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Édito #9 : Le shônen, une narration simplifiée au service d'un univers ?

Manga Le 07 avr 2014
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par AlexLeCoq
Édito #9 : Le shônen, une narration simplifiée au service d'un univers ?

Alors que Bleach s'est installé la semaine dernière sur 9emeArt.fr pour une semaine spéciale, je me suis replongé avec nostalgie dans le manga dont j'avais déjà parcouru les pages et les premiers arcs plus jeune. Le shônen est véritablement un style de Bande Dessinée à part. Pourtant ses codes, et notamment sa narration, sont similaires d'une œuvre à une autre. Je me suis alors posé la question à mille euros : Quelle est la raison pour expliquer que j'aime autant les shônens, si j'ai tout le temps l'impression de lire la même chose ?



De nombreux shônens ont forgé ma jeunesse (et la vôtre) avec en tête de liste Dragon Ball, Naruto mais aussi Saint Seiya. J'ai commencé à manger des livres avec le manga mais aujourd'hui, alors que je lis différentes formes de littératures (roman, comics, franco-belge), j'ai toujours un plaisir non-dissimulé à me lancer corps et âme dans la lecture d'un nouveau shônen. La formule magique est toujours la même, c'est comme rentrer à la maison. On retrouve toujours les points du parfait guide de la création d'un shônen.

Que ce soit Goku, Naruto, Seiya ou encore Ichigo Kurosaki, ces personnages sont intrinsèquement similaires. De jeunes héros incarnant la bonté et possédant des capacités sans limites qui arriveront à leur paroxysme par une transformation synonyme de l'ultime dépassement de soi comme le Super Saiyen, le mode Chakra des Neufs Queues, le Septième Sens ou encore le mode Hollow

Ces similarités dans la création d'un héros de shônen se retrouvent dans la création de son équipe, car il n'est jamais seul. Celle-ci se compose toujours d'un rival comme Vegeta (à tel point que le Saiyen donne son nom à ce fameux syndrome), Sasuke, Ikki ou Ishida et d'au moins une femme à fort caractère avec en tête Bulma, Sakura, Sasori ou Rukia. Et pour que la mayonnaise prenne, il faut souvent y ajouter un grand méchant qui représente le mal absolu avec comme exemples Piccolo Daimao, Orochimaru, le Grand Pope ou Aizen.



En plus de ces traits de caractérisations des personnages de shônen, il faut aussi suivre un schéma narratif toujours similaire avec le tournoi en tête qui s'installe évidement dans Dragon Ball, Naruto et Saint Seiya. Un moyen plutôt efficace de créer une échelle de puissance entre les différents personnages d'un shônen qu'ils soient alliés ou ennemis. Et il faut rajouter à la liste le chapitre final du combat contre l'ennemi qui se déroule bien souvent dans un environnement inédit comme Namek, le Gotei 13 ou encore le Sanctuaire dans lequel chaque membre du camp de gentils se retrouvent séparés de leurs fiers camarades pour combattre l'ennemi qui sera étrangement proche de lui ou au contraire totalement à l'opposé (et qui deviendra gentil au bout du compte)

Évidemment, ces différents ressorts narratifs sont des exemples parmi beaucoup d'autres mais permettent de mettre en lumière la similarité scénaristique que l'on peut retrouver entre différents shônens. Pour autant certains réussissent tout même à dépasser ses barrières avec Tite Kubo en tête et la trahison d'Aizen dans Bleach qui reste encore aujourd'hui un twist scénaristique brillant. Malheureusement, ces schémas scénaristiques ont rapidement leurs limites et les shônens en pâtissent directement lorsque leurs auteurs sont en roue libre afin de faire durer leur série, bien souvent à cause de leurs éditeurs. Je vous invite d'ailleurs à lire les éditos 4 et 8 de Sullivan qui évoquent ce phénomène.

Mais alors pourquoi lire des shônens si le scénario est toujours téléphoné  ? Tout simplement parce que les mangakas sont passés maîtres dans l'art de créer des univers ! Que ce soit Naruto, Dragon Ball, Bleach, Saint Seiya, ou même One Piece, tous ces mangas qui partagent leur narration n'ont paradoxalement rien en commun. Car les auteurs japonais ont une imagination beaucoup moins cloisonnés que la plupart des auteurs européens et américains qui restent dans des genres communs. Il en résulte donc des univers incroyablement vastes mais aussi incroyablement variés.



L'explication d'un univers prend finalement autant de place que la narration dans un manga et il n'est pas rare de voir trainer par-ci par-là des schémas explicatifs du monde d'un shônen. Le procédé peut paraître collégial mais il renforce finalement l'immersion d'un monde que nous arrivons finalement à maîtriser du bout des doigts. La preuve de cette richesse a d'ailleurs été donné la semaine dernière par Akira Toriyama qui a dévoilé les origines de la mère de Sangoku, 30 ans après la création de son manga !

La richesse des univers d'un mangaka se traduit à travers les pages des mangas qui mettent en place un univers visuel à chaque fois inédit qui puise ses sources dans tous les pans de la culture populaire du monde entier, là où les occidentaux restent souvent focalisés sur leur propre culture. C'est d'ailleurs paradoxal puisque en France, les médias généralistes n'ont jamais véritablement compris le public visé par le manga et les références culturelles à l'origine de certaines séries. Le principal exemple reste tout de même Hokuto no Ken qui reste, aujourd'hui encore, une des plus belles références à Mad Max.

La narration simplifiée d'un shônen est, d'une manière assez magique, ce qui fait sa richesse. Puisqu'un mangaka peut avant tout mettre en avant son talent artistique plus que son talent de scénariste. Et c'est d'ailleurs ce qui différencie en grande partie les auteurs américains et européens des auteurs japonais. Les premiers sont des écrivains d'histoire alors que les autres sont des écrivains d'univers ! Évidemment, cette refléxion ne s'applique qu'au shônen et non au manga en général !

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