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Fanzine, auto-édition et autres histoires #12 François Amoretti (Les Destructeurs)

Franco-belge Le 19 nov
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par Elsa
Fanzine, auto-édition et autres histoires #12 François Amoretti (Les Destructeurs)

Quelque chose de vraiment chouette avec l'auto-édition, ce sont les belles histoires qu'il y a derrière. Attention, on est loin du conte de fée sans embûche. Si des auteurs se tournent vers l'auto-édition, c'est souvent qu'ils se sont auparavant frottés à un système éditorial classique pas forcément bienveillant ou peu enclin à donner sa chance à des projets vraiment originaux.

Mais si l'auto-édition est plus risquée, et souvent une alternative, elle est aussi une sacrée preuve de courage, d'imagination, et donne lieu à des projets profondément personnels. 

François Amoretti est un auteur qui développe depuis des années un univers un peu à part, reconnaissable au premier coup d'oeil, et aussi touchant que merveilleux. Après plusieurs livres édités chez Soleil et Ankama, et un sketchbook chez Comix Buro, il se lance lui aussi dans l'auto-publication. A travers la création d'un label en collaboration avec d'autres artistes, Four Horsemen, et plus personnellement avec Les Destructeurs. Un projet de bd qu'il porte en lui depuis un petit moment et qu'il a longuement fait évoluer.

Les Destructeurs est actuellement sur Ulule pour devenir un vrai beau livre, et vous pouvez déjà en découvrir les premières planches sur le blog de l'auteur.

Mais qui mieux que François Amoretti lui-même pour vous présenter ses projets ?

Peux-tu nous expliquer ce qu'est Four Hosermen ? 

Four Horsemen est un label de créateurs (nous faisons de la bande dessinée, du livre illustré, des illustrations, de la photo, du graphisme) qui tend à la liberté de création. En plus de la crise que tout le monde subit, le milieu de l'édition souffre de façon interne de bien des maux. Nous avons créé Four Horsemen pour passer à autre chose, pour prendre en main nos créations de façon respectueuse. 

Four Horsemen n'est pas une maison d'édition et nous n'avons aucune finance en jeu. Chaque membre est libre de ses créations, notre seule exigence les uns envers les autres est de se soutenir. Chacun de nos projets passera par les moyens de communications de tous.

On peut trouver plus d'amples renseignements ici : http://www.francoisamoretti.com/label-four-horsemen/

Comment est née l'idée de ce label ? 

Nous naviguons dans un milieu hostile, alors que nous ne cherchons qu'à naviguer simplement et à atteindre nos différentes destinations sans être coulés. C'est de ces déceptions, de ces souffrances (le terme est fort, j'en ai bien conscience, mais approprié, je vous assure) que nous avons décidé de créer le label Four Horsemen. Le dernier point est aussi de couper la lenteur administrative de la création : un livre pour être entamé prend un temps phénoménal. Maintenant, à partir de la naissance d'une idée, on pourra obtenir un livre (par exemple) fini, imprimé et distribué directement chez les lecteurs en 6 mois. 

Quels sont les avantages et les inconvénients de cette indépendance ? 

Nous sommes cinq et chacun de nous a une imagination bien particulière qui ne rentre pas dans les standards prévus par les maisons d'éditions. Nous avons en majorité, déjà, un public et s'il est là, c'est que les histoires que nous lui contons l'intéressent. Nous sommes professionnels, nous avons de l'expérience, nous savons ce que nous faisons : nous sommes responsables de nos créations et capables de les mener à termes. Les avantages sont simples : la liberté de créer, d'apporter un projet fait avec le coeur à nos lecteurs plus rapidement (et sans bâcler) et le soutien que chacun apporte aux autres membres du label. Les inconvénients sont multiples : en sortant du circuit, nous perdons les pré-financements, la communications médiatique et la distribution. Nous perdons aussi les libraires et leur soutien. Ces pertes sont énormes et représentent un danger terrible. Nous verrons bien si le public nous suit ou pas. Tout dépend de nos lecteurs, ils tiennent notre survie entre leurs mains : s'ils jouent le jeu, nous pourrons exister et créer ce qu'ils aiment chez chacun de nous de façon honnête et entière. Sinon, nous irons travailler à Macdo

Ce qui nous rassure c'est que notre idée a déjà fait son chemin chez d'autres auteurs (j'ai quelques noms éminents en tête qui ont les même inquiétudes que nous quant à l'avenir) et que nous devrions voir naître des initiatives similaires sous peu.

