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Top 5 : Nos œuvres préférées de Katsuhiro Otomo

Manga Le 05 fev 2015
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par Alfro
Top 5 : Nos œuvres préférées de Katsuhiro Otomo

Enfin récompensé du Grand Prix d'Angoulême, le mangaka/réalisateur/graphiste Katsuhiro Otomo voit son œuvre impressionnante remise sous le feu des projecteurs. Une carrière qui remonte à 1973, alors même s'il n'est pas le plus prolifique des artistes, il laisse déjà un leg majeur derrière lui.

Surtout que sa participation dernière au film Short Peace montre qu'il n'est pas près de s'arrêter. Il était donc venu le temps pour nous de vous partager ce qui nous semble être les meilleures œuvres de cet amoureux de la BD mondiale.

"Chaque époque rêve de celle qui va lui succéder."

La première œuvre que l'on citera est un film, Metropolis donc, que Katsuhiro Otomo n'a pas réalisé. En effet, il l'a scénarisé et produit, mais il a laissé le soin de la réalisation à Rintarô. Il ne pouvait pas trouver meilleur réalisateur car celui-ci fût le protégé d'Osamu Tezuka, auteur culte du manga dont est tiré ce long-métrage d'animation. Le père du manga moderne s'était lui-même inspiré d'une photo du film éponyme de Fritz Lang.

Cependant, Otomo va prendre de grandes libertés avec l'œuvre de son prédécesseur. Ainsi, s'il garde cet aspect de polar noir qui lui permet de donner au film un aspect jazzy et cyberpunk à s'en damner, il va étendre le monde pour dévoiler une société ploutocratique, symbolisée par la Ziggourat, Tour de Babel moderne qui écrase des bidonvilles qui s'échouent à sa base. Une tour immense qui accueille un général fasciste qui s'apprête à s'emparer du pouvoir détenu par une oligarchie décadente.

C'est dans ce climat qu'on découvre une enquête menée par un détective privé et son neveu, mais qui va conduire sur une rencontre, racontée toute en subtilité, avec une androïde - Tima - semblant déchainer les intérêts guerriers. La collision entre cette histoire et le cours incessant de la grande Histoire va produire une explosion poétique et dystopique qui ne pouvait que finir sur une conclusion otomesque, dans la grandiloquence et la destruction.
 

Huit pages. Ce sera la contribution de Katsuhiro Otomo aux comics. Mais quelle contribution ! DC Comics cherchait des artistes venus de tous horizons pour remplir son Batman : Black & White, une série de comics où ils laissaient les plus grands artistes faire ce qu'ils voulaient avec leur personnage mythique, ayant pour seule condition de le faire sans le fard de la couleur. Ils étaient déjà allé chercher loin, mais réussir à convaincre un mangaka aussi rare qu'Otomo, déjà consacré à l'époque, relevait de l'exploit. Il fallait désormais que celui-ci soit réussi.

Pour ces quelques pages, Otomo, que l'on connait pour s'intéresser à la bande dessinée venue du monde entier, va surprendre et prendre le parti de rendre hommage aux artistes de comics qu'il admire. Il empreinte donc à Neal Adams ou Frank Miller pour se l'approprier. C'est là tout son tour de force, d'avoir réussi à adapter son trait à celui du comics tout en conservant son identité, reconnaissable au premier coup d'œil.

L'histoire elle aussi permet à l'artiste japonais d'innover, nous en parlons plus en détails ici, mais là aussi cela va lui permettre de jouer avec les codes du genre. Comme si Katsuhiro Otomo rendait à Batman et aux comics ce qu'ils lui ont donné. Il réalise dans sa vie l'un des principes sous-entendus en permanence dans son œuvre, que tout est connecté et que tout circule, la culture en premier lieu.

En 2004, Katsuhiro Otomo va sortir ce qui n'est que son second long-métrage, plus de quinze ans après Akira. Ce Steamboy est pour lui l'occasion de s'interroger (et avec lui, le spectateur) sur le rôle que doit avoir la science dans notre société, qui doit elle servir. Il pose aussi des questions sur l'environnement, problème qui lui tient à cœur, et sur notre rapport avec lui. Pour aborder ces sujets, il va choisir de livrer une uchronie steampunk.

