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Édito #15: Terra Formars, un seinen débridé et référencé

Manga Le 30 juin 2014
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par AlexLeCoq
Édito #15: Terra Formars, un seinen débridé et référencé

Il est souvent dit que les japonais ont une imagination débordante si on l'a compare à nous, européens, qui sommes en général beaucoup plus pragmatiques. Cette ouverture d'esprit peut être notamment constatée dans les arts où certains japonais réussissent à pondre des OVNI totalement effrayants et géniaux à la fois comme le film Tetsuo de Shinya Tsukamoto, à jamais gravé dans ma mémoire. Mais cette imagination débordante sévit aussi dans le manga dans lequel certains auteurs réussissent à créer des œuvres incroyablement passionnantes par leur scénario totalement invraisembable comme Terra Formars.

Débutée en janvier 2011 dans les pages du Miracle Jump, Terra Formars est le résultat de la collaboration entre les artistes Yû Sasuga (au scénario) et Kenichi Tachibana (au dessin). La série se déroule à la fin du XXVI siècle alors que l'humanité a décidé de s'étendre dans la galaxie en commençant par faire un tour par la planète Mars. S'il est impossible d'y habiter, des scientifiques ont eu l'idéé, 500 ans plus tôt, de créer, en laissant faire le temps, une atmosphère viable sur la planète rouge en y envoyant simplement du lichen et des cafards. Le but de la manœuvre étant de mettre lentement en place un environnement vivable pour les humains grâce aux plantes qui absorbent les rayons du soleil pour éjecter de l'oxygène et les petites bébètes capables de survivre sur la planète et qui permettent de créer un embryon d'écosystème.



La terraformation étant sur le point d'être achevée, une équipe terrienne est donc envoyée sur l'ancienne planète rouge devenue verte pour détruire les cafards qui habitent la planète. Évidemment, rien ne se passe comme prévu puisque les insectes qui ont vécu 500 ans comme des rebus ont muté pour devenir des humanoïdes prêts à tout pour tuer les voyageurs indésirables. Heureusement, les humains partis dans l'espace ne sont pas arrivés sans armes pour combattre les cafards puisqu'ils ont subi une opération leur permettant, à l'aide d'une injection, de muter pour devenir des guerriers insectes. Chaque humain n'étant compatible qu'avec un seul insecte mais pouvant bénéficier de son habilité principale à la manière du héros Shokichi Komachi qui peut devenir un surhomme grâce aux capacités du frelon géant.

Voilà de quoi laisser n'importe quel lecteur perplexe à la lecture d'un synopsis pareil (moi le premier) mais c'est ici tout le génie d'une série comme Terra Formars. Pourtant, Yû Sasuga réussit à faire passer son scénario comme une lettre à la poste grâce à une écriture et un story-telling proche d'un film de science fiction façon Alien. Le voyage spatial, l'équipe internationnale, la découverte des créatures et les morts, tout y est ! Mais Terra Formars est beaucoup plus complexe et retord qu'il ne peut paraître et accroche rapidement grâce à son action effrénée mixée à ses personnages charismatiques mais aussi ses complots encore plus obscures que la prise de pouvoir du Chancelier Palpatine dans Star Wars. D'autant plus que le tout est mis en avant par des dessins incroyables concoctés par Kenichi Tachibana qui se révèle être un véritable maître de la mise en scène, notamment lors des combats qui seront très nombreux.



C'est aussi là que Terra Formars fait mouche (mouche, insecte... vous l'avez ?) car si le manga a véritablement un feeling proche des films spatiaux catastrophes dans lequel une équipe sera traquée par des créatures inconnues, il n'en oublie pas les codes du manga et est un digne représentant du seinen. Tous les faces à faces humain/cafard sauront rappeler quelques souvenirs à tous les fans de Dragon Ball d'Akira Toriyama ou encore Naruto de Masashi Kishimoto, des maîtres dans l'art de mettre en scène les combats. Il y aura toujours un ennemi plus fort que l'autre et les twists s'enchainent sans cesse dans les premiers tomes, faisant de Terra Formars une œuvre incroyablement fluide et plaisante à découvrir. Et si les scénarios abracadabrantesques vous font peur, Terra Formars est un excellent point d'ancrage dans le genre en manga puisqu'il offre véritablement des références de plusieurs médiums dont le principal étant, vous l'aurez compris, le cinéma.

Mais comme avec beaucoup d'œuvre, il faut parfois gratter pour en entrevoir tous les aspects et le manga de 
Yû Sasuga et Kenichi Tachibana offre aussi une réflexion très intéressante sur la place de l'homme dans l'univers. Il dénonce en outre le fait que l'humanité oublie parfois que la galaxie est vaste et qu'elle n'est peut-être pas seule à se la couler douce sur une planète. Il est d'ailleurs intéressant de noter que certains héros de l'aventure connaissent des fins brutales et sèches simplement dans le but de rappeler qu'un homme ne vaut lui-même pas plus qu'un insecte, que nous aimons tant écraser gratuitement. D'autant plus qu'à l'échelle de la galaxie, l'humanité n'est pas plus grande qu'un nid de fourmis. Il est d'ailleurs assez paradoxal (et ironique) de noter que les êtres humains ont décidé de faire appel à des insectes, qui représentent des véritables forces de la nature lorsqu'on s'y intéresse, pour espérer anéantir la menace cafard.


Une chose est sûre, Terra Formars est une série originale et unique qui s'appuie pourtant sur les meilleurs références du cinéma de science-fiction et du manga pour un résultat véritablement détonnant. Éditée chez Kazé en France, la série compte actuellement 6 tomes (le septième étant prévu pour août prochain) et connaîtra bientôt une adaptation animée qu'il faudra surveiller de près !

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