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Critique

Death Note (Netflix) : La critique

Manga Le 25 aout
7
par JiBé
Death Note (Netflix) : La critique

L’avis de JiBé3

On a aimé • Les morts graphiques • Le rire de Ryuk • A un moment il y a "Take My Breath Away"
On a moins aimé • N'a rien compris à l'oeuvre originale • Des personnages idiots et archétypaux

Les adaptations de Mangas par des studios américains n'ayant jamais réussi à convaincre le public, en annonçant un film Death Note, Netflix avait surpris tout le monde. Le géant du streaming allait-il réussir là ou les studios Hollywoodiens avaient échoué ? La réponse est malheureusement non. C'est même pire puisque Death Note réussit à être une mauvaise adaptation mais aussi un mauvais film et il se place loin devant Ghost In The Shell comme la plus mauvaise adaptation de manga de cette année.

Sorti entre 2003 et 2006 le manga écrit par Tsugumi Oba et dessiné par Takeshi Obata avait fait sensation à l'époque, je me souviens encore attendre la sortie de chaque scantrad le jeudi soir (pas bien), la sortie chez Kana m'ayant ensuite permis de faire découvrir à moults quidams que les mangas ne se résumaient pas à Dragon Ball et à Candy et qu'ils pouvaient aussi proposer des œuvres complexes et profondément intéressantes.

Pour ceux n'ayant jamais eu la chance de lire Death Note rappelons que le manga raconte l'histoire de Light Yagami, un lycéen exemplaire qui rentre en possession du fameux Death Note. Appartenant à un dieu de la mort, ce cahier est capable de provoquer le décès de chaque personne dont le nom est inscrit à l’intérieur. Décidant d'utiliser les pouvoirs du cahier pour rendre la justice et purifier le monde de tous les criminels, Light croisera dans sa croisade le détective L, enquêteur de génie atteints de nombreux TOC. Le manga alliant des débats idéologiques, de nombreux plans à tiroirs et des retournements de situations à foison a depuis été adapté en animé, en drama et en film live au Japon - ces divers adaptions ayant toutes, dans une certaine mesure, réussi à capter l'essence du manga et à la retranscrire assez fidèlement.

Ne nous mentons pas, l'adaptation d'Adam Wingard, a qui l'on doit le remake de Blair Witch et qui sera bientôt derrière la caméra pour organiser le combat en King Kong et Godzilla, n'est pas une franche réussite et vouloir condenser les 13 tomes du mangas (enfin plutôt les 7 premiers, les fans sauront pourquoi) en un film d'une heure quarante cinq n'était sans doute pas la meilleure des solutions pour accoucher d'un métrage sans grosses modifications. Mais au delà du scénario, là où le film pèche c'est dans ses personnages principaux : Light, Misa et L. Si les interprétations de Nat Wolff et Margaret Qualey peinent a convaincre, le physique filiforme de Lakeith Stanfield fonctionne bien pour le personnage de L d'autant que l'acteur a su saisir quelques mimiques et manies du personnage. Light, qui était un lycéen brillant, froid et calculateur, devient ici un ado maltraité et animé par un sentiment de vengeance, Misa passe de la fanatique religieuse à un pom-pom girl morbide et les TOC et l'addiction de L au café est remplacée par une addiction au Skittles. On pourrait y voir une volonté des scénaristes de créer de l'empathie envers un tueur en série, de dénoncer l'addiction aux réseaux sociaux et au voyeurisme qu'ils ont créé et une réflexion interessante sur la surconsommation des médicaments type Ritaline aux Etats-Unis, mais cela serait donner du crédit à des gens qui n'ont tout simplement pas compris l'oeuvre qu'ils adaptaient. Quid de la colère froide de Light et ses reflexions quand à la corruption de notre société ? De la relation abusive presque sadomasochiste entre Light et Misa ? De la critique du fanatisme religieux via le culte de Kira, ou encore la determination de L, qui n'hésite pas à mettre en danger la vie de nombreuses personnes pour arriver à ses fins ou même de sa volonté de surpasser intellectuellement Light plutôt que simplement l'arrêter ? Tout ça semble avoir été oublié en cours de route.

Une fois le deuil de ne pas voir les personnages du manga à l'écran, il reste encore l'espoir que le film puisse raconter une histoire intéressante mais là encore il va falloir faire preuve de souplesse. Le jeu du chat et de la souris qui existe entre les deux protagonistes est réduit à peau de chagrin. Ajoutons à ça de nombreuses incohérences, comme ce moment où Light, bien que sachant être recherché par le FBI, utilise son portable pour envoyer des SMS contenant des informations sur le Death Note. Et si Willem Defoe incarne une Ryuk assez convaincant en surjouant à peine son rire il est fort dommage que la plupart de ses apparitions soient dans l'ombre ou en total contre-jour comme si le réalisateur n'assumait pas vraiment la présence de ce personnage dans son film. Reste que le métrage se laisse regarder notamment grâce à un photo pas trop dégueulasse qui joue beaucoup sur la saturation des couleurs lors des scènes de nuit et à la mise en scène ultra graphique des morts qui ne manquera pas de surprendre bon nombre de spectateurs.

Le film de Adam Wrigard n'est pas une bonne adaptation, encore pire il n'est même pas un bon film. Si l'on peut lui reconnaître une photo plutôt agréable et le comique des scènes de meurtres qui n'est pas sans rappeler les jouissivement idiots films Destination Finale, il est tellement à coté de l'oeuvre qu'il adapte que l'on se demande si les scénaristes, les producteurs et le réalisateur ont vraiment lu les règles du Death Note avant d'écrire dedans. 

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