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Édito #28 : Le magazine BD n'est pas mort !

Franco-belge Le 09 fev 2015
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par Alfro
Édito #28 : Le magazine BD n'est pas mort !

Pour un peu que l'on se penche sur les grandes séries, les grands auteurs classiques, on s'aperçoit que la bande dessinée est intimement liée à la presse. Des revues comme le Journal de Tintin et Pilote ont été un terreau fertile pour développer une frange de la BD qui reste encore aujourd'hui très forte dans notre pays, faisant même office d'exception culturelle. Si le modèle des comics est différent, le Japon a lui complétement forcé le trait avec son système de magazines de prépublication. Vous avez votre chance dans les kiosques : si la série marche, elle connaitra une publication en recueil. Le marché semble équitable, même s'il force un peu le format du manga à la fin et que la dérive productiviste a imposé un rythme de travail surhumain à ses auteurs (si bien que la plupart des mangakas finissent dégoûtés par leurs propres séries).

Ce modèle était un peu celui que nous avions en France où les lecteurs purent tout d'abord découvrir Astérix dans les pages de Pilote. Plus tard, ce fut Métal Hurlant qui révolutionna le genre. Ce magazine était devenu un véritable laboratoire de l'art séquentiel, où des explorateurs faisant foi des idées préconçues du genre se permettaient tout et n'importe quoi. Des gens comme Moebius ou Philippe Druillet redéfinirent un genre parce qu'ils n'avaient plus de contraintes, influençant la BD mondiale grâce à des séries comme Jerry Cornélius et Lone Sloane, futuristes et nouvelles. Le genre de revue qui a vraiment compté.

Si l'on fait le point aujourd'hui, le bilan est peu amène. Il reste encore des revues traitant de bandes dessinées, comme les très bons Kaboom ou Casemate de notre ami Paul Giner, mais très peu de magazine de prépublication. Spirou Magazine apparait même comme un éternel survivant, fidèle au poste (avec même des pics monstrueux suite à un tragique événement), défendant une idée du 9ème Art depuis 1938, ce qui n'est pas rien quand on voit tous ceux qui sont tombés entretemps. Tous ces Pif Gadget et autres Tintin ayant depuis longtemps passé le crayon à gauche.

Le modèle n'est pas mort pour autant, comme le prouve un Lanfeust Mag qui a su se construire autour d'un univers partagé pour proposer des séries allant au-delà de celui-ci. Que dire des Picsou Mag et autre Journal de Mickey qui tiennent bon la barre, alors qu'une grande partie du contenu provient de la réédition ? Si la mort annoncée de la presse écrite n'avait pas vraiment eu raison des magazines BD ? Certes, ceux-ci s'adressent à un public jeune que l'on pourrait penser plus favorable à ce genre de publications, mais une revue comme Métal Hurlant n'était pas vraiment à mettre entre des jeunes mains innocentes et naïves (en fait si, mais dans le dos des parents).

Les magazines BD qui s'adressent aujourd'hui à un public adulte ont déserté les kiosques. Reste ce poil à gratter de Fluide Glacial, doigt d'honneur institutionnel qui, on le sait, traverse des difficultés certaines. Mais encore une fois, il ne s'agit pas vraiment d'un magazine de BD qui pourrait accueillir n'importe quel projet, leur truc c'est plus la satire que l'art séquentiel. Ce n'est pas vraiment ici que l'on découvrira le nouveau Richard Corben ou le nouveau François Schuiten qui eurent leur chance grâce à Métal Hurlant. Les magazines BD sont donc à chercher ailleurs, loin des circuits de grande distribution. Il faut chercher là où on peut trouver Ferraille, le magazine des Requins Marteaux dans lequel Winshluss a pu verser son trop-plein de folie (qui existe aujourd'hui sous le nom de Franky et Nicole, des semestriels disponibles en librairie), ou un Psikopat qui regarde du côté de Charlie Hebdo (normal, ils ont eu des collaborateurs en commun) mais qui a proposé de vrais auteurs de BD comme Lewis Trondheim ou Mattt Konture.

Le magazine BD n'est pas mort, il ne peut juste pas survivre dans des réseaux de distribution complétement cadenassés. Reste alors la solution alternative, il y en a toujours une, celle des librairies spécialisées où ô magie les fanzines pullulent. De la BD partout en veux-tu, en voilà, dans tous les formats, sur tous les sujets. Indépendants la plupart du temps, les futurs auteurs de demain se trouvent peut-être dans ces pages. Pour le savoir, il faut parcourir ces monticules de magazines bariolés, trouver peut-être son bonheur et partager son coup de cœur s'il a lieu. Dont acte, jetez donc un œil à DIK, le nouveau fanzine NSFW des allumés de DIG que nous avions déjà eu la chance de rencontrer l'année dernière et qui réitèrent leur expérimentation séquentielle pied au plancher.

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