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Critique

Un thé pour Yumiko, la critique

Franco-belge Le 13 mars 2014
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par Elsa
Un thé pour Yumiko, la critique

L’avis de Elsa9

On a aimé • Un graphisme beau et doux • Un récit sensible • Beaucoup de poésie
On a moins aimé • Rien

La collection Bayou, chez l'éditeur Gallimard, est un repère de petits bijoux, où les beaux graphismes flirtent avec des histoires toutes en sensibilité. Un thé pour Yumiko est loin de déroger à la règle...

D'où l'on vient...

Dix ans. Parfois Yumiko se surprend à reprendre le compte des années qui la séparent du jour où elle a posé le pied dans sa nouvelle existence, à Londres. Japonaise d'origine, elle est venue ici à la recherche d'une vie qui lui correspondait plus. Aujourd'hui elle a sa boîte de graphisme, montée avec des amis, et puis Mark.

Mais une mauvaise nouvelle la contraint à rentrer au Japon pour quelques jours, remuant ses sens, ses souvenirs, sa sensibilité et ses convictions, entre passé, présent et avenir qui s'entremêlent sans qu'elle n'y puisse rien faire.

Et où aller...

Un thé pour Yumiko est une bande dessinée douce amère, qui prend le temps de suivre son héroïne dans les émotions plus ou moins silencieuses qui la parcourent. Yumiko parle peu, observe, ne sait pas trop quoi faire de sa propre présence, de ses souvenirs encombrants, de son sentiment de ne pas être à sa place dans son propre pays et pourtant... Et pourtant, une part d'elle est bien, aussi, ici. Malgré le décalage horaire, les changements, les bribes de souvenirs qui reviennent sans prévenir et ceux qu'elle aime et qui l'attendent à Londres, il y a en elle une Yumiko qui marche doucement et regarde avidement autour d'elle.

Cette bande dessinée traite avec une pudeur, une douceur, une intelligence et une poésie incroyable de l'identité, de la famille, du deuil, du rapport aux souvenirs, de la voie que l'on choisit d'emprunter. Pendant que les yeux de l'héroïne se posent sur des objets du quotidien ou sur des mirages, ses pensées se bousculent, la submergent d'émotions contradictoires. Qui est-elle vraiment ? Que veut-elle ? Vers où doit-elle se diriger désormais ?



Fumio Obata ne cherche pas à nous donner les réponses à cette introspection, se contentant de la dépeindre avec beaucoup de finesse. L'écriture est tendre, sincère, et sonne toujours juste.

Le dessin à l'aquarelle est également un vrai délice. Les planches sont belles, douces, délicates, s'attardent sur des détails pour leur donner une valeur entre symbolisme et sublimation des petits riens. Les couleurs, pastels, un peu passées, évoquent à merveille la nostalgie, mais gardent pourtant un côté pétillant, vibrant, et la lumière est, à chaque case, aussi intense qu'apaisante.

Les influences que l'on devine derrière le trait de Fumio Obata sont multiples, anciennes et récentes, asiatiques, européennes, américaines, avec, toujours, un certain goût pour l'épure, la simplicité, l'évocation. Il y a des silences dans les cases, seulement bousculés par le cliquetis d'une tasse de thé que l'on repose, le froissement d'une page que l'on tourne, le vent dans les feuilles d'un arbre à l'ombre rassurante.

Un thé pour Yumiko est une bande dessinée qui n'aspire pas à de grandes prétentions. C'est juste un instant, une dizaine de jours, des questions qui se bousculent dans la tête d'une jeune femme et qui ne trouveront pas toutes des réponses. Et pourtant, c'est le genre de merveille dont on ressort un peu changé. Parce que Fumio Obata sait dire, à travers les mots comme avec son dessin, la beauté des petits riens, les doutes, les hésitations, les souvenirs et les rêves les plus fous. C'est comme une promenade, comme un songe, que l'on termine en laissant se prolonger encore un peu le silence enveloppant d'un matin japonais.

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