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Édito #44 : Van Hamme quitte Largo Winch, nous aussi ?

Franco-belge Le 27 jul 2015
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par Republ33k
Édito #44 : Van Hamme quitte Largo Winch, nous aussi ?

Il y a quelques jours, on vous rapportait le départ de Jean Van Hamme de la série Largo Winch. Le scénariste, aussi culte pour le franco-belge que les séries qu'il écrit, a décidé de laisser le bébé à son dessinateur Philippe Francq, invoquant une certaine lassitude et des différends avec l'artiste en guise de raisons. Et si cet édito' n'a pas vocation à les analyser, il essaiera de démontrer que ce départ est symptômatique d'un bon nombre de problèmes inhérents à la bande-dessinée franco-belge.

Calmons le jeu tout de suite, je ne suis ni un fan ni un détracteur des séries de Van Hamme. Je suis même rentré dans le grand bain du franco-belge à travers, justement XIII et Largo Winch, deux des rares bande-dessinées à traîner dans la bibliothèque municipale du coin, à l'époque. Cette même époque ou je me limitais à des classiques plus enfantins et aux rares comics qu'on pouvait trouver en vente à la campagne. Autant vous dire que les dessins, les thèmes abordés et l'intrigue de manière générale m'ont surpris. Mais malgré le peu de recul critique dont je pouvais faire preuve sur le moment, je trouvais déjà que XIII s'éssouflait après son douzième tome, qui concluait un arc déjà bien étiré dans les albums précédents.

Plusieurs années plus tard, Van Hamme quittera d'ailleurs la série XIII, après un dix-neuvième tome et une conclusion provisoire somme toute classique mais efficace. Voir Largo Winch subir le même sort, quasiment à l'album prêt, n'a donc rien d'étonnant, d'autant plus que l'intérêt pour la série, malgré des ventes solides, avait bien baissé depuis son grand retour, accompagné d'une adaptation cinématographique.

Ne serait-ce qu'avec ce petit résumé, nous avons mis le doigt sur deux problèmes. Si nos compatriotes s'amusent souvent à railler les américains et leurs attaches indéniables aux licences, nous ne donnons pas forcément un meilleur exemple en nous obstinant sur des séries qui firent jadis les beaux jours de la franco-belge. Voir leur co-créateur finir dégoûté de ses propres bébés est assez symptômatique de nos propres mauvaises habitudes. Et si certains diront que Jean Van Hamme n'est pas aussi doué que le monde de la bande-dessinée le dit, tous s'accorderont à dire qu'il avait sans doute mieux à faire que de poursuivre ses séries jusqu'à l'indigestion pure et simple.

Ensuite, faut-il rappeler que les figures que sont Largo Winch ou même le héros de XIII finissent par accuser le coup des années : lorsque le milliardaire au grand cœur avait rejoint les salles obscures, c'est d'ailleurs sous les traits réinventés d'un Tomer Sisley (certes pas toujours convaincant) plus attachant que le récurrent cliché du héros blanc, blond et à la mâchoire carrée. Mais dans un cas comme dans l'autre, qu'en est-il de l'intérêt du public pour un millardaire président d'une multinationale à l'heure où le capitalisme tient plus du cauchemar que du rêve ? Rappelons que Largo avait fait son apparition en 1990 (et en 1973 du côté des romans), un bien autre contexte politico-économique. Et malheureusement, la série n'a fait qu'éfleurer, en vingt albums, l'évolution du monde, simplifiant le potentiel à sa disposition. Comme lorsque les pépins managériaux de l'entreprise cachent forcément la machination d'un dangereux vilain. Une manière d'aborder l'envers du décor capitaliste qui est devenue de plus en plus maladroite au fil des années.

Aujourd'hui, Largo Winch a tout d'un vilain de thriller politique, et plus grand chose d'un héros de bande-dessinée. Et sans même parler de la nature du personnage, ses aventures ont débuté dans un univers fanco-belge qui n'avait pas encore été secoué par des succès comme Lanfeust de Troy, par exemple. Comme le souffle Sullivan, Largo Winch n'a ainsi pas évolué avec son temps, ni avec son média. Fallait-il enterrer la série pour autant ? Non, parce qu'un auteur a le droit de rester fidèle à sa création, et que le franco-belge est loin d'être le plus souple des milieu. Mais tout de même, nous parlons d'une série emblématique, qui avait sans doute beaucoup à dire et beaucoup à faire, mais qui est resté bloquée dans une époque, artistiquement et scénaristiquement, un peu trop différente de la nôtre.

Finalement, Jean Van-Hamme est peut-être tout aussi lassé que nombre de ses lecteurs, et le voir quitter l'horizon Largo Winch, après avoir laissé tomber XIII et Thorgal n'est peut-être pas une mauvaise chose. Seulement, sont départ ne semble pas résonner comme il devrait dans la tête des passionnés du neuvième art : si Largo se voit privé d'un papa, on se voit surtout privés de bonnes séries ou en tous cas de bonnes idées, et depuis quelques années déjà.

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