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Critique

Tamara de Lempicka, la critique

Franco-belge Le 11 nov
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par Elsa
Tamara de Lempicka, la critique

L’avis de Elsa7

On a aimé • Une biographie très vivante • Un personnage fascinant • Le dessin sublime
On a moins aimé • Un format de 46 pages un peu frustrant

A l'évocation de Tamara de Lempicka, on a sans doute tous en tête l'un ou l'autre de ses tableaux, évocation d'un féminin glamour. Mais connait-on la femme derrière les portraits ? Virginie Greiner et Daphné Collignon, qui avaient déjà signé ensemble l'excellent Avant l'Heure du Tigre, nous emmènent à sa rencontre.

Sulfureuse.

D'origine russe, Tamara a dû fuir son pays à la chute du Tsar, dont son mari était très proche. Depuis leur arrivée à Paris, il se noie dans le désespoir et dans l'alcool et la jeune femme fait vivre sa famille grâce à sa peinture qui connait déjà beaucoup de succès. Mais son art a une exigence : la liberté. Pour s'inspirer, pour rencontrer modèles et commanditaires, Tamara mène une vie nocturne riche et sulfureuse qui enrage son époux. 

Au moment où nous la rencontrons, Tamara n'a qu'une obsession : trouver LE modèle, cette femme qu'elle devine sans jamais la croiser dans ce monde de la nuit qui l'obsède. Elle n'a que son regard et son instinct pour la reconnaitre. Son nouvel ami, André Gide, se propose de l'aider.

Instant de vie.

Avec un talent plein d'élégance, Virginie Greiner et Daphné Collignon dressent à la fois le portrait d'une femme et celui d'une époque. Car autour de l'hypnotisante Tamara gravite tout un petit monde dont les noms ne nous sont pas inconnus... On sent le récit parfaitement documenté mais il est surtout très vivant. On est là, avec elle, dans les clubs où se presse le beau monde parisien comme dans les troquets les plus populaires, dans les musées comme au sein de son appartement où s'entremêle la noirceur de son mari et l'innocence de Kizette, leur fille.

Il n'y a qu'un seul reproche que l'on pourrait faire à cette bande dessinée, elle est trop courte. Sans doute un peu contrainte par les codes de la collection Les Grands Peintres chez Glénat, ces 46 pages donnent la sensation de faire à peine la connaissance de cette femme incroyable qu'on doit déjà la quitter. Il aurait peut-être fallu un sous-titre pour nous prévenir : plus que la vie de l'artiste, ce Tamara de Lempicka nous raconte ce moment précis d'obsession, du mirage d'un modèle parfait à sa possible rencontre. Heureusement, un dossier passionnant et richement illustré vient compléter le récit en fin d'ouvrage.

Jeux de séduction.

Malgré cette petite frustration, cette bande dessinée est une jolie réussite, passionnante, touchante, et qui raconte avec intelligence la vie d'une femme qui a bousculé les codes de son époque, s'attachant fermement à sa liberté comme une part indiscutable de son art. Cela donne encore plus d'âme à son oeuvre, à chacun de ses tableaux, et l'on comprend un peu mieux le contexte qui les accompagne.

Et puis surtout, il y a le dessin incroyable de Daphné Collignon. Cette dessinatrice est assurément l'une des plus talentueuses du franco-belge actuel. Son trait plein d'élégance donne naissance à des planches toutes plus belles les unes que les autres, extrêmement vivantes mais qui nous invitent pourtant à la contemplation. Il y a dans ses personnages une sensualité troublante, totalement hypnotisante et l'on ne peut plus détacher le regard de cette Tamara plus vraie que nature qui attire tous les regards, captive ceux qui l'entourent comme le lecteur. La dessinatrice distille une élégance fantasmée rappelant le cinéma hollywoodien des années 30 à 50. Une lumière, des personnages comme des acteurs, charismatiques et séduisants. Impossible de ne pas être subjugué par cette évocation sans une fausse note. Et quand elle mêle son trait à celui de Tamara pour reproduire des croquis et des peintures de l'artiste, le résultat est plus qu'à la hauteur, nous donnant l'illusion de plonger dans les carnets de l'artiste. 

Si l'on peut regretter que le format court de la collection à laquelle cette bande dessinée appartient donne une impression de 'pas assez', ce Tamara de Lempicka n'en reste pas moins un titre vivant, envoûtant, qui laisse se déployer le talent de ses autrices. Virginie Greiner sait comme personne insuffler une âme aux personnages de papier d'une biographie et Daphné Collignon nous hypnotise de son trait sublime. Un joli petit bijou et deux autrices à suivre de très près.

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