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Kaboul Requiem : l'hospitalité des pachtounes, du point de vue d'un otage

Franco-belge Le 29 nov
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par La rédac
Kaboul Requiem : l'hospitalité des pachtounes, du point de vue d'un otage

En 2007, Nicolas Wild marque les esprits en livrant un premier témoignage sur l'Afghanistan post 11 septembre avec Kaboul Disco tome 1. Depuis, un tome 2, et un autre album par Guy Delisle, seront venus documenter notre connaissance de ce pays et de sa géopolitique. Pourtant il manquait un sujet, peu traité, et qu’enfin Nicolas Wild vient mettre sous le feu des projecteurs grâce à son co-auteur, Sean Langan.

Il aura donc fallu dix années à Nicolas Wild (et six années d’écriture à proprement parler), pour revenir sur les terres afghanes qui l’ont fait connaître des bédéphiles. La réalisation entre temps de Ainsi se tut Zarathoustra, fut une belle compensation. Mais ce n’est pas avec son histoire personnelle que l’auteur se présente à nous aujourd’hui. C’est celle d’un journaliste anglais, Sean Langan, que Nicolas Wild a rencontré presque aussi fortuitement qu’il ne le met en scène (l’auteur a révélé qu’il avait triché sur ce moment précis, afin de le rendre plus adapté à une BD). En mettant en scène cette histoire vraie, Nicolas Wild vient apporter un complément à toutes les BD traitant du même sujet. Grâce à lui et Sean Langan, on en apprend un peu plus sur les Pachtouns afghans.

Un patchoun ne pète jamais

Anecdotique, le fait que les pachtouns ne pètent pas en public ? Totalement. C’est d’ailleurs cette anecdote qui a donné envie à Nicolas Wild de se saisir de cette histoire, tellement c’était décalé dans le contexte décrit par Langan. Mais ce n’est pas ça qui est le plus intéressant dans cet album. Cela illustre malgré tout la véritable qualité du livre : enfin, on se préoccupe de savoir un peu qui sont les afghans derrière les Talibans. En réalité, l’intérêt c’est d’apprendre leurs traditions, leurs pratiques, leur vie, au-delà des règles barbares des Talibans. S’il ne fallait retenir qu’une règle, essentielle pour la survie de Sean Langan, ce serait la « Nanewatay ». Une forme d’hospitalité plaçant l’invité au sein de la famille et le protégeant de tous ses ennemis. Un véritable code d’honneur pachtoun donné à voir par la collaboration des deux artistes. Il y a donc un peu de morale et de grandeur d’âme, derrière la tyrannie et la barbarie des talibans. Souvent, nous autres occidentaux l’ignorons. Kaboul Requiem permet d’en faire la découverte.

De l'art de l'adaptation

Ainsi donc, Nicolas Wild se base sur le témoignage de Sean Langan, journaliste à la BBC enlevé lors d’un reportage en 2008 en Afghanistan. Le lecteur suit à la fois le déroulé de sa captivité et les différents voyages préalables qu’il avait pu faire dans le pays. Pourtant, Nicolas Wild ne dit pas tout. Il semblerait que Channel 4, l’employeur de Langan, ait payé une forme de « rançon », des dédommagements, pour permettre la libération de son reporter. Et cela, Nicolas Wild n’en dit rien. Sean Langan n’en avait pas fait mention, lors de l’intense session de travail commune qui permit au bédéaste de rassembler sa matière. Ce sont les aléas des témoignages. Toujours intenses, toujours partiaux. De même qu’aucune rencontre dans un avion ne s’est faite entre eux. Ce sont les besoins de la narration BD qui guident l’artiste.

Nicolas Wild est donc de retour, avec une évolution graphique assez impressionnante par rapport à ses premiers albums. Voici un artiste qui gagne en maturité et en maîtrise d’année en année. Kaboul Requiem, publié par la Boîte à Bulles, fait donc partie des bonnes lectures de cette année 2018, qui pourra même trouver place sous les sapins de noël puisqu’il n’y a pas besoin d’avoir lu Kaboul Disco avant de prendre en main celui-ci.

Par Yaneck Chareyre
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