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Love is Love : par l'art, pour l'amour

Comics Le 24 nov
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Love is Love : par l'art, pour l'amour

Replaçons le contexte. Le 12 juin 2016, un homme entre dans une boîte gay à Orlando, aux Etats-Unis, et ouvre le feu, tuant 49 personnes. Un crime de haine terrifiant qui secoue l'Amérique et le monde tout entier. Par les gestes d'un seul individu, c'est toute une communauté qui est visée et le message de haine s'inscrit dans le sang et les balles. Dans un élan de soutien, des dizaines d'auteurs et artistes, sous la direction de Marc Andreyko, et avec le soutien d'IDW et de DC Comics, se réunissent pour proposer Love is Love, une anthologie de courtes histoires dont les revenus iront tous à Equality Florida, qui les reversera aux survivants, victimes et leurs familles. Plus d'un an a passé, et l'ouvrage arrive sur notre territoire grâce à l'initiative de Bliss Comics. Et l'on tentera ici de vous expliquer à quel point Love is Love est important.

"On ne fusille pas des gens qui dansent et qui s'aiment. Sous prétexte qu'ils dansent et qu'ils s'aiment."

Comment s'exprimer par l'art, et pour toute une communauté, et pour tout le monde, après la tuerie du Pulse ? Sans verser dans un appitoiement macabre, ou un pathos nécessaire mais trop lourd. Les contributeurs de Love is Love relèvent le défi sans pareil, en approchant leurs sentiments et leurs messages d'une multitude de façons. Love is Love s'inscrit dans un combat pour relever la tête, pour aller de l'avant et ne pas céder à la peur. On trouvera un appel à la tolérance, un éloge pour la "différence" qui n'en est pas une (avec une utilisation appuyée du regard de l'enfant, pour qui la différence est en fait normale).

On trouvera aussi une célébration de l'amour dans ce qu'il est, sa forme la plus pure, sans faire la distinction des personnes qui s'aiment. Et le message est très fort, certaines histoires réussissant à véhiculer des émotions viscérales en seulement quelques phrases, au détour de quelques cases ou d'une page pleine esquissée. Et on ne vous cachera pas qu'émotionnellement, Love is Love est un ouvrage très difficile à lire, à bien des reprises.

La participation de DC Comics à l'ouvrage a permis à plusieurs artistes d'utiliser le symbolisme de leurs héroïnes et héros, qui trouvent là aussi une force dans le message à faire passer. Car c'est à la fois une façon de jouer sur certains personnages et leurs caractéristiques par rapport à l'évènement survenu, comme un rappel des vrais héros du quotidien, et comment ces personnages peuvent aider, par leur inspiration, à poursuivre la vie de la meilleure façon possible. De fait, le symbolisme et les émotions se mélangent, dans des histoires où les couleurs du drapeau arc-en-ciel s'étalent pour une ode à la tolérance. À la fois belle, et triste. 

À ces lignes, vous pourrez trouver que mon propos est niais ou que j'en fais trop. C'est peut-être le cas, mais je n'aurais pas à rédiger ces lignes ou à parler de cet ouvrage s'il n'y avait pas eu Orlando. S'il n'y avait pas d'homophobie. Et si l'art peut aider à faire passer un message dont le plus grand nombre a, à mon sens, terriblement besoin, alors j'abuserai de cette naïveté autant que nécessaire.

L'amour ne connaît pas de frontières

Mais dans le travail éditorial de Bliss Comics, qu'on peut déjà féliciter pour avoir pris l'initiative de transporter Love is Love de l'autre côté de l'Atlantique, c'est l'ajout de collaborations d'artistes français à l'ensemble qu'il faut souligner. Bliss ne se contente pas de faire une traduction mais propose en effet une édition augmentée, parce que l'homophobie n'a hélas pas de frontières, et qu'il n'y avait pas de raisons qu'en France, on n'ait pas quelque chose à dire là dessus.

On trouvera donc des artistes travaillant dans l'industrie américaine comme Paul Renaud, Marguerite Sauvage ou Philippe Briones, des acteurs du secteur culturel des comics comme Katchoo (The Lesbian Geek), des auteurs comme David Halphen (créateur de Fusion Man, dont je vous reparle très bientôt), Julie Maroh (Le bleu est une couleur chaude) ou encore l'humoriste Vincent Dedienne. Une très belle façon d'apporter son soutien à cette entreprise artistique collaborative - dont les sous, comme pour son édition américaine, iront à SOS Homophobie et deux associations américaines.

Love is Love est donc un ouvrage quelque peu à part dans le paysage éditorial français. Par la diversité et la qualité des travaux présentés, l'universalité du message - ou plutôt des messages - qu'il véhicule, et l'importance d'avoir une manifestation artistique de soutien à la communauté LGBTQ, je ne pourrai que vous encourage à vous procurer le livre. À le parcourir, à en parler autour de vous, même à l'offrir à vos connaissances qui auraient un problème avec les personnes qui s'aiment. Il y a des mentalités à changer, et si Love is Love peut aider, ce ne sera pas de trop.

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