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Critique

Soul Keeper - tome 1, la critique

Manga Le 05 avr 2016
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Soul Keeper - tome 1, la critique

L’avis de AntoineBigor6

On a aimé • Un concept intéressant qui développe un univers assez fascinant • Des planches efficaces • Une héroïne attachante
On a moins aimé • Une vision du monde politique hyper basique • Aucun propos critique • Quelques dessins bâclés

Les concepts de paradis et d'enfer ont donné lieu à bon nombre de mythologies différentes, puisant à la fois dans le religieux et dans des folklores plus locaux : le Japon a son propre rapport avec la mort et l'au-delà, emprunt de spiritualité et particulièrement lié à la nature - notamment les montagnes, figures sacrées. Et avec Soul Keeper, le mangaka Tsutomu Takahashi (ALIVE) va nous présenter sa propre vision des choses.

La série débute ainsi directement dans l'au-delà, à l'étage des fantômes, et nous présente une organisation où les jeunes esprits doivent suivre une formation pour bonifier leurs âmes avant qu'elles ne soient réincarnées. Une jeune femme, Riyon, préfère sécher les cours et passer ses journées à jouer. Pour la punir, le précépteur en chef décide de l'envoyer sur terre en tant qu'ange gardien, un poste ingrat où l'on doit veiller sur une personne pour le restant de ses jours.

Cette introduction du "paradis" fonctionne plutôt bien, jouant habilement de la personnification de concepts dans ce contexte très humain qu'est l'école. Ainsi, l'héroïne se révèle, dès ses premiers traits de caractérisation, comme rebelle à cet ordre établi et ses règles. Elle en resort attachante car elle va elle-même, à travers ce châtiment, parcourir un chemin qui la fera grandir. L'univers dans lequel elle évolue dans ce tome, à savoir l'esprit torturé de son protégé, est relativement bien pensé, avec là aussi un jeu sur les expressions et les images des plus malins. Mais ces vingt premières pages restent malgré tout très introductives, et cette représentation plonge assez rapidement dans le réel pour développer ce qui semble être le vrai sujet de l'œuvre : la politique.

La mission de Riyou sur notre basse terre est en effet de veiller sur Soichiro Kasuga, le premier ministre japonnais, en pleine tempête médiatique où les chambres des élus le poussent à la démission alors que son âme est corrompue et dépressive. On sent dans ce développement une volonté d'aborder des sujets comme le poids et les effets de la médiatisation ou la moralité politique dans son ensemble. Le personnage de Kasuga est, lui aussi, introduit efficacement. Il ne parle que très peu, mais la pression du monde autour de lui est palpable. La relation qui va le lier à son âme protectrice est d'ailleurs intriguante : elle se bat littéralement pour le sauver de l'interieur en affrontant ses démons tandis qu'il reprend confiance. Une idée accrocheuse, mais qui laisse entrevoir un fond politique des plus pauvres, empruntant à House of Cards sa peinture d'un système politique corrompu à plusieurs niveaux sans jamais l'ancrer dans des réalités propres à la société japonaise.

Jamais l'auteur ne questionne la responsabilité de son personnage, qui apparaît comme une victime à tous les niveaux : un développement bien pauvre et  pas toujours clair, notamment lorsque Kasuga se remet d'aplomb et tient un discours assez inquiétant, en l'absence de positionnement idéologique. Comme si Tsutomu Takahashi n'osait finalement pas trop toucher à son sujet, soit pour le developper plus tard, soit pour se concentrer uniquement sur ses deux personnages. Dans les deux cas, l'absence de tout propos, engagé ou au moins critique, enlève pas mal de tension et d'intérêt à cette histoire relativement cousue de fil blanc.

Pourtant, les dessins de l'artiste sont réussis, avec une narration bien rythmée alternant moments mystiques et planants et d'autres plutôt dynamiques. Et si certains personnages semblent par moment dessinés à la va vite, les décors et panoramas sont soignés et relativement riches.

Ce premier tome de Soul Keeper commence sur les chapeaux de roue, avec un concept assez intéressant et des personnages présentés efficacement en peu de pages. Seulement, le récit de Tsutomu Takahashi va se donner de faux airs de chronique politique sans aucun propos pour l'accompagner dans la représentation du monde politique nippon. Resteront une belle introduction, les bases d'un univers intriguant et un personnage féminin fort : une maigre consolation en attendant un petit peu plus de développement et de propos critique.

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