Quels sont concrètement les projets auxquels le label va donner naissance ? 

Le premier projet, c'est le portfolio de Nella Fragola, modèle pin-up et fetish. Le second est mon livre Les Destructeurs dont le financement participatif vient de débuter pour une sortie en mai 2015. Pour l'année prochaine, nous avons aussi un beau livre de photographies réalisé par Alexandra Banti autour du thème des courtisanes. Peu après il y aura aussi un livre illustré par LostFish. J'ai aussi un autre livre illustré, Fraise, Macaron et Arsenic, avec l'illustratrice Camille de Kerorguen, dont le texte sera écrit par Nella Fragola. Nous espérons aussi nous regrouper chaque année pour faire une exposition tous ensemble.

Peux-tu nous parler des Destructeurs ? 

Le projet a connu trois formes différentes. Il était formaté au marché dans un premier temps puis il est devenu plus profond mais il n'a retenu l'attention d'aucun éditeur dans chacune des deux versions proposées. Et 14 mois se sont écoulés. La nouvelle mouture est très personnelle, plus riche, plus honnête mais plus originale. Cette dernière version n'a pas été présentée.

Les Destructeurs parle de la fin du monde amenée par une jeune femme, à priori quelconque. Elle est l'effet papillon. Mais le récit est mené avec humour noir et poésie tout en gardant l'aspect comics et super-héros prévu au début.

Comment est née l'idée des Destructeurs ? 

Un peu de la même manière que le label finalement… En réaction à l'actualité. A force de voir l'humanité agir contre elle-même et contre son environnement direct, ça donne envie de donner des baffes. Evidemment traité de façon directe, ce serait enfoncer des portes ouvertes alors j'ai opté pour un récit pince sans rire, sans donner de leçons.

Tes personnages principaux sont toujours des femmes. Y'a-t'il un plaisir particulier à développer des personnages féminins forts ?

Plutôt qu'un plaisir, je préfèrerais parler de lien si je puis me permettre. Depuis toujours, j'ai plus d'amies que d'amis, je m'entends mieux avec les femmes qu'avec les hommes. Je dois avoir une sensibilité différente. Si ma naissance était à refaire, je serais une femme, il me semble que je serai plus à l'aise ainsi. De cette façon, je dessine les femmes que j'aimerais être. Ou plutôt ce sont les différentes versions de cette fille-là. Et je fais ces femmes avec le courage dont j'ai besoin, elles sont mes alliées. Pas forcément mes fantasmes comme certains aiment le dire. Quand je dessine Violette de Burlesque Girrrl, je la fais ronde, avec ses gros seins, son gros cul, pour provoquer une réaction : pour que le lecteur l'aime ou la déteste, pour avoir une opinion franche et pour choquer un peu (même si ça ne choque plus trop à notre époque). Pas parce que j'aime les gros seins. C'est souvent quelque chose de difficile à faire comprendre.

Tes univers prennent aussi place dans des mouvances un peu en marge, avec une imagerie assez forte (les lolitas, le burlesque, maintenant le death metal, entre autre. Est-ce une envie de donner une voix à des communautés un peu dans l'ombre, ou est-ce que ce sont des choix liés à ce dont tu te sens proche au moment de l'écriture ?

