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Critique

Une maternité rouge : une belle leçon d'humanité qui ne convainc pas tout à fait

Franco-belge Le 04 fev 2019
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par La rédac
Une maternité rouge : une belle leçon d'humanité qui ne convainc pas tout à fait

L’avis de La rédac6

On a aimé • Un dessin qui alterne entre virtuosité et émotion • Un album qui met en lumière le patrimoine de l’Afrique et ses trésors
On a moins aimé • Une structure scénaristique non-aboutie

L’inconvénient, quand on produit un petit bijou, c’est que l’on rend le lecteur exigeant. Et l’on offre au critique pointilleux, un point de comparaison pour l’avenir. Une référence vers laquelle tourner son attention. Ce bijou, pour Christian Lax, c’est Un certain Cervantès. Quatre ans se sont déroulés, entre ce livre et l’album suivant, Une maternité rouge, sorti en ce mois de janvier chez Futuropolis, dans la collection consacrée au Louvre. Détaillons ensemble une oeuvre généreuse mais pas dénuée de défauts.

La générosité, chez Christian Lax, ça passe d’abord par le propos. Ce n’est plus une surprise, mais c’est avec bienveillance qu’il brosse le portrait d’un homme obligé de fuir son pays pour rejoindre la France. Un homme qui va s’exposer aux dangers, au rejet, pour une noble cause que bien peu comprendront sur son passage. C’est aussi la façon dont l’auteur reconnaît la façon dont les européens et plus particulièrement les français, ont pillé les ressources artistiques de l’Afrique (tout autant que les ressources naturelles).

Mais c’est aussi le dessin. Certaines pages, illustrant des paysages, sont des illustrations de toute beauté qui permettent à l’artiste d’exprimer toute l’ampleur de son talent. La technicité est hallucinante. Lax se renouvelle, ose, tout en proposant parfois un coup de crayon qui nous rappellera avec émotion certaines scènes d’Azrayen scénarisé par Giroud chez Dupuis. Et même si la maîtrise est là, l’émotion, l’impression, n’est jamais très éloignée.

Quand les fils de la marionnette se voient

Mais… Vous vous en doutez peut-être, mais il y a de nombreux éléments plus contestables dans cet ouvrage, qui interrogent quant au contexte de réalisation de celui-ci.

Il y a d’abord la conjonction d'événements positifs. Lax a semble-t-il voulu écrire un récit qui ne soit pas misérabiliste. Il ne nie pas les difficultés rencontrées par les migrants, par exemple, mais glisser dans le voyage un passage dans une grotte aux peintures rupestres tient quelque peu du tourisme artistique. Les choses s’articulent de trop jolie façon. Autrement dit, les ficelles sont parfois voyantes. On pourra aussi citer la première scène, durant laquelle deux personnages se parlent en enchaînant une série de lieux qui n’ont pas de sens dans la temporalité décrite. Il fallait une scène posant un certain nombre d’enjeux, elle y est. Mais elle semble forcée. Et puis il y a l’obstacle de l’entrée au Louvre, surmontée par un heureux hasard. Une rencontre fortuite, mais qui une fois encore, laisse voir combien elle était nécessaire pour résoudre l’histoire.

Christian Lax est un artiste dont le talent n’est plus à démontrer, sa carrière parle pour lui. Alors on essaye de trouver des éléments d’explication.

Des éléments d'explication ?

Dans le livre, en postface, Lax explique qu’il a été victime d’un terrible accident alors qu’il avait réalisé une bonne partie de l’album, ce qui explique le délai important entre Une maternité rouge et Un certain Cervantès. Mais il était trop avancé pour que cela explique la première scène quelque peu décousue.

Alors serait-ce le contexte de la collection? Ce sujet imposé du Louvre, personnage incontournable que l’on commence à avoir exploré sous de multiples angles au fil des albums… N’est-ce pas trop contraignant, limitant pour les artistes, qui se retrouvent à devoir en plus semer des pages didactiques pour mettre en valeur le produit et ses spécificités (ici les appareils permettant d’expertiser les oeuvres) ?

Ces questions restent sans réponses et on ne peut se départir d’une forme de regret. Il y a là une oeuvre qui ne semble pas aboutie, comme encore à l’état de brouillon narratif. Comme la statuette d’Alou serait le brouillon de la statuette du Louvre, ainsi que le suggère un personnage. Ça a du charme, mais on aurait préféré une oeuvre plus aboutie. À la hauteur du total potentiel de l’artiste.

Par Yaneck Chareyre
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