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A.D. After Death : la mort n'est jamais plus terrifiante que lorsqu'elle est vaincue

Comics Le 13 avr
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A.D. After Death : la mort n'est jamais plus terrifiante que lorsqu'elle est vaincue

Avez-vous peur de la mort ?

Quand on ouvre un comic book comme A.D. After Death, on ne sait pas à quoi s'attendre. L'ouvrage récemment publié dans la collection Urban Graphics d'Urban Comics s'éloigne de la pure bande dessinée pour proposer une histoire faite à la fois de prose, et de planches plus traditionnelles. Une expérience qui lorgne plus vers le littéraire, par cette approche croisée dans la narration, mais également dans son propos. Le "death" du titre est évocateur, et ce récit de Scott Snyder et Jeff Lemire n'ira pas vous proposer de joyeuses choses. 

Un remède contre la mort

Dans A.D. After Death, tout repose sur l'idée qu'un remède contre la mort a été trouvé. Le héros Jonah raconte son histoire, et tout ce qui l'a amené à la situation présente - les passages du présent étant ceux dessinés. Le monde n'est plus tel qu'il était. Une vague de nuages aux couleurs impossibles recouvre la plus grande partie de la planète, et Jonah tente, au sein d'un bâtiment austère, d'avoir un signal de cette partie abandonnée du monde. Tout est lié à cette histoire de mort qui a été vaincue, mais c'est à force de patience que le lecteur aura toutes les clés en mains pour comprendre ce qui est arrivé. Comment l'histoire personnelle de Jonah est intimement liée à cette ambiance de fin du monde.

Mais le récit composé par Snyder a ceci d'intéressant qu'au final, l'histoire importe peu. Bien sûr, on veut en découvrir plus sur ce qui est arrivé au monde. Mais dans ce que Jonah nous raconte, et par la voix du scénariste, c'est un essai introspectif qui se déroule. L'auteur fait part de craintes instinctives, que la plupart pourront partager. D'où le questionnement en début d'article. Il s'agira principalement de la peur de la mort, de l'angoisse du tout qui s'arrête, de la mort de soi mais aussi de celle des autres. À plusieurs moments, l'angoisse est littéralement partagée, Snyder réussissant à expliciter ses pensées de façon percutante. Et dans cette peur, on aperçoit aussi une conséquence sous-jacente, celle de l'incapacité à avancer. À aller de l'avant. Il faut regarder au-delà des mots et des phrases pour comprendre la portée de ce que raconte l'auteur. A.D. After Death résonnera ainsi de façon différente pour chaque lecteur, mais l'expérience ne laisse pas indifférent.

Une structure qui sort de l'ordinaire

Parce qu'avec sa structure inhabituelle, l'ouvrage se montre plus exigeant envers son lecteur. Et dans son exigence, on trouvera également récompense. Dans le sentiment d'avoir plus qu'une histoire, mais d'être invité à l'introspection, à une réflexion personnelle que la plupart des comics ne proposent pas. C'est là l'idée du partage entre le pur divertissement et une oeuvre qui aurait plus d'ambitions. Mais loin de moi l'idée de vouloir porter After Death dans une forme d'élitisme ou que vous ayez peur d'avoir affaire à un "titre d'auteur". Il faut juste constater qu'on appréciera pas A.D. comme on le fait sur d'autres comics (que je ne nommerai pas, pour ne vexer personne).

De mon expérience vis-à-vis de Snyder, on sent la maîtrise de ce dernier à l'exercice de la prose, qui est ici parfaitement en accord pour ce type d'histoire. Et quelque part sur ces passages, les seules illustrations de Lemire, qui viennent plus en accompagnement, permettent à l'auteur de respirer. À cet égard, kudos pour le traducteur Benjamin Rivière, pour la justesse avec laquelle le texte est porté dans notre langue. On pourra se demander quelle part a pris Jeff Lemire à l'écriture, puisque les thématiques des deux auteurs sont bien présentes dans beaucoup de l'oeuvre. En l'état, ici il faudra plus se concentrer sur le dessin du canadien, qui ne déçoit jamais. 

Là aussi, il faut reconnaître que le style de Lemire est particulier, loin de certains canons du genre, même pour l'indé. Au trait simple et effilé de l'artiste se mêle une justesse dans la représentation des personnages, de leur émotion. Le tout s'associant à une mise en scène efficace qui se concentre sur le nécessaire, le format agrandi d'Urban Graphics permettant de profiter pleinement du travail de Lemire. À noter surtout, cette utilisation des couleurs, l'aquarelle tentant de rendre au mieux la folie du monde abandoné que Jonah contemple, avec au loin l'idée de ces couleurs impossibles, cette envie de fantastique et d'irréel. Cet inconnu qui fascine et terrifie à la fois.

A.D. After Death n'est pas votre comic book indé habituel. Alliant BD traditionnelle et prose, la collaboration de Snyder et Lemire se révèle profonde, touchante et exigeante à la fois. Un essai réussi qui amène le lecteur à sortir d'une certaine zone de confort, et prouve que le genre a toujours à apporter, autant sur le fond que sur la forme.

Si l'ouvrage vous intéresse, vous le trouverez à ce lien pour une vingtaine d'euros.

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