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Critique

Emma volume 4, la critique

Manga Le 01 dec 2013
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par Elsa
Emma volume 4, la critique

L’avis de Elsa9

On a aimé • Le très beau dessin de Kaoru Mori • L'histoire toute en justesse • La galerie de personnages très attachants
On a moins aimé • On pourrait presque regretter que l'histoire ne dure pas un peu plus longtemps

Après le succès de Bride Stories (Prix Intergénérations au festival d'Angoulême en 2012), l'éditeur Ki-oon a décidé de mettre son auteure à l'honneur en rééditant ses deux séries, Bride Stories donc, mais aussi Emma (précédemment publié chez Kurokawa) dans la collection Latitudes. Cette collection, où a également été publié Goggles, propose une édition luxueuse dans l'esprit d'Écritures chez Casterman. Ce grand format dont on n'a pas forcément l'habitude pour les mangas est une véritable aubaine ici, tant il donne une autre dimension au dessin raffiné de Kaoru Mori.

Emma se retrouve publié en volume double, et s'est donc achevé avec le quatrième tome. Retour sur une série à part.

© 2002 Kaoru Mori

Quand le shojo rencontre Jane Austen

Emma est une jeune femme au passé difficile. Femme de chambre pour une gouvernante à la retraite, elle fait un jour la rencontre de William Jones, riche héritier dont sa patronne fut la nourrice. Même si tout les sépare, Emma et William sont troublés l'un par l'autre, et se rapprochent sans même s'en rendre compte. Entre extrême timidité et conventions sociales, leur idylle se construit en douceur, même si leur histoire semble n'avoir aucune chance d'aboutir...

Si l'anglaise Jane Austen est souvent considérée comme une auteure romantique, elle fut sans doute la première à mêler à la romance une critique sociale mordante, apportant à ses romans une dimension bien plus profonde. L'influence de son œuvre sur Kaoru Mori est indéniable, et la mangaka a su à merveille adapter l'esprit de la romancière au genre shojo.

Car Emma est d'abord un shojo. Une histoire d'amour tendre, teintée d'humour et d'émotions. Mais au delà de ça, c'est une plongée dans l'Angleterre victorienne (fantasmée par l'auteure, qui prend parfois ses distances avec la réalité pour ajouter tout ce qu'elle aime à l'univers qu'elle a créé), et surtout une critique douce-amère de la bonne société londonienne de l'époque, de ses codes, ses valeurs et ses contradictions. Autour des deux héros gravitent de nombreux personnages, notamment la famille de William qui à elle seule permet à Kaoru Mori de tisser de nombreuses destinées. Ainsi, elle prend le temps de développer au moins un peu l'histoire de chacun de ses frères et sœurs, ainsi que celle de ses parents, particulièrement représentative des valeurs absurdes de cette période. Au fil des pages, et des quatre volumes, on découvrira encore toute une galerie d'hommes et de femmes de toutes les conditions sociales, dressant ainsi un portrait riche, varié, et passionnant d'une Angleterre en plein changement.

© 2002 Kaoru Mori

Une histoire de passions

L'histoire elle-même évolue à un rythme lent mais pourtant captivant, et si les relations entre William et Emma restent au centre de l'histoire, l'auteure laisse aussi sa place à bien d'autres intrigues, dans une danse de destins, d'instants volés . Les dialogues sont souvent riches en émotions, mais c'est sans doute dans les regards de ses personnages que l'auteure raconte le plus de choses. Ils disent en silence les secrets, les non-dits et les regrets des uns et des autres.

Graphiquement, Emma est un vrai plaisir pour les yeux (et nous prépare au sublime Bride Stories, où l'on peut parler de bijou pour n'importe quelle planche). Le trait de la mangaka est rond, doux, épuré, conférant à ses personnages beaucoup de raffinement mais aussi d'expressivité. Ses décors sont, eux, très finement ouvragés, et l'on devine derrière autant le travail de documentation que l'admiration de l'auteure pour cette époque. C'est d'ailleurs un des ingrédients qui fait toute la réussite d'Emma. On sent que Kaoru Mori est réellement passionnée par son sujet, par l'Angleterre victorienne comme par la littérature du XIXème. Cela donne un titre étonnant qui, s'il conserve la plupart des codes du shojo classique, prend vraiment une autre dimension, plus littéraire, jusque dans la mise en scène toute en retenue.

La grandeur des pages offre une expérience de lecture surprenante et intéressante, car si dans le format manga classique, l’œil parcourt les planches assez rapidement, il s'attarde ici bien plus sur les détails, et l'on se retrouve parfois soufflé par la richesse des décors, intérieurs ou extérieurs, qui sont presque un personnage de l'histoire à part entière, et apportent beaucoup à l'atmosphère délicate et précieuse de l'ensemble.

© 2002 Kaoru Mori

Si Emma ravira à n'en pas douter les amateurs et amatrices de shojos, s'imposant comme un des plus beaux titres du genre, la série pourrait bien surprendre et séduire un public bien plus large. Car au delà de l'aspect romantique, ce titre propose une très belle histoire, toute en justesse et en émotion, servie par un dessin superbe.

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