Dossier > TOP 5 : Les meilleurs dessinateurs satiriques

TOP 5 : Les meilleurs dessinateurs satiriques

Franco-belge Le 22 jan 2015
0
par Alfro
TOP 5 : Les meilleurs dessinateurs satiriques

S'il est admis que le dessin de presse, qui s'amuse régulièrement à égratigner ses contemporains, n'est pas vraiment de la bande-dessinée, cette dernière n'est pas en reste quand il s'agit de faire de la satire. Surtout en France, où l'on a eu notre lot d'inconséquents au verbe fleuri et au dessin vulgaire. Une bande de tarés vicieux qui a cherché à montrer les égarements des "puissants" mais aussi des "administrés" au sein de pages que Christine Boutin ne saurait voir.

Avant de commencer, un grand merci à François Cavanna d'avoir vécu et observé le monde !

On commence avec un champion du poil à gratter, glissé dans le slip du voisin si possible, un artiste du cynisme le plus cru. Tronchet va se faire connaître avec Raymond Calbuth en 1984, ce personnage va tout de suite poser les bases de l'auteur. Il nous présente un loser ventripotent, seul convaincu de sa propre importance, un beauf à la retraite qui devient le visage d'une bêtise crasse et qui s'échoue inlassablement sur ses sommets d'invidualisme. Ce loser a pourtant des choses à dire puisque huit tomes sortiront au fil des années, le dernier étant paru en 2007.

Tronchet va continuer à dépeindre la misère culturelle de ses contemporains avec un nouveau personnage : Jean-Claude Tergal. Ce voisin de Raymond Calbuth présente les même signes avant-coureurs d'une ringardise galopante à laquelle s'associe un besoin d'amour et de sexe (surtout de sexe d'ailleurs) qui lui prend une grande partie de son temps. Il va à la faveur des années 2000 devenir Le Nouveau Jean-Claude (qui deviendra plus tard un film), plus svelte et apprété, il sera pourtant toujours aussi stupide et lâche.

Le dessinateur qui sera entretemps devenu le rédacteur en chef de L'écho des savanes va au-delà de ces losers attachants malgré tout nous livré des satires plus ciblées, comme dans Welcome Land où il nous emmène dans un voyage absurde (mais pas tant, pas assez) en compagnie des nantis qui traversent les famines et la misère protégés par leur paquebot qui navigue sur une mer de sable. Une croisière vers le cynisme le plus total.

Willem va commencer sa carrière de dessinateur de presse dans son pays natal, les Pays-Bas, en 1966 mais va vite s'installer en France après que l'un de ses dessins soit censuré. Cela ne va pas vraiment le calmer et il va continuer à canarder de sa plume tout ce qui bouge et surtout les figures d'autorité, notamment dans la revue Hara-Kiri qui deviendra par la suite Charlie Hebdo et dont il est un collaborateur régulier.

Maitrisant mal le français, ses textes sont remplis de fautes de grammaires et d'orthographes, qu'il laisse en l'état. Il va développer son art de la satire au-delà du dessin de presse dès 1971 avec la publication de Chez les Enragés, sa première BD. D'un trait corrosif et d'un texte acide, il va s'attaquer à toutes les injustices qui parsèment le XXème puis XXIème siècle, c'est dire s'il a abattu du boulot !

Récompensé en 2013 du Grand Prix d'Angoulême, le dessinateur néerlandais n'a jamais cessé de publier des BD à l'humour souvent noir. Politique ou social, il n'a jamais faibli en terme d'engagement et continue aujourd'hui de livrer sa vision d'un monde dirigé par la Peur et les envies imperialistes des puissances occidentales.

Refusant d'être limité à un Art, Winshluss est un joyeux touche-à-tout qui va commencer à présenter sa vision macabre du monde à partir de 1996 dans la revue Ferraille, revue grinçante publiée par Les Requins Marteaux, et qu'il va reprendre avec Cizo. Il va d'ailleurs la décliner en albums, Monsieur Ferraille et en expositions comme le Supermarché Ferraille. Critique envers la société de consommation, il va se faire rencontrer les gentils petits Mickey avec des thèmes macabres.

