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Critique

Stop !! Hibari-Kun ! : l'héroïne transgenre qui fait tourner les têtes

Manga Le 07 jan 2019
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par La rédac
Stop !! Hibari-Kun ! : l'héroïne transgenre qui fait tourner les têtes

L’avis de La rédac9

On a aimé • Une héroïne transgenre qui déboîte • L'humour • La narration hyper prenante • L'œuvre d'un perfectionniste
On a moins aimé • Le manque de finesse • Faute au format pas de fin au tome

Kosaku perd sa maman tragiquement dès la seconde page. Orphelin esseulé, il regarde passer le paysage à travers la vitre du train qui l'emmène à la capitale. Les dernières volontés de sa mère : l'envoyer à Tokyo où un ancien prétendant prendra soin de lui. Cet homme est un yakuza entouré d'une panoplie de chiens de garde armés jusqu'aux dents. Mais Monsieur Ozora est un yakuza au cœur tendre qui élève en papa gâteau ses trois filles et son fils. Ou serait-ce quatre filles ?

Stop ! Hibari-Kun a été prépublié entre 1981 et 1983 dans le magazine Weekly Shônen Jump avant de sortir en quatre volumes au Japon. La série a été adaptée dans un anime de 35 épisodes, par Toei Animation, diffusée sur Fuji Television, de mai 1983 à janvier 1984. Et c'est seulement cette année qu'il sort en France, en trois tomes d'environ 300 pages. 

Attention fou rire !

300 pages c'est long pour un manga, qui d'ailleurs adopte un format pile entre la BD et le manga de poche classique, mais ça se lit sans faim. La première chose qui choque c'est l'humour. Moi qui suis habituée aux seinen plus sérieux ou aux shôjo plus fleur bleue, je butte sur ces blagues lourdingues à la limite du ridicule. Ce genre de blague à laquelle tu ris, puis tu te justifies en disant que c'est tellement bête que c'en est drôle. Une vue en contre-plongée qui laisse apercevoir le caleçon à rayures du père, les personnages qui tombent à la renverse, le slogan pour dire non à la drogue juste avant de proposer des amphétamines au gamin. Ah si, j'ai bien lu ! Le père menace son fils adoptif avec un flingue pour récupérer une photo de sa mère, et je devine ce qu'il a l'intention d'en faire. Je rappelle qu'il s'agit d'un shônen, donc pour les jeunes garçons. Maintenant que j'y pense dans Dragon Ball il y avait déjà Tortue Géniale, ce papy pervers qui saigne du nez à chaque fois qu'il aperçoit une jolie fille. Sauf que Dragon Ball a été publié pour la première fois en 1984 dans le même magazine Weekly Shônen Jump, soit trois ans après l'arrivée de Stop ! Hibari-Kun.

La plus belle des garçons

On découvre alors Hibari, une jeune fille coincée dans le corps d'un garçon, que son père voit comme l'héritier du clan. Il s'adresse à elle au masculin, lui court après à travers la maison pour lui faire enlever sa robe, lui couper les cheveux, tente de l'endurcir, mais rien n'y fait.

"Un garçon qui porte des jupes, j'appelle ça un beau pervers ! Espèce de petite lopette !!"

Malgré l'insatisfaction du père qui n'accepte pas d'avoir une quatrième fille, Hibari est respectée dans la famille. Elle fait ce qu'elle veut, s'habille comme elle veut et dit ce qu'elle veut, comme le reste des filles de la maison. Des collègues reprochent d'ailleurs à Monsieur Ozora d'être beaucoup trop gentil pour un yakuza. Kosaku, troublé par sa beauté, tente de refouler son attirance pour elle de peur d'être vu comme un "détraqué". Mais il ne peut s'empêcher de rêver d'elle la nuit. Et c'est aussi le cas des autres garçons de l'école qui sont tous fous de Hibari. Ce qui est fou, c'est de se dire que ce personnage si attachant et si bien écrit date des années 80 au Japon, alors que dans certaines familles aujourd'hui en France l'homosexualité et la transidentité sont toujours tabous. Hibari est brillante, première de sa classe, elle est maligne, sensible, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, elle est drôle, elle ne se prend pas au sérieux, elle est têtue et déterminée. Loin des clichés du personnage burlesque ou de l'androgyne mal dans sa peau, notre héroïne transgenre est à la fois tout en force et en finesse, le juste équilibre pour qu'on l'adore immédiatement.

Jusqu'au bout du pinceau

Passées les expressions cartoonesques, les onomatopées dans tous les sens et les gags absurdes, on finit par se prendre au jeu et on se surprend à rire sans complexe aux délires loufoques de l'auteur. Le jeune dessinateur Hisashi Eguchi surnommé "Candy", 25 ans, apparaît quelques fois en parenthèse au milieu de l'histoire, comme une invitation au lecteur à découvrir l'envers du décor sur la création d'un manga. Autoportrait sans fards, il se représente avec sa perversité, ses manies, ses phobies. Autre curiosité : la couleur part et revient, parfois une page entière digne d'une couverture, le reste du temps avec une prédominante de rouge à l'aquarelle. À l'aquarelle aussi les nuances dans les dégradés. Ou parfois, plus dynamiques, ce sont des hachures qui viennent souligner les plis d'un vêtement, les ombres sur les murs, les nuages dans le ciel. La variété des motifs me laisse sans voix. Cette œuvre est celle d'un passionné. Au premier abord on s'amuse de l'ambiance bon enfant qu'il s'en dégage. Puis on remarque que rien n'est bâclé, rien n'est laissé au hasard, et dans les moindres détails ça tient la route.

Ça faisait presque 40 ans qu'on l'attendait. Courez en librairie vous procurer ce chef d'œuvre de la nouvelle vague manga. Le premier tome de Stop ! Hibari-Kun est disponible au prix de 18 euros chez Le Lézard Noir.

Par RedFanny
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