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Édito #10 : JoJo's Bizarre Adventure, plus fort que sa parution ?

Manga Le 05 mai 2014
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par Sullivan
Édito #10 : JoJo's Bizarre Adventure, plus fort que sa parution ?

JoJo's Bizarre Adventure, c'est cette série que j'ai toujours regardé de loin, d'un oeil curieux, désireux de comprendre ce qui se cachait derrière la formation d'un fandom aussi revendicateur que colossal, sans jamais oser plonger dedans. D'Hirohiko Araki, je connaissais surtout la réputation. Celle d'être considéré comme l'un des plus grands mangakas de l'histoire, d'avoir travaillé avec et pour Jean-Paul Gaultier, d'avoir inventé une série gargantuesque de plus de 100 tomes, découpée en 8 parties qui sont autant d'arcs narratifs liés les uns aux autres par une filiation aussi simpliste qu'efficace, et j'en passe. Toujours plus attiré par le maître à dessiner d'Araki, Tetsuo Hara, je me suis plutôt dirigé vers Hokuto No Ken et la myriade de titres issus du Weekly Shonen Jump qui faisaient moins de vagues que la très obscure "aventure étrange de(s) JoJo". Certes, l'aspect gargantuesque de l'oeuvre ne m'engageait pas à foncer tête baissée dans une véritable mythologie à part entière, d'autant que le phénomène me passait au dessus, mais c'est surtout l'édition quasi-catastrophique de la série qui m'a empêché de l'aborder jusqu'à maintenant. Et comme le disait si bien Alexandre Dumas, dans un éclair de lucidité qui sied parfaitement à ce génie d'Araki : "Mais qu'est-ce que l'attente, sinon une sorte de folie, et qu'est-ce que la folie, sinon un excès d'espoir ?"

Si JoJo's Bizarre Adventure semble aujourd'hui connaître un second souffle grâce à l'adaptation animée de l'excellent 3ème Arc Stardust Crusaders (disponible gratuitement sur Crunchyroll, vous n'avez pas le droit de passer à côté), il faut bien mettre en relief ce qui passe pour un succès d'estime à nos yeux d'occidentaux habitués à ne pas pouvoir aborder la série dans de bonnes conditions : avec 80 millions d'exemplaires au compteur en 2007 (le prochain compte pourrait bien faire passer la série au dessus de la barre fatidique des 100 millions), JoJo's dans son ensemble est considéré comme le 2ème plus grand manga Japonais, derrière le magistral Slam Dunk et devant le phénoménal Dragon Ball. Cerise sur le gâteau ? La série n'est toujours pas terminée et paraît encore actuellement dans l'Ultra Jump avec le huitième arc JoJolion, preuve que celle-ci est l'œuvre d'une vie. Ainsi, cet obscur Shônen aux influences occidentales et à l'imaginaire totalement débridé est loin d'être un secret d'inités pour beaucoup. Et s'il l'est en France, c'est majoritairement en raison d'une publication catastrophique, que Delcourt / Tonkam esssaye tant bien que mal de rattraper aujourd'hui encore.

Ainsi, aux débuts des années 2000, JoJo's fait partie des acquisitions de J'ai Lu, au milieu de City Hunter, Captain Tsubasa et beaucoup d'autres titres phares des catalogues Nippons, déjà exportés dans leur forme animée sur les chaînes hertziennes pendant les années 90. N'ayant pas connu l'exposition de ses confrères, JoJo's subit un méchant revers en termes de ventes sur nos terres, et sa bizarrerie n'aidera pas les plus jeunes à aborder ce qui restera comme l'une des plus grandes sagas de Bande Dessinée de tous les temps. Pour vous expliquer le contexte, J'ai Lu publie les 4 premiers segments de l'histoire, Phantom Blood, Battle Tendency, Stardust Crusaders et Diamond Is Unbreakable, qui forment à eux 4 l'épine dorsale de l'histoire d'Araki. Aujourd'hui introuvables à moins de 10€ pièce au bas mot, les deux premiers arcs (qui mettent en scène Jonathan Joestar et son petit-fils Joseph Joestar) sont inaccessibles pour la quasi-totalité des lecteurs, qui se doit de commencer son voyage avec Stardust Crusaders, l'arc le plus connu de la série, d'autant qu'il signe l'apparition des stands, ces invocations d'avatars liés aux héros à venir par la suite.

