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Édito #4 : Dragon Ball aurait-il dû s'arrêter au Tome 27 ?

Manga Le 13 jan
26
par Sullivan
Édito #4 : Dragon Ball aurait-il dû s'arrêter au Tome 27 ?

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Parmi les très nombreuses légendes qui entourent Dragon Ball et qui font de l'oeuvre d'Akira Toriyama ce qu'elle est aujourd'hui, l'une d'elle a la peau dure et concerne le désormais légendaire Tome 27, paru chez Glénat dans l'édition la plus répandue du manga à l'heure actuelle en France. Celle-ci voudrait qu'Akira Toriyama aurait dû stopper son histoire à l'issue du combat dantesque que se livrent Sangoku et Freezer, qui boucle la boucle puisque Goku devient le Super Saiyen de la légende à la suite de l'exécution horrible de Krilin. Et pourtant, Dragon Ball aurait pu s'arrêter bien plus tôt, et n'a peut-être pas eu tort de continuer jusqu'à l'exil du héros et de son protégé Oob...

"Les Saiyen ? Pas pour moi !"

Alfro vous le disait dans son joli Portrait de légende pas plus tard que ce matin : Akira Toriyama voulait arrêter Dragon Ball là où ses producteurs et l'animé ont fait un distingo net dans le nom même de leur série : aux débuts de "Dragon Ball Z".
L'auteur, dont la seule ambition dans la vie était de pouvoir se mettre à l'abri pour couler des jours heureux à la campagne, n'avait pas prévu d'imaginer un univers aussi vaste pour Sangoku, le héros qui lui avait déjà fait tutoyer quelques sommets. Ainsi, au sortir d'un tournoi et d'un combat fabuleux face à Piccolo, Akira Toriyama pensait pouvoir déjà se prendre quelques week-ends à la campagne, alors qu'il vit la fin de sa trentaine. Pourtant, plusieurs années plus tard, c'est carrément une retraite du monde culturel (qu'il revient caresser de temps en temps, lorsque l'envie lui prend) qu'il a les moyens de se payer, grâce au succès mondial et colossal de quatre arcs connexes : Les Saiyens - Namek - Les Cyborgs et Cell - Babidi puis Boo.  

Déjà, la théorie du 27ème épisode vascille, puisqu'au moment du premier arrêt fantasmé de la série, la légende du Super Saiyen et des origines extra-terrestres de Goku ne sont que chimères. Il faut bien avouer qu'en tant que lecteur, il est difficile de faire une croix sur les Saiyens et Namek, qui forment aujourd'hui l'épine dorsale d'une série, comme si Radditz, Nappa, le Commando Ginyu et les autres représentaient le passage à l'âge adulte d'une série, matérialisée par la paternité de Chichi et de son surpuissant mari, qui accueillent leur premier enfant, le christique Sangohan

L'élan est tel que le changement de ton, déjà amorçé dans l'adolescence de Sangoku et au fil de ses rencontres avec Ten Shin Han, est d'emblée accepté par des lecteurs qui veulent toujours en savoir plus, et qui vont jubiler devant l'arrivée de Vegeta et des siens, à juste titre. S'en suit alors ce que les fans de la série imaginent être le chant du phénix d'une série déjà culte : l'affrontement face à Freezer, proclamé empereur de l'espace, responsable de la mort du père de Carrot et de son peuple, ainsi que du génocide du peuple de Piccolo, les Nameks. Plutôt que de s'appuyer sur de vieilles légendes pour mieux les détourner (Le Roi Singe en est l'exemple le plus criant), Toriyama va développer sa propre mythologie et faire de ses créations de véritables héros grecs des temps modernes. Tout y est cadré, bien rangé, les peuples possèdent leurs traditions, leurs us et coutumes et la science naturelle du décor de l'auteur va poser les bases des autres planètes de l'univers de Dragon Ball.
Et c'est alors que tout est si bien rangé, que les forces de chaque héros se comptent en nombres ahurissants ("It's over 9000!"), qu'un élément, une ouverture vers la poésie et la romance la plus totale, va tout changer : la légende du Super Saiyen est née. 

Personne à l'époque ne parle alors de cheveux blonds, de torses nus et de rage divine pour ce qui semble être le but ultime de la série : révéler l'ingénu et surpuissant Goku dans la peau de ce guerrier légendaire, unique en son genre et dans la mythologie de la série. La suite, vous la connaissez, Freezer se fait dérouiller façon George St Pierre après avoir resisté à un Genkidama et Sangoku, nihiliste, jusqu'au-boutiste et peut-être simplement conscient de sa condition de catalyseur d'une série entière, s'enfonce dans l'espace sans espoir de retrouver sa femme et son fils vivants un jour. 

Miracle ! Revenons aux sources de la série, les Dragon Ball. Puisque tout est bâti sur cette légende qui veut que 7 boules réunies invoquent un Dragon omnipotent doué du pouvoir des plus grands génies de la lampe, autant l'exploiter et faire revenir Goku chez lui, avant qu'un twist scénaristique sauve l'auteur et les siens sur la ligne d'arrivée, le héros est toujours vivant, la vie continue. Tout en réussissant une jolie pirouette d'auteur de BD, le Japonais parvient à un accord avec ses éditeurs et peut poursuivre Dragon Ball en y amenant Trunks (second Super Saiyen, celui qui va désacraliser cette seconde forme du peuple Saiyen), en détruisant Metal Freezer et en ouvrant les portes de la maladie cardiaque de Sangoku et l'arrivée des Cyborgs. 

La suite, vous la connaissez et nous en reparlerons en long, en large et en travers pendant ces deux semaines : Cell est une réussite narrative brillante et rien que pour Sangohan SSJ2, de nombreux fans de Dragon Ball n'oseraient renier un arc parfois mal rythmé. Boo offre aussi son lot de moments brillants, avec les fusions, Majin Vegeta, son repentir face au dernier Genkidama de Goku, avant de nous laisser pour compte avec l'exil de Sangoku et son protégé Oob, au détriment de Sangoten qui n'aura jamais la chance de connaître véritablement son père. 

Fallait-il arrêter Dragon Ball tant qu'il en était encore temps, pour le laisser devenir un shonen culte dans le milieu des fans de Manga mais loin du phénomène planétaire qu'il est devenu, et ainsi se priver de l'ouverture d'esprit qu'ont offert Sangoku et les siens à des millions d'enfants, d'adolescents et d'adultes ? 30 ans après sa création, nous avons choisi de nous ranger du côté de ceux qui préfèrent simplement (essayer d')oublier Dragon Ball GT, pour laisser à Toriyama tout l'honneur d'avoir su faire évoluer une série qu'il n'imaginait jamais aussi colossale, où il a finalement pu raconter la vie de l'un des plus grands héros de tous les temps en rappelant une chose à ses fans : ce n'est pas l'arrivée qui compte, mais bel et bien le voyage. 

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