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Horreur et tentacules : quand Lovecraft inspire la BD

Général Le 29 juin 2015
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par LiseF
Horreur et tentacules : quand Lovecraft inspire la BD

L'univers de Lovecraft imprègne profondément la culture populaire. Qui n'a jamais entendu parler de Cthulhu, son fameux poulpe géant antédiluvien ? De fait, il est logique que la bande dessinée recèle aussi son petit monde lovecraftien. D'adaptation directes en allusions discrètes, il y en a pour tous les goûts. Suivez le guide (non exaustif) !

Avant de nous pencher sur la bande-dessinée, parlons un peu de l'univers de l'écrivain. Né en 1890, il a écrit des nouvelles de 1917 à 1935. De sa bibliographie sont nés plusieurs mythes. L'un d'eux affirme que l'humain n'aurait pas été le premier être évolué sur Terre. Dans plusieurs nouvelles, notamment Les Montagnes Hallucinées, Lovecraft parle d'espèces ultérieures. Celles-ci remonteraient à bien avant la création des cellules qui donneraient plus tard naissance aux humains. Il y en aurait trois principales : les Anciens, les Mi-Go, et les fils de Cthulhu. Inutile de préciser que ces bestioles ne sont pas particuliérement sympathiques. Les héros de ses nouvelles se retrouvent parfois nez-à-nez avec eux, et ça finit mal la plupart du temps.

La mythologie lovecraftienne est aussi peuplée de différentes entités récurrentes. Parmi elles, on trouve évidemment Cthulhu, créature extraterrestre gigantesque chassée de sa planète. Il dormirait au coeur de R'lyeh, la cité sous-marine. Nyarlathotep, divinité aux multiples avatars, est aussi très présent dans les nouvelles de Lovecraft.

L'élément qui revient dans énormèment d'écrits, c'est le Nécronomicon. Ce livre aurait été écrit par Abdul Alhazred, que l'auteur appelle "l'Arabe fou". Aucune nouvelle ne décrit très précisèment ce qu'il y a dans ce livre. Cela pourrait être une sorte de bestiaire des êtres ayant vécu sur Terre dans un passé très lointain, un livre d'histoire ou encore un livre de prières.

La difficulté quand on veut adapter du Lovecraft, c'est de ne pas trahir ses codes d'écritures. Parmi ses nouvelles, on peut distinguer deux types de récits : les écrits ésotériques et les écrits fantastiques. Les premiers sont généralement moins connus parce que plus étranges, et moins prenants. Plusieurs auteurs se sont quand même donné pour but de les adapter. Cela donne généralement lieu à des envolées lyriques façon art séquentiel : des tâches d'aquarelles de partout, des explosions de lumière à la craie grasse... Ces adaptations sont souvent aussi difficiles à lire que les nouvelles originales. Dans Le Temple, l'argentin Hernan Rodriguez adapte cinq nouvelles de Lovecraft. La première, l'Etranger, fait partie de ces divaguations ésotériques. Le récit est pourtant mené d'une main de maître. L'histoire est même sublimée par le trait un peu fou de l'auteur. C'est ce genre de parti-pris qui rend honneur à Lovecraft : un trait qui sait conserver le côté mystérieux de ses oeuvres.

Lovecraft a souvent construit ses nouvelles en suivant des schémas identiques. Le personnage principal, généralement très carthésien, se retrouve confronté au surnaturel. Il cherche d'abord une explication logique, puis son appréhension grimpe au fil du récit. Au cours des dernières pages, l'auteur use et abuse des adjectifs pour décrire des scènes souvent terrifiantes, auxquelles assiste le héros.