Toujours avec Cizo au dessin, il va ensuite sortir Wizz et Buzz, deux crétins finis et qui ont en plus le mauvais goût d'être méchants. Rien ne semble les limiter dans leurs bévues, et Winshluss de déverser tout son fiel envers la société contemporaine. Cela continuera de plus belle avec Pinocchio, qu'il dessinera cette fois-ci, parodie du célèbre roman italien où la marionnette devient une arme de guerre.

Il ne semble pas vouloir s'arrêter en si bon chemin, puisqu'il a publié en 2013, toujours aux Requins Marteaux, In God We Trust. Une relecture très (mais vraiment) personnelle de la Bible où le narrateur, Saint Franky (une version moins hagiographique de Saint François d'Assise), nous emmène de la création de la Terre à la naissance d'un certain Jésus en passant par la disparition des dinosaures. Quoi, il n'y a pas cet événement dans la Bible ? Dans celle de Winshluss, si.

Retrouvez l'interview de Winshluss aux Utopiales 2013

Alors qu'il avait publié de charmantes petites BD après son service militaire, où une petite peste menait la vie dure à son chien dans des séries de gags, Binet va rentrer chez Fluide Glacial au beau milieu de l'explosion punk, en 1977. Il sera beaucoup moins charmant après cela. S'il commence avec Kador, chien philospohe consterné par les humains, ce sont Les Bidochons qui vont le faire découvrir.

Ces personnages de Français moyens, apathiques face au monde et n'ayant pour seule fenêtre sur la réalité que celle de la télévision, dégoulinants de bêtise et de médiocrité, incarnations crasses de la disparition du libre-arbitre et de la libre-pensée, vont devenir un cheval de bataille pour Binet qui s'en servira pour traiter de tous les sujets qui le préoccupent. Surtout, ils vont incarner un miroir désagréable de tous nos errements humains.

Ce couple ventripotent et lâche sera le gros succès de Binet, mais il va aussi tirer à vue sur les institutions religieuses dans lesquelles il a passé son enfance avec L'Institution. Il va aussi s'amuser avec Propos Irresponsables à mettre en scène des personnages dont le discours est ciselé, contrôlé et policé... et les faire déraper, leur faire dire ce qu'ils pensent plutôt que ce qu'ils croient devoir dire.

Difficile de ne pas associer la satire avec le nom de Gotlib. Depuis ses débuts avec Gai-Luron, qu'il trainera de publications en publications jusqu'à son arrivée chez Pif Gadget, il n'a cessé de dépeindre ce qu'il l'entourait avec un ton caustique, mettant un doigt sur les petites faiblesses de l'homme comme sur les grandes erreurs des sociétés. Associant aisément humour scatophile et réflexions plus poussées, il sera aussi le créateur de L'écho des Savanes et de Fluide Glacial, pour que d'autres puissent comme lui faire entendre leur voix plus grinçante, certainement moins agréable mais plus nécessaire, que le ronronnement du conformisme ambiant.

Rappelons que c'est un peu grâce à René Goscinny que l'on peut aujourd'hui se délecter de ses gags qui n'ont de respect pour rien, le père d'Astérix appréciant tellement son humour qu'il le prit sous son aile pour dessiner les Dingodossiers. Au départ de Goscinny, Gotlib renommera en La Rubrique-à-brac ces quelques pages de Pilote qui seront le point de départ à la création d'un bon nombre de personnages cultes.

Car entre un Isaac Newton dont la tête semble toujours attirer nombre d'objets, Momo le Morbaque, Pervers Pépère ou Superdupont, l'héritage de Gotlib s'inscrit sur la durée, dans des œuvres comme Rhââ Lovely. Le pire, c'est que ce n'est pas fini ! C'est donc vrai ce que l'on dit ? Le rire serait donc bon pour la santé ?

Auteurs & Mots clés
les dernières news
les dernières critiques
Vous êtes certain de vouloir supprimer ce commentaire ?