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Cul de Sac : une histoire de famille

Comics Le 19 mai
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par Strafeur
Cul de Sac : une histoire de famille

L'apparition du comic strip remonte à la fin du XIXe siècle, conjointement à celle de la bande dessinée. Publié initialement dans la presse quotidienne, le genre fait ses grands débuts avec The Yellow Kid de Richard Felton Outcault en 1894 dans le magazine Truth. Très vite le comic strip devient un moyen de fidéliser le lectorat et beaucoup de journaux s'engagent alors dans cette nouvelle tendance. 

Devant le rythme effréné qu'impose la publication d'un strip journalier, les auteurs vont rapidement former le système de la syndication, permettant ainsi à un artiste de vendre à plusieurs quotidiens ses dessins journaliers. L'artiste y trouve un intérêt financier certain mais il peut surtout toucher une audience beaucoup plus large. 
Ainsi, certaines séries comme Peanuts (Snoopy) ou Garfield furent publiés dans des centaines de journaux au quotidien avant de s'exporter à l'international. 

En 2015, Urban Comics publie dans sa collection de beaux livres l'ouvrage Comics Strip, Une histoire illustrée de Jerry Robinson, grand spécialiste du strip et de la bande dessinée américaine, en plus d'être le créateur du Joker ainsi que de Robin chez DC Comics ; rien que ça. Cet ouvrage revient sur l'histoire du strip en général et s'attarde sur les grandes oeuvres qui ont forgé ce style, à commencer par Calvin & Hobbes, Little Nemo ou encore The Yellow Kid. 

Après le lancement de la collection d'Urban Strip avec la parution du premier tome de l'intégrale d'Hägar Dünor en janvier, c'est au tour de Cul de Sac, oeuvre culte de Richard Thompson, d'être dès à présent disponible en librairie.

 

Richard Thompson est le grand phénomène du comic strip du XXIe siècle. Bien que la publication de son oeuvre culte Cul de Sac ait commencée en 2004, il s'est rapidement imposé comme la nouvelle sensation auprès des lecteurs mais également de ses pairs. Digne héritié des grands auteurs que sont Winsor McCay (Little Nemo), Bill Watterson (Calvin & Hobbes) ou encore Art Spiegelman (Maus), Thompson a débuté en illustrant avec humour les articles du Washington Post, puis avec la série Richard's Poor Almanac en 1997, également publiée dans le quotidien de la capitale américaine.

En 2001, une semaine après l'investiture de George W. Bush, Thompson publie le poème Make the Pie Higher alors constitué des plus beaux non-sens prononcés par le nouveau président américain. Internet s'en empare rapidement et sa portée devient rapidement internationale, à tel point que des lecteurs bienveillants mettront en musique le texte de l'auteur américain. 

Les débuts de Cul de Sac ne se feront qu'en 2004 de façon hebdomadaire et directement en couleurs, toujours dans le Washington Post. Le succès de la série arrivera trois ans plus tard, lorsque l'auteur américain décide de diffuser sa série au travers du système de syndication avec un rythme de parution journalier. La notoriété de la série explose et ce ne sont pas moins de 250 quotidiens à travers le monde qui publieront chaque jour les strips de Thompson. 

Lors de la publication du premier recueil consacré à Cul de Sac, c'est l'immense Bill Watterson himself qui signe la préface de l'album. Pourtant très discret, l'auteur de Calvin & Hoobes livre un texte plein d'amour à la gloire de la série qui l'avait fait sortir d'un silence de plus de vingt ans pour déclarer : "Maintenant j'ai une raison de relire des comics.

Malheureusement, Thompson annonce en juillet 2009 via un post de blog - qu'il alimente alors de nombreux dessins tirés de son quotidien - qu'il est atteint de la maladie de Parkinson. C'est avec pudeur et émotion qu'il revient sur les premiers symptomes précurseurs de la maladie, en affirmant que sa main lui permettant de dessiner n'est pour le moment pas atteinte. Il continuera ainsi pendant prêt de trois ans à produire tous les jours des strips lus par des milliers de lecteurs avant de se retirer en septembre 2012.

Dans l'intervalle, l'auteur américain aura reçu la reconnaissance de ses pairs en remportant en 2011 le Reuben Award alors décerné par la National Cartoonists Society qui récompense les dessinateurs de presse, de comics strips ou encore les dessinateurs humoristiques. En 2015, la série remporte l'Eisner Award de la meilleure publication humoristique. 