Il coécrit avec Sadayuki Murai, collaborateur fréquent de Satoshi Kon, cette histoire de Ray Steam, un petit génie de la mécanique dans une Angleterre victorienne rendue surpuissante grâce aux machines à vapeur. La découverte d'une énergie pure et illimitée va déchainer les convoitises autour de lui, dont des personnes dont l'énergie pour tous représente un sacré manque à gagner, et aboutir à un final d'anthologie au milieu de l'Exposition Universelle.

Ce long-métrage qui reste le film d'animation le plus cher de l'industrie japonaise (on est cependant bien loin des standards américains) va même bénéficier d'un casting haut de gamme pour sa sortie aux Etats-Unis, avec Anna Paquin, Alfred Molina ou Patrick Stewart. Pourtant, la critique préfèrera voir en lui un film simpliste (voire pour enfant), s'attardant sur ses innovations science-fictionnelles plutôt que sur son message, crucial et délivré avant la crise financière.
 

Katsuhiro Otomo est obsédé par notre futur, surtout qu'il a du mal à l'envisager de façon très positive. C'est encore une histoire de dystopie dont il est question ici, un avenir où la Terre est devenue inhabitable suite à une guerre nucléaire et où l'humanité s'est envolée vers de gigantesques satellites en orbite. La planète ravagée est laissée à des fanatiques, sur ces terres désolées, deux factions n'ont encore pas trouvé mieux que de se faire une guerre aussi vaine que stupide, pour les miettes de ressources qu'il reste.

C'est dans ce climat qui ne respire pas vraiment la bonne humeur que l'on découvre une silhouette encapuchonnée qui traverse des ruines avalées par le sable. En quelques images, dessinées par Takumi Nagayasu, c'est tout un univers visuel que va mettre en place Otomo. Devenue un trope de la science-fiction, cette Terre qui n'est plus qu'un immense désert dans lequel l'être humain essaie tant bien que mal de reprendre ses droits, cette vision va marquer la SF mondiale.

La silhouette en question deviendra l'un des personnages féminins les plus marquants de la BD, Mother Sarah est mûe par la volonté inébranlable d'une mère qui veut retrouver ses enfants. C'est cette quête entreprise dans un monde hostile au possible (Otomo n'épargne rien à son héroïne) qui va fonder une aventure plus que passionnante où Sarah forge sa légende. Si l'on peut retrouver cette histoire en occasion chez Delcourt à un prix déraisonnable, nous ne serions en revanche pas contre une réédition dans une collection plus proche de l'édition originale.

Bien évidemment, il n'y aura pas eu de suspens pour la place de grand premier. Comment ne pas mettre Akira sur la plus haute marche du podium ? Ce manga devenu culte est certainement l'un des représentants les plus connus de la BD japonaise. Cette œuvre sociale, philosophique voire même ésotérique, interroge le lecteur sur le poids du passé autant que sur notre implication pour le futur. Une œuvre mature qui va faire rentrer le manga dans une nouvelle dimension.

Elle va aussi consacrer Kaneda comme l'un des héros les plus charismatiques de la production japonaise. Ce voyou préférant zoner défoncé avec ses potes motards dans une société en décrépitude, plutôt que suivre les cours d'une école qui a oublié sa vocation. Un symbole de la violence sociale qui va se retrouver au centre d'une histoire qui le dépasse complétement, où pour sauver son ami Tetsuo, il va découvrir que les puissants leur ont bien menti depuis le début.

C'est un récit presque révolutionnaire que nous livre Katsuhiro Otomo dans ce manga. Il va alors étendre la portée de son œuvre en l'adaptant lui-même en long-métrage d'animation. Celui-ci va sortir en 1988 et traumatiser des générations de spectateurs qui découvrent un final dantesque et une animation au sommet. Ce n'est sans doute pas pour rien que cette œuvre a inspiré des générations d'artistes, comme si la force de son impact laissait l'empreinte d'une vocation, le besoin de faire passer un message.
 

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