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Édito #47 : Valérian, ses costumes et Luc Besson

Franco-belge Le 12 oct
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par Republ33k
Édito #47 : Valérian, ses costumes et Luc Besson

Il y a quelques mois de cela, je me réjouissais de voir Luc Besson mettre ses bollocks sur la table en osant adapter Valérian pour un public mondial, en faisant de l'œuvre imaginée par Jean-Claude Mézières et Pierre Christin un blockbuster qui ira se frotter aux immenses Guardians of the Galaxy Vol.2 et Star Wars : Episode VIII. Mais en ayant refusé de céder aux sirènes de l'anti-Besson primaire en mai dernier, me voilà aujourd'hui dans une bien drôle de situation, puisque le réalisateur de Léon et du Cinquième Elément est loin de se montrer bienveillant avec les artisans de l'industrie du cinéma.

En effet, et au cas où vous auriez manqué la nouvelle, Luc Besson et ses équipes de production se sont fendus d'un concours visant à récompenser 20 artistes qui imagineront des costumes pour leur prochain film, officiellement intitulé Valerian and the City of a Thousand Planets. L'idée est ainsi d'offrir aux futurs artistes (ou artisans, à vous de choisir le terme) de l'industrie du cinéma une chance de perçer dans le milieu avec un blockbuster qui devrait logiquement s'attirer l'attention des médias.

Les modalités de ce concours sont assez simples : proposez trois vues pour un costume, et si vous gagnez, votre travail pourrait être utilisé dans le métrage final. Sans oublier un léger dédomagement d'un millier d'euros, quand même, grand seigneur le Luc. L'utilisation du conditionnel est volontaire : les clauses de la compétition ne garantissent pas que le travail de l'un des vingt gagnants sera utilisé dans le film. En revanche, on peut s'attendre à ce que le concours lui-même serve d'outil promotionnel pour Valérian, et donc, que les costumes envoyés, gagnants comme perdants, soit utilisés dans une campagne marketing, dont l'impact réel sera difficile voir impossible à mesurer pour les participants.

On note déjà quelques pièges donc. Non seulement pour les vainqueurs, mais surtout pour les perdants, vous vous en doutez, qui auront sacrifié du temps et sans doute de l'argent pour un travail dont la paternité ou le futur ne sont même pas assurés. Ce genre de compétition n'offrant que peu de contreparties aux vainqueurs, les autres participants auront forcément plus de mal encore à faire valoir leurs droits. Or, cette forme de sécurité aurait dû être le premier souci de la production, et plus personnellement, celui de Luc Besson. Après tout, lui aussi est un artiste, non ?  Il n'aimerait pas voir son travail pillé, si ? Car vous pouvez être certains que les participants se verront, d'une manière ou d'une autre, dépossédés de leur travail.

Je parle d'expérience. Pour avoir travaillé dans une agence de création, les concours de la sorte y sont légion. Le grandes marques n'ayant plus les moyens ou l'envie de s'offrir plusieurs devis de plusieurs agences différentes, elles les mettent en compétition, souvent sans filet de sécurité. Et quand on est une petite agence, on accepte de sauter tout de même, sans quoi les employés s'ennuient ferme faute de projets. Savez-vous ce qui arrive, le plus souvent ? La marque va travailler avec une seule agence, sur un projet qui mélangera le travail de toutes les entreprises convoquées. Ethiquement, c'est déjà moyen, même si les marques se protégeront en signant un devis "perdant" assurant un minimum de compensations financières aux agences défaites. Pire encore, la marque concernée fait parfois en sorte de fermer la compétition, juste après avoir pu admirer les projets de toutes les agences. Prétextez une coupure budgétaire ou une décision du siège, et c'est gagné. Votre équipe marketing a pris des notes partout, et fera très bien le taff en interne. Elle en a les moyens, après tout : elle vient de se payer un brainstorming de luxe, gratos.

La parenthèse sur l'impitoyable monde le com' est close. Mais elle vous montre bien qu'il sera possible pour Besson de tomber dans les mêmes travers. Attention, je ne dis pas qu'il le fera, mais en tous cas, son concours et ses modalités lui permettent a priori de le faire. Et c'est peut-être la pire des remarques à faire sur ce projet. Certes, on paierait plus que 1000 euros un spécialiste du milieu. Mais passe encore si celui-ci, ou un débutant, voient leur participation au concours être encadrée. Ici, elle ne l'est pas. Et sous couvert d'une promotion marketing à la cool, Besson et Valerian s'offrent des idées sans débourser un sou. Car le côut de l'organisation d'un concours doit être risible, si on le compare à l'embauche, même ponctuelle, d'artistes.

D'ailleurs, on rappellera que Luc Besson avait annoncé travailler en secret avec des étudiants en école d'art pour s'offrir un univers visuel particulièrement riche. Des étudiants qui lui répondent directement, et qui ne se voient pas entre eux, histoire de ne pas brider leur créativités respectives. Voilà les débuts d'une collaboration qui semble bien plus polie, honnête et respectable. Et pour peu que le film soit une réussite visuelle, on aurait là une belle genèse en forme d'anecdote pour briller en société. Force est de constater que pour une même production, Besson est donc capable du meilleur comme du pire.

Puisqu'on parle du pire, on peut également remettre l'intiative de ce concours dans le contexte de  production de Valerian. Luc Besson avait soulevé, à juste titre pour le coup, une forme de vide juridique qui désavantageait une production française faite en langue anglaise qui voudrait tourner en France. Autrement dit, une grosse production française, aux ambitions internationales, serait toujours moins avantagée fiscalement qu'une bonne grosse comédie franco-franchouillarde comme on les aime. En interpellant notre ministre de la Culture, Fleur Pellerin, le réalisateur avait obtenu une modification de cet étrange écueil.

Et juste après avoir joué, pour forcer le trait, au Robin des bois, le revoilà sur un terrain bien moins légitime avec ce drôle de concours. Encore une fois, deux poids deux mesures, et ont aurait aimé que le réalisateur ne tende pas le bâton trop souvent utilisé pour le battre en menant par l'exemple. Ce n'est pas avec des astuces de pirate et des concours de filou qu'on changera l'industrie du cinéma français, Luc. Mais ne nourissez pas le troll.

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