Tiens, c'est vrai… Je pense que je préfère les courants marginaux. Et puis j'aime beaucoup de choses différentes en même temps donc je glisse ces différentes passions au fur et à mesure dans mes livres. Mais je pense que je les fais à ma façon et mes visions ne correspondent pas forcément à l'image qu'en ont les habitués de ces milieux. Ce sont souvent des milieux qui ne s'intéressent pas obligatoirement à la BD : par exemple, le rockabilly, les gens sont là pour l'image rétro, la musique surtout, les vieilles voitures mais rares sont les BD sur le sujet. De plus je n'ai pas vraiment le graphisme lié : sur Burlesque Girrrl dans lequel je n'ai pas utilisé les clichés du tatouage old school, sur les lolitas que je ne dessine plus selon les demandes strictes de l'imagerie standard. Oui j'aime bien parler des minorités esthétiques aussi bien dans l'habillement comme dans la forme des corps, j'aime donner la parole à ceux (et celles surtout) qui ne sont pas considéré(e)s par les médias. Je ne sais pas si je suis clair mais en peu de mots : ras le bol de la conformité!!!

Le fait que tu sois véritablement seul maître à bord sur Les Destructeurs en fait-il ton projet le plus personnel jusqu'ici ?

Oui et non car je reste timide et je ne me laisse pas encore aller. Mais je mets bien plus de choses personnelles que dans tous les autres livres. Si je faisais quelque chose de 100% personnel, ce serait un imbroglio incompréhensible, un peu comme un film de David Lynch. A part que je ne suis pas David Lynch et je garde de la retenue, j'ai encore un peu peur de donner mes opinions profondes (Elles ne sont pas dangereuses hein! C'est juste que j'ai peur de ne pas trouver un public pour suivre et mon but est quand même de raconter des histoires. Et ces histoires, même si je les aime, ne sont pas pour moi). Je ferai ce fameux projet ultra-ultra-personnel quand je serai vieux, juste avant de mourir, pour ne pas affronter le jugement dernier, haha!!

En résumé, oui Les Destructeurs est très personnel, surtout narrativement (la forme des pages varie selon les personnages qui y figurent. L'héroïne, Shauna, a des vignettes à la place de cases pour soutenir son aspect fou-fou et décalé alors que les autres protagonistes sont dans une narration plus classique. Sans parler des passages "contes" où là, ce ne sont que de grandes doubles pages, sans cases ni vignettes), et je m'éclate dessus.  Entre comics et conte, ce sera atypique et personnel mais il me semble qu'il reste bien cohérent.

Comment se déroule ton travail sur la bd ?

Le scénario est écrit, le découpage est fait, je n'ai plus qu'à dessiner les pages. Je travaille uniquement à la plume et à l'encre et le livre sera en noir et blanc. On devait avoir une édition noir et blanc de Burlesque Girrrl, j'avais très envie de montrer ces aspects de mon travail et c'est l'occasion: le noir et blanc se prêtera bien au sujet et à la narration. 

Quelles sont les forces du noir et blanc vis-à-vis d'un dessin mis en couleur à tes yeux ?

Ça dépend du style graphique du dessinateur je pense. En ce qui me concerne mes influences principales sont les gravures et j'aime me rapprocher de cet esprit. De cette façon, je travaille plus les noir et blancs. Je pense que c'est ce qui me correspond le mieux.

Avec Les Destructeurs, c'est l'occasion rêvée!! Et j'ai sélectionné un papier qui sera parfait pour ça. Ça devrait bien rendre et mettre en valeur ce travail. De manière plus générale, je préfère le noir et blanc, je trouve que ça sublime le travail d'un dessinateur. J'ai en tête le travail de Philippe Pellet sur Les forêts d'Opale : la couleur aplatit un boulot d'orfèvre. Et c'est bien dommage. (Pardon au coloriste… et ce n'est que mon avis hein! Je ne dis pas que c'est mal, c'est juste ma préférence).

Il y avait beaucoup de musique dans Burlesque Girrrl, il y en aura encore beaucoup dans Les Destructeurs. Est-ce un challenge intéressant de redonner vie à la musique dans un medium silencieux ?

