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Dossier : Ankama explore les Univers de Stefan Wul

Franco-belge Le 26 juin 2014
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par Alfro
Dossier : Ankama explore les Univers de Stefan Wul

Parmi les grands noms de la science-fiction française, Stefan Wul tient une place de choix. Le temps de douze romans, il donna une nouvelle impulsion et une vision nouvelle à cette littérature de l'imaginaire. Ankama a décidé d'adapter cette œuvre majeure en autant de bandes dessinées, avec une équipe créative différente pour chaque série. Ou comment redécouvrir une œuvre d'une imagination riche et étonnante.

Tout commence avec Stefan Wul, nom de plume choisi par Pierre Pairault quand il lit le nom de cet ingénieur atomiste dans les pages d'une revue scientifique. Ce Parisien né en 1922 a toujours écrit des histoires, depuis l'enfance, mais pression familiale aidant il se dirigera vers des études de chirurgien-dentiste. Installé dans son métier et sa campagne normande, il va tout de même décider de se remettre à la littérature. Se cherchant dans un premier temps, il va notemment écrire des romans policier sans succès, il va se lancer dans la science-fiction, bien aidé par la création de la collection Anticipation par les éditions Fleuve Noir, collection qui veut promouvoir la science-fiction à une époque où elle encore moins bien vue que maintenant. 

Très inspiré par les écrivains qui insufflaient de l'exotisme à leurs romans, tels que Chateaubriand, Nerval ou encore Pierre Loti, il se détache de la littérature de son époque qui, avec des auteurs comme Albert Camus ou Samuel Beckett, prône l'absurde. Il propose des univers riches, construits et travaillés dans leur ensemble. Pourtant, il ne déroge pas à l'inspiration de son époque en laissant le hasard décider du destin de ses personnages puisqu'il préfèrera écrire en ne suivant aucun plan, laissant l'intrigue se développer au fil de l'écriture.

Au cours de sa carrière littéraire, il écrira douze romans et quelques nouvelles. Commençant avec Retour à "0" en 1956 et finissant une première fois avec Odyssée sous contrôle en 1959. Il ne reprendra la machine à écrire qu'une dernière fois en 1977 pour rédiger Noô, qui restera définitivement son dernier roman, puisqu'il estimait ne plus rien avoir à dire. Il s'éteindra en 2003, mais pas avant d'avoir écrit Déchéance, une nouvelle que l'on retrouve dans les pages du magazine Phénix.

L'auteur

Niourk étant le roman le plus connu de Stefan Wul, il fallait un auteur à la hauteur (calembours et colifichets, 9emeArt.fr le temple de la blague) pour adapter cette œuvre en bande dessinée. C’est donc tout naturellement qu’Olivier Vatine s’est attaqué au sujet, lui qui supervise aussi la collection des Univers de Stefan Wul. Faut dire que la BD qui l’a fait connaitre était déjà une invitation à la découverte de mondes lointains puisqu’il est le co-créateur d’Aquablue.

Il ne va pas en rester là et nous délectera de son talent graphique aussi dans Cixi de Troy. Il va par ailleurs définitivement asseoir sa légitimité à faire du space opera en travaillant sur L’Héritier de l’Empire, une série de l’Univers Étendu de Star Wars.

La bande dessinée

Si les mondes post-apocalyptiques sont devenus une marotte désormais, à l’époque de l’écriture de Niourk, c’était encore un genre peu exploré (Pierre Boulle n’avait pas encore écrit La Planète des Singes). Ici, nous découvrons une planète dévastée par une guerre nucléaire et dont la topologie a considérablement changée avec un recul net des océans. Les humains que l’on découvre sont revenus à l’âge de pierre et on ne peut s’empêcher alors de penser à cette citation d’Albert Einstein : “Je ne sais pas comment la Troisième Guerre Mondiale sera menée, mais je sais comment le sera la quatrième: avec des bâtons et des pierres.”

Nous allons suivre un jeune garçon noir rejeté par sa tribu à cause de sa couleur de peau, qui va alors visiter ce monde et permettre à Vatine de se délecter le long des nombreux paysages qu’il traverse. Pendant que sa tribu est confrontée à des créatures lovecraftiennes qui n’ont pas grand chose à voir avec la nature, le récit épouse la quête du héros qui va découvrir un monde qui a bien des secrets à révéler.

