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Fusion Man, super-héros homo : du court-métrage à la BD

Comics Le 24 nov
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Fusion Man, super-héros homo : du court-métrage à la BD

En parcourant l'édition française de Love is Love, dont nous vous parlions tout récemment, on retrouve dans les ajouts des contributeurs français une planche présentant le personnage de Fusion Man. Un super-héros né de l'imagination du scénariste David Halphen et qui s'est trouvé un parcours assez particulier. Sa première bande-dessinée est arrivée cet automne par le biais d'un crowdfunding réussi, mais il faut remonter quelques années en arrière pour retrouver les débuts de Fusion Man. Et sous un tout autre format que celui du papier.

"Fusion, prêt à l'action"

Fusion Man est en effet à la base la résultante d'un appel à projet lancé par Canal + en 2009 pour la réalisation de courts métrages en association avec le Ministère de la Santé. Ils parleraient d'homophobie et du suicide dans la communauté LGBTQ, sujet lourd et qui reste encore difficile à aborder dans le débat public. David Halphen est fan de culture pop, organise des évènements autour de séries comme Buffy contre les Vampires ou The L World, mais ne se retrouve pas forcément dans la représentation des personnes de sa communauté, notamment dans le oeuvres super-héroïques.

On pourrait répondre que certains personnages comme BatwomanMidnighter, ou Iceman sont homosexuels, mais face à l'immense diversité des personnages existants dans ces univers, on comprendra que leur personnage et leur exposition ne soit pas suffisante. C'est le cas pour David Halphen (qui écrit sous le pseudonyme Spirit Darko), qui proposera un script pour un super-héros ouvertement homosexuel, et qui ne s'en cache pas. Le script de Fusion Man permet au court-métrage éponyme de voir le jour. 

On retrouve à la réalisation Xavier Gens (FrontièresCold Skin) et un casting composé d'acteurs qui sont à présent à l'affiche régulièrement dans le cinéma français (Raphael PersonnazFélix Moati, Mélanie BernierFrédéric Chau). Un court-métrage au ton volontairement léger - malgré un sujet difficile - et qui montre qui est Fusion Man. Plus qu'un super-héros homosexuel, c'est un super-héros qu'on montre venir en aide à ceux de sa communauté qui en ont besoin. Contre le rejet, contre les agressions, contre la solitude. Et le chemin de Fusion Man ne s'arrêtera pas là.

Des super-pouvoirs contre l'homophobie

Le genre super-héroïque reste destiné à une certaine niche dans le lectorat français. Ajoutez l'étiquette affirmée LGBQT à Fusion Man et la niche se réduit d'autant plus. On comprendra alors que le parcours du super-héros ne sera pas aisé. Mais avec persévérance et le soutien des lecteurs, celui-ci poursuit ses aventures d'abord en ligne, sous la forme d'un web comics. Et l'auteur est confronté à divers choix, qu'il explique en détails dans sa BD. Du fait que Fusion Man ne peut pas se limiter à sa seule sexualité pour exister en tant que personnage, ou que ses histoires ne peuvent pas se limiter à parler d'homosexualité. Mais le contexte sociétal en France, à cette période, avec le débat sur le mariage pour tous et le déliement de discours clairement homophobes, orienteront le choix des histoires de David Halphen.

Des choix qui transparaissent dans les différentes histoires proposées dans un premier tome qui voit le jour à l'automne 2017. Plusieurs artistes, aux inspirations diverses mélangeant tous les styles que l'on retrouve dans l'art séquentiel, se joignent à la tâche, et Fusion Man reçoit notamment le soutien de George Jeanty, artiste américain qu'on retrouve sur les comics Buffy contre les vampires ou Batwoman, pour ne citer que deux exemples de son importante bibliographie.

Les histoires qui composent ce premier tome de Fusion Man sont dans leur ensemble assez courtes, et demanderaient plus de développement si le format - et le projet - avait pu en avoir. Mais il sera inutile de faire la comparaison face aux géants du genre super-héroique puisque l'intérêt de Fusion Man se trouve dans les choix qu'a fait David Halphen, sur ce qu'il raconte. Le héros vient au secours de personnes en difficultés, et qui subissent des traumatismes en raison de leur orientation sexuelle. Le rejet des autres, les humiliations, le suicide, les condamnations dans certains pays, sont des thèmes abordés (assez durs) et permettent de réfléchir à la question : que peut faire un super-héros pour sa communauté ? Mais on trouve des histoires un peu plus "classiques", dans lesquelles l'auteur joue avec les codes du super-héros pour proposer des super-vilains (assez excentriques) ou s'amuser avec certaines situations (une revisite de coming out). Et bien sûr, les relations amoureuses ont toute leur importance. 

En quelques planches, on passe donc d'histoires légères à d'autres clairement plus graves, et un développement du background de Fusion Man. L'entrée en matière qui parle d'ailleurs de suicide montre une certaine maturité dans le propos de l'auteur, qui ne s'amuse pas à faire juste "un super-héros homo" pour le faire. Le style des dessinateurs est assez simple, et, en toute honnêteté, ne m'aura pas toujours convaincu, mais vous aurez compris en me lisant que l'intérêt de Fusion Man ne se trouve pas là. Il existe aujourd'hui au format papier comme un élan supplémentaire dans le besoin de représentation de la diversité telle qu'elle est dans la société. 

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