonds et écrasants) et de blanc. On ne peut faire une opposition plus symbolique entre les deux univers. 

Pour rester encore un peu sur les questions de forme, notons les découpages très particuliers appliqués par l’auteur sur ses planches. Ceux qui ont lu le théoricien Scott McCloud (L’art invisible) y reconnaitront une application de sa « solution de continuité ». Ou dit autrement, un enchaînement de cases sans lien évident entre elles. Rassurez-vous, ces enchaînements très « conceptuels » ne sont pas la base du livre, juste un rythme régulier destiné à perdre le lecteur dans un monde qu’il ne doit pas plus comprendre que le personnage. C’est très fou, comme posture, c’est certain.

L'explorateur occidental, ce fléau

Si la forme est extrêmement travaillée, Jesse Jacobs propose aussi un fond de qualité. Il y a évidemment un appel à la spiritualité. Non pas à la religion, mais à une posture plus individuelle d’ouverture à une autre perception du monde. Une perception qui, vous l’aurez compris, se traduit aussi visuellement dans cet album. Mais ce qui est le plus frappant, c’est le regard de l’auteur sur la jeunesse occidentale. Ce sont des adolescents qui accèdent à cet univers et comment se comportent-ils ? Se montrent-ils des ambassadeurs de paix, responsables et ouverts ? Non, ils se comportent comme des nuisibles, comme des prédateurs ravageurs. Sans mesurer les conséquences de leurs actes sur l’environnement qu’ils visitent. La charge est féroce et les adultes ne devraient pas s’estimer tenus à l’écart : c’est de l’Humanité, que nous parle Jesse Jacobs.

Le FIBD a donc très bien fait de placer cet album dans sa sélection, puisqu’il mérite vraiment qu’on en fasse la découverte. C’est un album pas facile d’accès mais qui devrait satisfaire les lecteurs les plus exigeants pour sa qualité intrinsèque. Et n’hésitez pas à « explorer » à votre tour le catalogue Tanibis, d’autres pépites s’y cachent.

Par Yaneck Chareyre
son Instragram

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