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Critique

Biorg Trinity - Tome 2, la critique

Manga Le 29 mai 2014
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par Alfro
Biorg Trinity - Tome 2, la critique

L’avis de Alfro8

On a aimé • Des dessins toujours aussi riches • Un univers qui s'étoffe • Une narration sans temps morts
On a moins aimé • Répète souvent les sentiments des personnages

Si en musique, on parle souvent du "difficile second album", la règle est applicable aussi aux shônens. Le deuxième volume d'une série est souvent crucial pour réellement appréhender la qualité d'un manga (ce n'est d'ailleurs pas pour rien que l'on voit de plus en plus les deux premiers tomes d'une série proposés simultanément). Le premier tome de Biorg Trinity nous avait interpellé, le second est-il là pour enfoncer le clou ou infirmer nos espoirs ?

"Sa perception de ce monde devait être très différente de la mienne."

À la fin du premier tome, nous avions laissé Fujii dans une situation des plus délicates. Il venait d'absorber Hosa mourant et s'apprêtait à vivre son premier combat d'envergure contre un Biorg Hunter, alors même qu'il ne comprend pas tout à fait de quoi il s'agit, n'ayant eu qu'un aperçu de ce nouveau monde qui s'ouvre à lui. Les combats étant tout de même l'une des données fondamentales de ce genre de manga, on rentre tout de suite dans le vif du sujet. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les auteurs s'en tirent avec les honneurs. La tension dramatique est soigneusement installée avant que les deux belligérants se mettent dessus dans des pages parfaitement découpées et dynamiques à souhait. De plus, la particularité du Bio Bug permet de se lâcher sur l'imagination. Ils en saisissent toutes les opportunités avec des coups retors dans tous les sens et des retournements de situation à la pelle, avec un point d'orgue atteint lorsque s'engage une pousuite au milieu des buildings entre Fujii monté sur Kiwa transformée en femme-moto et un soldat surarmé qui ressemble à un combattant de joutes médiévales sur sa coéquipière qui s'est liée avec un cheval et qui a l'étrange capacité de se faire pousser des ailes de dragons. Mention spéciale aussi aux balles qui se transforment en têtes de requins furieux.

En fait, la prolifération de l'imagination de l'imagination d'Otaro Maijo répond parfaitement au dessin foisonnant de Oh ! Great. Chaque page est remplie jusqu'au cou de détails multiples et variés. Parfois simplement avec des petits clins d'œil qui forment souvent juste le background, comme quand on croise une femme-girafe qui se sert des capacités pour porter des éléments de construction, des gouttes graphiques qui se finissent en têtes torturées qui servent de transition pour une nouvelle case ou le chignon de samouraï (on vous laisse le plaisir de découvrir ce que c'est, humour japonais). Tout ici est prétexte à un esthétisme débordant. Partisan du surplus de détails, Oh ! Great se permet d'aborder chaque page comme une occasion de déverser les hybridations stylisées qui logent dans sa tête. Ce qui frappe à vrai dire, c'est la symbiose entre les deux auteurs, la narration se lance dans une multitude de pistes, d'intrigues secondaires qui émergent à chaque chapitre, tandis que le dessin remplit outrageusement chaque planche de détails qui pourraient être développés. Puisque le concept de la série est de parler du monde, ils en recréent un. Grouillant d'histoires dont on ne saisit qu'une fraction de seconde, toutes ses vies qui s'entrechoquent, sans rapports évidents mais qui ne sauraient au final cacher une certaine synchronicité.

"Aucun humain n'a jamais vu l'univers en entier."

Biorg Trinity propose une dichotomie assez étrange. Elle est d'un côté une histoire d'aventure avec tout ce que cela comporte, des bagarres, des scènes d'actions, des personnages étranges comme ce Gory, des grands complots avec une entité qui reste mysérieuse, mais aussi ses amourettes, ses tensions entre les personnages et quelques phases de fan-service (mais apprécions tout de même le fait que le dessinateur se soit bien calmé dessus après le premier tome), le tout avec des enjeux clairs et ses codes du shônen nekketsu (on a le droit à la fameuse arme ultime du héros, qui deviendra sans doute obsolète dans deux ou trois tomes). De l'autre côté pourtant, toute la méta-histoire, les réflexions développées, font appel à des notions de philosophies et de métaphysiques qui ne sont pas l'apanage d'un genre, qui s'il est loin d'être aussi stupide que voudrait le faire croire Ségolène Royal, préfère souvent développer des histoires autour de la confiance en soi, du courage ou encore du respect. Ici, il est tout de même question de la réalité du monde, de la place de l'individu dans celui-ci, de la perception d'une réalité qui ne pourrait être que fantasmée ou même de l'aliénation de la personnalité dans le maëlstrom de la connectivité. En plus de cela, il livre quand même un discours positif, sur l'importance de l'autre et l'amitié qui permet de tout surmonter.

Biorg Trinity est une étrangeté qui tient en équilibre entre deux chaises qui ne font clairement pas la même taille. S'il respecte tous les codes du shônen jusqu'à les magnifier, il vibre par-dessous d'une réflexion métaphysique qui s'insère dans une intrigue moins simpliste qu'elle ne pourrait paraître. Extrêmement riche visuellement et narrativement, la nouvelle œuvre d'Oh ! Great confirme être la bonne surprise de cette année, et on attend déjà impatiemment septembre pour avoir le prochain tome entre les mains !

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