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Édito #39 : C'est quoi ce foutoir avec Ghost in the Shell ?

Manga Le 01 juin
7
par Alfro
Édito #39 : C'est quoi ce foutoir avec Ghost in the Shell ?

Pour qui voudrait se lancer dans Ghost in the Shell, parce qu'un ami de bon goût le lui a conseillé et parce que cela reste tout de même l'une des œuvres venues du Japon les plus marquantes ces dernières années ou tout simplement parce qu'il a quelque intérêt dans le transhumanisme, on lui souhaite bien du courage. Avec des œuvres disponibles dans tous les médias possibles et imaginables, qui portent souvent le même sous-titre et une chronologie proche du chaos, le débutant dans cette œuvre futuriste pourrait être tenté d'abandonner avant d'avoir commencé.

Surtout que les producteurs font tout pour rajouter à la confusion entourant cette franchise. Ainsi, le prochain film où l'on retrouvera Motoko Kusanagi et ses collègues de la Section 9 s'appellera tout simplement Ghost in the Shell - The Movie. Forcément, il fallait marquer le coup des 25 ans, et maintenant que l'adaptation hollywoodienne avec Scarlett Johansson en nom plus que bankable, un peu de publicité est toujours bienvenue. Sauf que niveau cohérence, on est encore une fois très très loin du compte.

En effet, ce long-métrage, toujours réalisé par le studio Production I.G. qui s'est occupé des adaptations de la licence depuis le tout début, s'inscrit lui-même dans la même période, et les même designs, que la série de moyen-métrages Ghost in the Shell : Arise. Cette dernière est une préquelle au manga original et raconte comment l'héroïne a mis en place la Section 9, son unité indépendante au sein de la police et de l'armée (pour tout ce qui est hiérarchique, c'est souvent le boxon le plus complet avec des officiels dans tous les sens et des comptes à rendre à tout le monde). Question film qui sert de milestone à l'anniversaire des 25 ans, on a fait plus simple, pas vraiment le jumping-point rêvé.

Cependant, il faudra peut-être un jour être honnête avec cette franchise (bien que l'on comprenne que les producteurs ne le soient pas). Démarrée avec le manga de Masamune Shirow, un passionné de cyberpunk, transhumanisme et autres nouvelles technologies (on lui doit aussi Appleseed) qui est aussi obsédé par tous les organes militaires et notamment les polices secrètes. Son manga met surtout l'accent sur ces opérations de l'ombre, tout en portant une réflexion sur l'impact des nouvelles technologies sur le crime international (il a bien saisi que le réseau web était la hantise des nations).

Pourtant, celui qui va vraiment faire connaitre Ghost in the Shell (surtout à l'international), c'est Mamoru Oshii. En effet, en sortant en 1995 le premier long-métrage adapté du manga de Shirow, il remporte un franc succès. Faut dire qu'aidé par une animation sublime de la part de Production I.G., il s'empare des thèmes du manga pour pousser plus loin la réflexion. Il va même, dans ce film mais encore plus dans sa suite sortie en 2004, développer une réflexion philosophique de haute volée.

Il ne faut pas se faire d'illusion pour autant sur la teneur philosophique du reste de l'œuvre. Celle-ci n'appartenait qu'à Oshii et en aucun cas à la franchise, alors si les nombreux dérivés ultérieurs, Stand Alone Complex ou Arise, gardent l'aspect technomilitaire et la réflexion sur la dématérialisation du monde, il ne faut pas forcément les rapprocher des deux chefs-d'œuvre de Mamoru Oshii qui restent des œuvres très personnelles d'un auteur plutôt que des extensions d'une franchise. 

Seulement, leur succès a structuré la licence et cela devient très compliqué de savoir ce qui est "canon" ou pas. Alors même que Production I.G. essaie de forcer une continuité dans ce foutoir, alors que déjà le manga et les films de Oshii se contredisent et qu'il subsiste le problème de la relation entre Kusanagi et Batou (qui semblent avoir passé leur temps à se rencontrer pour la première fois), la meilleure posture à adopter est de prendre tout cela de façon assez indépendante et considérer que le prochain film à débarquer n'est ni plus ni moins qu'une extension de l'histoire d'Arise. Pour ce qui est du film-live de Sony, gageons qu'ils sauront trouver une nouvelle continuité bien à eux, et bien moins complexe.

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