Oui, ça me plait énormément. Je n'envisage pas la vie sans une bande son : j'écoute de la musique tout le temps, elle est vitale. A chaque moment son style musical, c'est pour ça que je passe du classique au métal en passant par le hip-hop et le punk puis à une BO. Pour une BD ou un livre c'est pareil, je cherche toujours la musique qui va coller au livre que j'ai entre les mains. Donc quand je crée un livre, j'envisage sa bande son. Quand je travaille avec un scénariste, je lui envoie ma sélection pour qu'il ait plus d'informations sur ce que j'ai en tête. Je me dis que si je parle d'une bande originale pour un de mes livres, avec un peu de chance le lecteurs l'associera aussi. Je ne peux pas voir un projet uni-dimensionnellement : je veux de la musique, du film, des dessins, des tatouages, des vêtements, un style particulier. Evidemment, mes moyens me limitent et je n'ai pas encore pu faire un livre comprenant un disque par exemple. Snif.

Quelles sont les influences de cette histoire ? 

Multiples!! Comics, mythologie nordique, Ecosse, death métal, rag time, super-héros, cricket, contes, légendes diverses et variées, chapisme, les lacs, les océans, les baleines et plein d'autres trucs!

Plus globalement, quels sont les artistes qui influencent le plus ton travail, et surtout ton dessin ?

John Tenniel, Gustave Doré, Posada,  chez les anciens. Et chez les vivants ce serait Tony Sandoval, Lionel Richerand, Camille de Kerorguen, Philippe Pellet, Didier Cassegrain, Alberto Varanda, Run, etc. La liste serait longue… De manière générale, la musique donc, mais aussi la littérature. En ce moment je lis pas mal de Gustave Temple, de PJ Wodehouse, et j'écoute Portal, Sunn O))), Drew Nugent, Dr Butler's Hatstand medecine band, Vita Noctis, Bach, Wardruna (meilleur concert de ma vie).

Tu imagines ce projet en transmédia. Cela est-il venu directement ou la musique, les vidéos... sont-elles venues se greffer à ton histoire ensuite ? 

C'était en transmédia… ça ne l'est plus… j'ai eu les yeux plus gros que le ventre, il y avait trop de choses : le livre, le journal, les clips, les photos, les vêtements… Finalement, je vais mettre en ligne les 5-6 clips déjà tournés, et on aura quand même les photos. Et le livre bien sûr!! Je mettrai peut-être quelques articles du journal sur mon blog. Par contre le livre sortira simultanément en français et en anglais.

Sinon, j'aurais pu répondre ainsi à ta question : tout est venu en même temps parce que j'aime les collaborations et que j'avais envie que ce projet puisse vivre sur différents supports. J'aime faire de la mise en page et dire des choses, donc un journal. J'aime la musique, j'ai contacté des groupes qui étaient partants, donc des clips. Et puis on a un rapport particulier à l'image et voir une histoire multi-dimensionnellement c'est assez excitant! A notre époque, on voit tant d'outils promotionnels vraiment originaux, ça donne des idées. 

Bref. Ca aurait pu être chouette mais faire tout ça tout seul, c'est dur. Je l'ai bien vu avec les clips, ça a été difficile et le résultat est vraiment amateur : je tenais une caméra pour la première fois. Et puis c'est impossible d'avoir de l'aide. Par exemple, j'ai essayé d'avoir des figurants. J'ai contacté 35 personnes et 25 ont dit venir. Le jour du tournage, ils n'étaient que 4. Au bout d'un moment, on laisse tomber. Un projet comme ça, ça ne peut se monter qu'avec une équipe. Et je reviens au label puisque ce sera aussi son rôle, pour que ce genre d'échec ne se reproduise pas ou moins violemment.

Ce projet est aussi participatif. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui exactement. Les Destructeurs est désormais sur Ulule. Et les lecteurs décideront s'il verra le jour ou non. Le livre sera prêt, imprimé et envoyé pour mi-mai 2015. Sans compter que jusqu'à la moitié du financement, je publie les premières pages sur mon site. Puis les clips, puis des courriers donnant des nouvelles de l'avancement. La forme du livre sera vraiment supérieure à ce qu'il se fait dans le commerce, je veux un beau livre, un livre qu'on pourra fièrement exposer sur ses étagères.

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