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Critique

Transperceneige Extinctions : le déclin de l'humanité est-il incontournable ?

Franco-belge Le 21 mai 2019
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par La rédac
Transperceneige Extinctions : le déclin de l'humanité est-il incontournable ?

L’avis de La rédac9

On a aimé • La pertinence de l’analyse de nos sociétés • Une lecture qui donne envie de se ruer vers le tome suivant • Un dessin qui percute les plus optimistes des lecteurs
On a moins aimé • Un nœud scénaristique trop rapidement traité pour faciliter le déroulement de l'histoire

Dès 1982, le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette vient interroger notre survie face au changement climatique. Trente ans plus tard, alors que le dérèglement climatique est devenu une certitude, le Transperceneige continue de rouler dans de nouvelles aventures, toujours dessinées par Rochette mais cette fois-ci scénarisées par Matz. Comment l’Humanité a-t-elle chuté, c’est la réponse qui nous est proposée.

La fin de l’Humanité est désormais proche, chacun en a pleinement conscience. Mais personne ne réagit de la même façon. Surtout pas chez les milliardaires. Quand on a les moyens financiers d’agir, on souhaite prendre part aux évènements. Deux hommes vont donc s’affronter idéologiquement, à la surface du globe. Pas pour arrêter les évènements, cela n’est plus possible. Mais pour décider du sort de l’Humanité. Doit-elle survivre, comme le pense le chinois Zheng qui a préparé une ultime arche de Noë ? Ou au contraire, doit-elle périr comme le pense le brésilien Marcio qui a prévu d’accélérer les choses ?

Quand les déclinologues s'affrontent

Transperceneige Extinctions tome 1 est un album de son époque, quand bien même il soit lié au passé. Une façon de rappeler que malheureusement, les scénarios catastrophistes issus de l’appel de Stockholm dans les années 70 sont devenus notre quotidien. Ce qui était de la science-fiction est devenu notre réalité. Évidemment, personne à ce jour n’est capable de déterminer précisément ce qu’il va advenir de nous. Mais le constat est sans appel, nous avons profondément modifié notre climat et nous sommes en passe de franchir le point de non-retour total. Cette incertitude quant aux modalités de notre futur laisse toute leur place aux auteurs de science-fiction pour de nouveaux écrits. 

L’humain collaborera-t-il dans la tourmente ou préfèrera-t-il s’entredévorer? C’est le débat crucial dont s’emparent pleinement Matz et Rochette par l’entremise de Zheng et Marcio. Ils placent leurs personnages au moment où tout tombe et examinent leurs positions respectives. Évidemment, les auteurs ont choisi leur camp. Car finalement, il n’y a rien de sympathique dans les positions du brésilien, relativement antipathique et manifestement illuminé. Zheng, lui, affiche rationalité et ambition. Il est l’incarnation du sauveur tel que certains milliardaires américains se perçoivent réellement (Elon Musk en première place). Charismatique, intelligent, Zheng sert le bien commun et la survie de l’Humanité. Notez bien qu’il n’est question chez aucun des deux de sauver TOUTE l’Humanité. Juste de savoir si celle-ci a encore un futur. 

La réponse, nous la connaissons dans le cadre du Transperceneige, pour peu que l’on ait connaissance du contexte de la série. L’enjeu de ce tome n’est pas comment l’humain survivra, mais plutôt de savoir comment l’Humanité tombera. Ou comment elle débutera sa chute, puisque le tome 2 devrait encore voir les plans de Marcio à l’oeuvre, jusqu’au grand refroidissement qui devrait être au coeur du tome 3.

Un scénario qui semble prendre des lignes à grandes vitesse

Par rapport au scénario, on pourra tout de même pinailler sur un élément peut-être un peu trop rapidement traité, mais assez essentiel pour l’avancée du scénario : le lien Zheng-Valentina. La relation entre le milliardaire et l’éco-terroriste, qui ne se connaissent pas au début de l’histoire, évolue en quelques pages sans que l’on comprenne bien pourquoi. Si l’aura de Zheng est mise en avant, on ne voit pas vraiment pourquoi lui se trouve séduit par Valentina. Et c’est très dommage parce que sur ce tome 1, cette relation s’avère le seul moyen pour le chinois de lancer le Transperceneige à temps. D’ailleurs, on ne comprend pas non plus comment les informations acquises par Valentina sont transmises à Zheng par delà la planète alors qu’ils n’ont plus de contacts. C’est un peu regrettable, mais il est vrai que ces éléments ne perturberont sans doute que les lecteurs les plus à cheval sur la cohérence des scénarios.

La tension s'exprime par le crayon

Dessinateur historique de la série, Jean-Marc Rochette déploie son talent comme il sait si bien le faire. Il travaille un trait particulièrement charbonneux, épais, entre pinceau et plume affutée. Il joue tout autant sur les masses d’encre, afin que le tout réuni produise une ambiance de fin du monde implacable. Des effets visuels renforcés par les couleurs intenses du coloriste espagnol José Villarubia, qui vient apporter de l’intensité quand le noir laisse place à la couleur. On pourra aussi apprécier, dans le travail de Rochette, cette alternance entre les cases très détaillées et celles nettement plus tournées vers l’intention, la puissance et le rythme. Une excellente façon, en variant son style, de créer plus encore le sentiment d’inéluctabilité. 

Transperceneige Extinctions tome 1 vient confirmer que la série SF des années 80 reste aujourd’hui encore d’une grande pertinence. Le mouvement perpétuel de ce train ne fait malheureusement que nous offrir avec un peu d’avance un aperçu de notre futur. À nous de réfléchir à ce que nous pouvons faire pour éviter un même destin que les personnages de cette nouvelle extension de l’univers du Transperceneige. L'album est disponible chez Casterman.

Par Yaneck Chareyre
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