Un documentaire sur le travail de Richard Thompson et sur son impact auprès du public ainsi que sur ses confrères a d'ailleurs été réalisé l'année dernière : 

Avant de donner son nom à la série, Cul de Sac est avant tout le nom de chaque rue, chaque avenue, chaque boulevard de la ville dans laquelle on suit le quotidien de la famille Otterloop. L'héroïne de la série est Alice, quatre ans et benjamine du clan familial. Son frère Petey, huit ans, est craintif et introverti ; il passe une grande partie de son temps à lire Little Nemo sur son lit, traduisant tout l'amour que porte Thompson à l'oeuvre de Winsor McCay

Madeline et Peter forme le couple parental, la mère étant femme au foyer alors que le père est employé au département des frustations mineures du ministère de la consommation. De quoi poser des bases qui permettront à l'auteur de s'appuyer tour à tour sur les traits de caractères de chacun des personnages pour créer son univers. 

Fort heureusement, et c'est là toute la force de Cul de Sac, on ne tombe jamais dans les clichés ou la critique facile, bien au contraire. On y (re-)découvre les petites aventures du quotidien de notre enfance, entre une sortie scolaire au musée, la garde de l'animal de la classe de primaire ou encore les sorties à la piscine. Thompson prend le temps de s'attarder sur des petits détails qui n'auraient d'importance qu'au travers le regard d'un enfant, mais n'oublie pas de le confronter au monde des adultes, provoquant souvent l'hilarité du lecteur. 

De sorte que la série semble hors du temps et qu'on s'attache très rapidement aux différents personnages mis en scène dans cet univers. Que ce soit la famille Otterloop ou les protagonistes qui gravitent autour de ce quatuor, comme la maîtresse ou le hamster de la classe de l'école Blisshaven, chaque personnage est une nouvelle occasion d'introduire une personnalité ainsi qu'un point de vue différent qui mettra en perspective l'ensemble d'un strip. 

Pendant prêt de huit ans, Richard Thompson a éclairé la journée de nombreux lecteurs grâce à un univers unique, intemporel et pourtant si famillier. Entre souvenirs nostalgiques, humour incisif et émotions déclanchées en l'espace de quatre cases ou de quatre coups de crayon, l'auteur américain aura marqué de son empreinte le monde du comic strip.

C'est donc depuis peu qu'Urban Comics a publié le premier volet du tryptique d'intégrales consacrées à Cul de Sac. Après la publication d'Hägar Dünor, la collection Urban Strip accueille une nouvelle référence du genre. La préface de ce premier tome est signée par Art Spiegelman, le dessinateur de Maus qui livre ici un vibrant hommage à une série qu'il affectionne tout particulièrement, mais surtout à son auteur, Richard Thompson dont il semble admiratif. 

Les strips sont ici publiés dans leur ordre de parution, mêlant ainsi les premières publications en couleur parues en 2004 de façon hebdomadaire dans le Washington Post et les strips quotidiens diffusés par syndication à partir de 2007. On y découvre la première apparition d'Alice et que l'introduction à l'univers de Cul de Sac se fait donc sans difficultés. 

Thompson travaillant principalement en quatre cases - sauf strip dominical en couleur - il arrive en quelques mots à poser son décor. Car malgré les apparences, les dialogues ne sont pas simplistes, chaque mot est ici pensé, réfléchi et au service de la lecture et/ou du gag, à l'image de son dessin qui, derrière des traits basiques, reflète toute l'innoncence du regard d'un enfant sur notre quotidien. L'auteur américain dont le coup de crayon fascine encore aujourd'hui laisse alors parler toute son aisance graphique et scénaristique pour nous livrer des strips uniques en leur genre. 

L'ensemble de l'ouvrage est parsemé de notes du dessinateur en bas de certains strips. Parfois acerbe, parfois plus drôle que le gag en question, on y découvre la personnalité unique de Thompson. Souvent taquin avec son lecteur, il pointe parfois un petit détail présent dans l'arrière plan d'un strip, comme l'aurait remarqué un bambin, ou bien invite le lecteur à prendre le temps d'apprécier des hachures qu'il aura eu du mal à réaliser. Ce décalage met en relief son travail et on se laisse porter par le rythme de lecture dont la parution du dimanche, en couleur et plus consistant comme le veut la tradition, marque des pauses salvatrices dans la lecture de cet ouvrage.

Publié dans un format à l'italienne - comme le premier volume d'Hägar Dünor, ce premier tome se constitue de 350 pages dont la lecture se fera sans mal grâce à un dos non collé et à la présence d'un marque-page cousu. D'ailleurs, ce dernier, ne serait-ce que par sa présence, vous invite à prendre des pauses dans votre lecture afin de profiter de l'ambiance toute particulière qui se dégage de l'univers imaginé par Thompson et d'y revenir comme on profiterait d'un bon whisky. 

Ce premier tome de Cul de Sac est donc une parfaite porte d'entrée pour qui voudrait se plonger dans le monde du comic strip, mais également un incontournable pour les amateurs du genre. Richard Thompson livre une vision personnelle du monde qui nous entoure au travers les yeux d'une héroïne unique en son genre et d'une famille à laquelle on s'attache très rapidement et dont on ne se lasse pas de découvrir les aventures. 

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