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Crisis Jung : indescriptible, incroyable et infernal

Général Le 30 juin
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Crisis Jung : indescriptible, incroyable et infernal

"Mais qu'est-ce que je viens de regarder ?"

C'est par ces quelques mots que l'on pourra résumer la pensée, de quiconque vient de s'enfiler la mini-série d'animation Crisis Jung. Le nouveau projet de Jérémie Périn (co-réalisateur de la série animée Lastman), Baptiste Gaubert (designer sur la même série) et Jérémie Hoarau pour la plateforme Blackpills s'est présenté à nous récemment au cours d'une soirée spéciale organisée par le studio Bobbypills et le PIFF.

Bobbypills, vous en aurez entendu parler par chez nous, puisqu'il s'agit d'un studio d'animation qui vise à livrer 3-4 séries animées pour adultes par années, avec des noms bien connus à leur tête. Ainsi, c'est David Alric qui en est le fondateur, avec Balak et Alexis Beaumont aux postes de directeurs artistiques. Trois fous furieux, comme le reste de leurs équipes, à qui l'on doit pêle-mêle Les KassosLastmanVermin. Vous voyez l'idée. Le studio est associé avec la plateforme Blackpills, soutenue financièrement par Xavier Neel (Free) - un certain atout lorsqu'on se rappelle des problèmes rencontrés durant la production de Lastman, que nous évoquait d'ailleurs Jérémie Périn en interview. Le même qui nous avouait ne pas vouloir poursuivre ladite série par manque d'amour pour l'heroic-fantasy. Et le voilà donc avec Crisis Jung, une série qui part dans une science-fiction post apocalyptique obscène, une fresque détonnante étalée sur dix épisodes.

Dix épisodes de cinq minutes environ chacun, une formule narrative répétée, parfois répétitive, un voyage dans une certaine vision de l'enfer, au croisement de multiples influences. Une épopée épique et torturée, sous forme de chemin initiatique tortueux, d'un dialogue intérieur où psychanalyse et punchlines chiches s'entrechoquent. Un voyage perturbant où l'atmosphère néon et désespérée se joue de la surenchère pour un rendu graphique décomplexé, où la violence règne en maîtresse, parfois grotesque, toujours inspirée. Et à la fin de la route, éprouvante, la certitude : celle d'avoir vécu une expérience forte, sans commune mesure, et que l'animation pour adultes a de très beaux jours devant elle.

J'en appelle à la Violence !

Crisis Jung nous emmène aux côtés de Jung, qui file un parfait amour avec Maria, jusqu'au jour où l'apocalypse arrive sur Terre, personnifiée par le gigantesque Petit Jésus. Celui-ci prive Jung de son amour et le renvoie à mille lieux de son palace, le condamnant à effectuer une longue quête pour l'affronter et retrouver sa bien aimée. Une quête qui, exposée de la sorte, vous paraîtrait classique. Mais attendez de voir les images, car il n'en est rien.

On retrouve dans Crisis Jung un certain trait que les amateurs de Lastman n'auront pas oublié, mais c'est la seule ressemblance que vous y trouverez, l'univers se montrant bien plus torturé. C'est à se demander où Périn et Gaubert sont allés chercher leurs créations, tant le tout donne une sorte de cauchemar halluciné, aux inspirations multiples, de Gō Nagai à Ken le survivant avec une pointe de Akira. Le chara design a quelque chose de fascinant, à la fois dans sa proposition de se jouer des sexes des protagonistes à tout bout de champ, mais aussi avec les créatures qu'affronteront Jung et ses alliés, qui donnent dans un body horror allègrement sordide -  on ne vous l'a pas précisé ? Crisis Jung se destine à un public plus qu'averti.

Malgré sa structure linéaire, à la construction répétée dans chaque épisode malgré quelques variations, Crisis Jung est riche dans son propos. Qu'il s'agisse du lore de l'Enfer présenté, l'absurdité des relations développées entre les personnages (on cherche toujours à en comprendre certaines), le monde qui évolue sous les yeux du spectateur a quelque chose de neuf et surtout d'inattendu à chaque épisode. Surtout, on recherche le sens véritable de l'histoire.

LA TECHNIQUE DES DIX GROS COUPS DE POINGS !

Il est clair que Crisis Jung n'a pas qu'un seul niveau de lecture. Son héros suit, au fil des combats, une sorte de psychanalyse. Par rapport à sa quête de retrouver son amour perdu, on y verra un discours sur le couple, sur la rupture. Jung tombe dans un enfer littéral lorsqu'il n'est plus avec celle qu'il aime, et c'est un cheminement intérieur, difficile et violent, qui doit l'amener à pouvoir le retrouver. Ce faisant ce sont différentes émotions qu'on l'invite à analyser, et dont la maîtrise lui permet d'aller plus loin. Ceci dit, cette lecture laisse de côté bon nombre d'autres aspects de cet univers- mais c'est ce qui en fera la richesse des discussions autour. 

Dans le ton, on alterne. Les images sont violentes, on a des hauts le coeur, et a côté, on rit. On rit du bizarre des situations, de messages absurdes (sous couvert d'une tolérance maximisée, Jung accepte le cannibalisme) et de séquences hors du commun. L'évidence est qu'il faudra regarder à plusieurs reprises la série pour en saisir tous les sens.

Dans cette explosion de richesse, on retiendra aussi que le format de la série, et la structure de ses épisodes, n'impose pas de devoir tout regarder d'un coup, au risque de sentir quelques répétitions. Il y a sûrement un effet voulu, quelques gimmicks destinés à renforcer l'identité de la série - qui visuellement, risque d'en marquer plus d'un - et peut-être une économie à faire sur quelques plans. Le fait est que binge watcher Crisis Jung ne lui rend pas service, et l'on vous conseillera de  suivre le format, on l'imagine hebdomadaire, proposé lors de l'arrivée de la série sur Blackpills au mois de juillet prochain. 

Voyage halluciné et hallucinant, Crisis Jung est une curiosité dans le paysage de l'animation. Fascinant, violent, drôle, éprouvant, sa traversée ne laisse pas de marbre, et s'il faudra certainement revoir son intégralité quelques fois pour en dégager toutes ses thématiques et tout ce que Périn et Gaubert ont à raconter, le constat est sans appel. Il s'agit d'une belle prouesse, d'une démonstration de ce qu'il y a de mieux à faire. Une animation inventive, technique et maîtrisée, qui ose, franchit toutes les limites, excelle dans son genre tout en les mélangeant. Une expérience qu'on vous encourage à savourer dès sa sortie, et qu'il faut partager à tour de bras. On ne verra pas souvent de Crisis Jung sans un minimum de soutien, le moment est à ne pas louper.

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