Les auteurs

Jean-David Morvan n’est pas dépaysé par ce récit de science-fiction, lui qui s’est fait connaître grâce à la BD Sillage. D’ailleurs, il a régulièrement fait des incartades du côté des récits de l’imaginaire et s’est adonné à tous les genres, le manga avec Nomad, le Franco-Belge forcément mais aussi le comics avec Wolverine : Saudade.

Mike Hawthorne est un dessinateur de comics américain qui s’est fait connaître grâce à Three Days in Europe, puis avec sa création The Un-Men au sein du label Vertigo. Après avoir pas mal travaillé pour DC Comics et Marvel, sur Deadpool récemment, il signe ici sa première œuvre de Franco-Belge.

La bande dessinée

Oms en série présente un changement de point de vue. Que se passerait-il si les humains devenaient des animaux domestiques pour des extraterrestres plus avancés et plus imposants que nous ? C’est ainsi que l’on découvre le héros, donné comme animal de compagnie à un petit Draag qui va l’éduquer en prenant ses leçons à côté de lui.

Le héros, Terr, ne va évidemment pas rester longtemps en captivité et le lecteur va découvrir en même temps que lui ce qu’est devenu le quotidien des humains. Ce récit qui relativise la portée de l’être humain est ici mené tambour battant, trop parfois avec certaines ellipses un peu abruptes, et nous permet de découvrir ce que c’est que d’être dans la peau de la proie et donne en négatif une nouvelle vision de notre rapport au monde.

Les auteurs

Yann est un scénariste qui va se faire connaître dans deux magazines successifs, Spirou puis Circus. À chaque fois, il va se faire remarquer par son ton provocateur, avec lequel il n’hésite pas à se montrer virulent et aime bien gratter là où ça fait mal. Cela ne l’empêchera pas de reprendre avec bonheur des classiques comme le Marsupilami, Lucky Luke et surtout Spirou. Il n’en est pas à sa première adaptation de roman puisqu’il avait déjà fait une BD sur Les Hauts de Hurlevent.

Didier Cassegrain est un dessinateur passé par l’École des Gobelins, ce qui va le mener droit vers l’animation. C’est là qu’il va rencontrer Olivier Vatine avec qui il va faire Tao Bang et qui lui proposera de faire Code McCallum. C’est aussi grâce au dessinateur d’Aquablue qu’il se retrouve sur cette adaptation de Stefan Wul.

La bande dessinée

Piège sur Zarkass dénote en premier lieu par son ton. Yann a repris l’histoire de Stefan Wul et l’a inséré dans le ton de notre époque en faisant de nombreuses références actuelles (peut-être même un peu trop parfois). Ce qui n’est pas un mal en revanche quand on voit la complexité des thèmes abordées dans cette œuvre.

En effet, on croise ici des réflexions sur la relation homme/femme avec un univers où les femmes ont relegué les hommes à la maison pour prendre les rènes du pouvoir, mais aussi sur la colonisation avec ce monde où les humains arrive en civilisateurs un peu trop confiants sur une planète qui réserve bien des surprises. La richesse des concepts de Wul se ressent ici (cette merveilleuse idée de la symbiose entre les indigènes et la chenille !) et Yann s’applique à ne donner aucun répit au récit qui nous emmène droit vers une conclusion qui se profile à force de rebondissements fréquents mais bien dosés.

Les auteurs

Denis Lapière est un scénariste qui va se faire remarquer dans deux publications, Le Journal de Spirou et L’Écho des Savanes. Cet auteur très prolifique va multiplier les projets depuis la création de Mono Jim en 1987. On peut notamment citer son travail sur Tif et Tondu ainsi que sur Charly.

Mathieu Reynès n’en est pas à sa première collaboration avec Denis Lapière puisque les deux ont déjà travaillé ensemble sur une autre série-concept, Alter Ego chez Dupuis. À noter qu’il est aussi passé du côté du scénariste en travaillant sur La Mémoire de l’Eau.