En effet, c'est en 2007 que Tonkam récupère la publication de la série, à partir de Golden Wing précisément, 5ème chapitre de la série qui nous emmène en Italie. Et là où le bât blesse, c'est lorsque l'on veut remonter aux sources de la série pour y découvrir les premières aventures de Dio et de manière plus large, les deux premiers arcs de la série. Si chaque chapitre est indépendant, ceux-ci sont liés par des filiations compréhensibles sans lire la totalité de l'oeuvre, mais ne se savourent (au même titre que l'évolution hallucinante du dessin de l'auteur et de l'ambiance des différentes histoires - proche de l'horreur et du "bizarre" au départ, beaucoup plus héroïque par la suite) qu'une fois réunis.

Guy Delcourt l'a promis à Angoulême, Phantom Blood et Battle Tendency auront le droit, au même titre que Stardust Crusaders, à une réédition en 2014, pour enfin ouvrir les vannes d'une saga qui n'attend que ça, et qui mérite d'être partagée avec le plus grand nombre pour rattraper notre retard sur un titre aussi exceptionnel que totalement fou. L'imaginaire d'Araki y est fou, sans limites, parfois dérangeant (avec les JoJo's Dashi, ces poses improbables, par exemple) mais jamais ennuyeux, toujours riche d'enseignements derrière ses atours étranges et profondément addictif. Parce qu'avant d'être un auteur unique, Hirohiko Araki est surtout un excellent artiste de Bande Dessinée, capable de saisir le 9eme Art dans toute sa compléxité pour se l'approprier et livrer un résultat profondément singulier.

Certes, JoJo's n'est pas facile d'accès, mais à l'ère de la continuité à tout prix, son Metaverse (re)devient l'une des plus belles ambitions créatives et éditoriales venues du pays du Soleil Levant, l'ironie du sort voulant que celle-ci soit également la plus occidentale d'entre toutes.

Il est d'ailleurs hallucinant de voir un tel fandom se former devant les difficultés inouïes rencontrées par une oeuvre qui devrait passer au dessus de ces problèmes sans sourciller, preuve que les qualités du titre suffisent à rassembler les quelques foules qui souhaitent faire un effort pour découvrir un véritable graal de Manga. D'ailleurs, en attendant un dossier qui vous expliquera en détails comment aborder la série sans difficultés, vous pouvez mettre la main sur JoJo's Bizarre Adventure : All Star Battle, sorti il y a une semaine chez Namco Bandai en Français (!) et parfait pour vous familiariser avec un univers qui, s'il est opaque au départ, devient un véritable joyau une fois maîtrisé. Ce que je vous demande ensuite, c'est de faire passer le message autour de vous, pour qu'enfin, presque 30 ans après sa création, JoJo's atteigne les sommets de popularité qu'il mérite chez nous, et que le lectorat découvre l'une des plus grandes aventures proposées par la BD Japonaise, et par la Bande Dessinée en règle générale.

« Je dessine JoJo sur le thème de « l'hymne à la vie », « la grandeur de l'être humain ». Je tiens à ce que mon héros aussi vienne à bout des dangers sans recourir à des machines ou la technologie, mais au moyen de son propre corps. C'est parce que je suis de l'avis que les sciences ne font pas forcément toujours le bonheur de l'homme. »

Bonus-Track : pour se quitter avec une petite merveille en cette belle journée, voici Akira Toriyama (!) qui dessine Arale (!!) pour Hirohiko Araki (!!!) en 1980, accompagné également par Osamu Tezuka (!!!!!). Vous avez bien lu.

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