La difficulté à retranscrire ce genre de récit réside dans le fait que Lovecraft joue sur l'imagination pour provoquer la terreur. Les descriptions auront beau être précises, c'est le lecteur qui fabriquera dans sa tête le plus beau cauchemar. Montrer tout simplement ces scènes fantastiques ne risque-t-il pas de casser la magie ? Dans U-29, Calvez et Rotomago ont trouvé la solution : ils ne montrent pratiquement rien. Le trait évolue à mesure que la folie s'empare du héros. Mais le lecteur ne verra jamais la cause de cette folie. L'idée est bonne mais les frissons sont moins présents qu'en lisant la nouvelle d'origine.

L'univers Lovecraftien est tellement vaste qu'il est facile d'en intégrer certaines parties à un récit. Des auteurs de BD se sont amusés à construire de nouvelles histoires autour des mythes érigés par Lovecraft. Et c'est à mon sens, ce qui fonctionne le mieux. Dans Grands Anciens, Jean-Marc Lainé confronte des chasseurs de baleines au célèbre Kraken. Pour invoquer la créature, un personnage fou murmure de mots tels que R'lyeh et Cthulhu. Par la suite, l'un des protagonistes principaux consulte le Nécronomicon. Les personnages ne tardent pas à se battre contre le monstrueux Kraken. Celui-ci est doté d'ailes gigantesques et le héros s'interroge : cette bestiole ne peut pas être le Kraken. Personne n'affirme précisément qu'il s'agit de Cthulhu. Mais son apparence correspond aux descriptions faites dans les écrits de l'auteur. Cette représentation de la créature mythique par Lainé est d'ailleurs remarquable.

Mais celui qui s'est plongé à fond dans l'univers de Lovecraft, c'est le très célébre auteur de comics Alan Moore. En 2010, il publie un dyptique intitulé Néonomicon. Les petits malins auront noté le rapport avec le bouquin maléfique de Lovecraft. L'histoire parle d'affreux meurtres particulièrement sanglants réalisés par différentes personnes n'ayant à première vue rien en commun. Les personnages principaux, des enquêteurs, découvrent ainsi l'existence d'un culte bizarre adepte de tentacules, qui fornique allégrement dans un bassin souterrain pour attirer des crétatures marines humanoïdes. Néonomicon est glauque et dérangeant, notamment dans son rapport à la sexualité. Pourtant, Lovecraft n'aborde pratiquement pas ce thème dans son récit. Les protagonistes concluent rapidement que ce n'est pas Lovecraft qui a inspiré le culte, mais l'auteur qui s'est inspiré de faits et de créatures existants. Alan Moore a développé cet univers, notamment avec The Courtyard, une préquelle de Néonomicon, écrite deux ans plus tôt et non traduite en France.

Enfin, certains auteurs ne parlent pas directement des mythes de Lovecraft, mais s'en inspirent. Ces oeuvres rendent ainsi une sorte d'hommage à l'univers de l'écrivain. Une allusion extrêmement évidente s'est glissée dans la série Locke and Key. La ville où se trouve la maison familiale se prénomme Lovecraft. Quelques références discrètes sont glissées dans le récit (pas assez discrètes pour ne pas vous spoiler). L'idée était probablement de faire planer une part de mystère terrifiant sur cette ville maudite.

Le tryptique Cromwell Stone inclut dans ses premières pages une citation de l'écrivain. Cependant là encore, l'histoire n'inclut pas des éléments de son univers. On retrouve juste certaines conceptions communes. Par exemple, l'histoire inclut des bestioles gigantesques venues de l'espace, bien antérieure à la vie humaine. Là encore, la saga ne traite pas directement de l'univers de Lovecraft. Mais l'inspiration est bien là, et elle est assumée.

Lovecraft a tellement développé son univers, que ses mythes ont finalement pris place dans l'imaginaire collectif. Plusieurs de ses amis écrivains ont mentionné le Nécronomicon dans leurs oeuvres, pour tenter de laisser planer le doute sur sa possible existence. C'est certainement cette notoriété qui a conduit de nombreux scénaristes et dessinateurs de BD à vouloir lui rendre hommage.

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