La bande dessinée

La Peur Géante est le véritable blockbuster de cette collection. Dans un futur assez proche mais assez éloigné pour qu’ils aient enfin inventé ces foutues voitures volantes, la fonte des glaces a pris un tour désastreux quand toutes les eaux gelées du monde fondent d’un coup. Causant évidemment un raz-de-marée conséquent et destructeur.

On y suit un plongeur de l’armée, forcément hyper balèze, qui va devoir apporter des réponses à ce qui s’est passé. Il sera aidé par Kou-Sien, jeune fille intelligente, belle et visiblement habituée à mettre des roustes. Tous les ingrédients sont là pour en faire du grand spectacle où Reynès peut se lâcher sur les scènes de destruction totale et où Lapière projette le récit dans un rythme soutenu pour comprendre ce qui se cache derrière ce désastre écologique.

Les auteurs

Hubert va tout d’abord commencer sa carrière dans la bande dessinée comme coloriste, pour Yoann entre autres, avant de se lancer dans l’écriture avec sa série Le Legs de l’Alchimiste qu’illustrera Hervé Tanquerelle. On peut aussi citer les deux séries qu’il a fait avec Kerascoët, Miss Pas Touche et Beauté.

Étienne Le Roux va se faire connaître grâce à un exercice peu évident puisqu’il va reprendre le dessin du Serment de l’Ambre à la suite de Mathieu Lauffray, pas le plus simple comme référent de comparaison. Il va s’en tirer avec les honneurs et continuer sur sa lancée en créant sa propre série Amenophis IV pour le compte de Delcourt.

La bande dessinée

Le Temple du Passé est un récit qui pioche dans un certain nombre de concepts favoris de la science-fiction. Après un voyage intersidéral qui se finit mal, les astronautes se réveillant de leur sommeil cryogénique dans le ventre d’une créature extraterrestre gigantesque, on va aussi avoir le droit à de la manipulation génétique ou encore à de la télépathie ou de la conscience collective.

La force de ce récit ne repose cependant pas que sur ces concepts, mais aussi sur le background des personnages que Hubert a retravaillé. Ainsi, le passé des personnages leur donne plus de profondeur et de motivations alors que l’on découvre une société très différente de la notre où les conventions sociales ont fortement changé. Ce qui rajoute des tensions inédites entre les personnages dans un huis-clos angoissant et détonnant.

Les auteurs

Valérie Mangin n’a plus guère de preuves à faire dans le domaine de la science-fiction. Après avoir lancé Le Fléau des Dieux, elle va carrément enrichir son univers futuriste uchronique avec plusieurs séries au compteur, dans un univers qui sera désormais connu sous le nom des Chroniques de l’Antiquité Galactique, comme Le Dernier Troyen ou La Guerre des Dieux.

Emmanuel Civiello prodigue à la bande dessinée son style graphique si particulier depuis La Graine de folie qu’il écrivait aussi. C’est avec la série Korrigans que cet adepte des couleurs directes va se faire définitivement reconnaître. Depuis, ce baroudeur qui a fait le tour du monde et qui réside actuellement en Chine n’a pas chômé, il s’est même éloigné des mondes fantastiques en s’attaquant à la mafia dans les années 30 avec Mamma Mia.

La bande dessinée

Rayons pour Sidar nécessite d’être replacée dans son contexte pour être pleinement appréciée (ce que fait parfaitement Ankama). Stefan Wul a écrit cette histoire alors que l’Indochine venait de regagner son indépendance et que la France était en plein conflit avec son ancienne colonie de l’Algérie. Ce récit qui met donc un colon terrien en prise avec des indigènes pas forcément des plus accueillants a une résonnance particulière.

Comme le dit Valérie Mangin, il est difficile aujourd’hui de lire ce genre d’histoire teintée de paternalisme, où le colon n’a aucun doute sur la civilisation qu’il propage comme étant le paradigme que doit atteindre tout peuple. C’est là que l’exercice va se révéler intéressant puisqu’elle va prendre des largesses avec le récit original pour introduire une nouvelle voix avec le personnage de Lionel qui sera finalement son regard moderne sur cette histoire rocambolesque qui reste marquée par les considérations de l’époque. Tout ça dans un monde foisonnant qui permet à Emmanuel Civiello de se lâcher totalement.

La Mort Vivante

On retrouvera Olivier Vatine avec La Mort Vivante. Cependant, cette fois-ci il se contentera du scénario pour laisser le dessin à Alberto Varanda, dessinateur portugais bien connu pour avoir illustré le premier tome de La Geste des Chevaliers-Dragons. Ici, nous allons nous éloigner de la pure SF pour aller voyager du côté du fantastique dans un récit où un scientifique se voit chargé de ressusciter la Mort. Rien que ça.

Retour à Zéro

Autre roman de Stefan Wul à avoir l’honneur de connaître une adaptation, Retour à Zéro présente une colonie pénitentiaire placée sur la Lune et qui est proche de l’explosion. Au scénario, nous retrouverons Thierry Smolderen, qui va donc pouvoir continuer à explorer la SF classique après Souvenirs de l’Empire de l’Atome. Au dessin, c’est un habitué des conflits que l’on verra à l’œuvre puisqu’il s’agit de Laurent Bourlaud, déjà dessinateur de Nos Guerres et Vies Tranchées.

Avec déjà six séries au compteur, et bientôt huit, il n'est pas forcément évident de s'y retrouver. Si vous êtes déjà un aficionado du travail de Stefan Wul, on ne saurait trop vous conseiller de toutes les lire, pour retrouver les thèmes chers à cet auteur de prime importance. Si en revanche, vous hésitiez pour savoir sur quelle série vous lancer, voici notre avis qui pourrait vous guider.

Les séries indispensables :

Niourk : Déjà un roman essentiel, Niourk gagne un apport considérable avec son passage à la BD. Olivier Vatine donne une présence majestueuse à ce monde dévasté et sauvage, tout en conservant l'élan aventureux du récit d'origine. De la science-fiction qui sait être impressionnante sans oublier de réfléchir, une vraie bonne série.

Le Temple du Passé : On dit souvent que les adaptations trahissent forcément les œuvres d'origine. C'est sans doute vrai et partant de ce principe, Hubert a retravaillé l'histoire de Stefan Wul en donnant plus de profondeur aux personnages et en complexifiant leurs relations. Restent les concepts et les idées déjà géniales et on obtient une œuvre différente mais pour autant loin d'être inférieure au roman qu'elle adapte.

Les séries qui valent le détour :

Piège sur Zarkass : Partant d'un chamboulement par rapport à notre société actuelle basée sur des siècles de patriarcat, cette série n'a heureusement pas que ça à proposer. Ce voyage dans une jungle inhospitalière se construit pourtant un peu trop autour de l'antagonisme qui existe entre les deux personnages principaux, ce qui a tendance à atténuer le souffle imposé par le récit.

Rayons pour Sidar : Cette série présente un aspect particulier puisque dès l'introduction, Valérie Mangin nous rappelle ce qu'il peut y avoir de gênant dans le discours de Wul vis-à-vis de la colonisation. Si elle assure que le récit gagnera une nouvelle voix dans les tomes suivants, nous ne pouvons que constater la difficulté qui émane de cette reprise où des idées archaïques sont un peu gênantes (on retrouve le même problème dans Piège sur Zarkass). Reste le dessin d'Emmanuel Civiello et les concepts plein d'ingéniosité qui s'enchaînent.

Les séries où nous sommes plus mitigés :

Oms en série : Véritable réflexion sur la nature humaine et sur notre rapport au monde, Oms en série perd beaucoup à son passage en BD. La narration se réifie et l'on assiste à un récit événementiel qui oublie d'approfondir ses personnages et use d'ellipses qui hâchent le récit jusqu'à lui couper tout rythme de lecture. Peut-être que la réflexion sera approfondie par la suite, ce qui pourrait sauver un récit qui posé comme ça n'est pas vraiment passionnant.

La Peur Géante : L'une des plus grandes difficultés dans le passage d'un roman à une BD, c'est que l'on fractionne un récit en plusieurs tomes là où il était une histoire d'un seul tenant. Si bien qu'ici nous nous retrouvons avec un blockbuster qui pose des enjeux spectaculaires mais reste en retrait en terme de but profond. Les véritables enjeux devraient arriver dès le prochain tome, mais il reste un chapitre impressionnant visuellement mais assez rapidement lu et terne en matière d'implications.

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