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Nos BD cultes #2 : Blackjack

Manga Le 04 mars 2015
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par Alfro
Nos BD cultes #2 : Blackjack

Au menu de ce deuxième épisode, on retrouve une des œuvres majeures d'un artiste qui est surnommé en toute simplicité le "Dieu du Manga". En effet, Osamu Tezuka est révéré pour l'importance qu'il a eu en faisant rentrer la BD japonaise dans une nouvelle ère. Et on traite aujourd'hui de son œuvre la plus mature et la plus sombre : Blackjack !

"Ne mésestimez pas le corps humain."

Quand Osamu Tezuka a l'idée de Blackjack, il est déjà bien connu pour ses mangas Astro Boy et Le Roi Léo. Deux séries s'adressant aux plus jeunes, des mangas d'apprentissage qui serviront de base à la narration shônen qui va se développer par la suite. Pourtant, en 1973, cet artiste brillant qui a non seulement donné ses lettres de noblesses au manga, mais aussi à l'animation en adaptant lui-même pour le petit écran ses BD, a des envies de changement. Des thèmes plus sombres, plus adultes, lui viennent en tête. Une histoire qui prend aussi racine dans son propre passé, quand il était encore étudiant en médecine. Il était ressorti particulièrement choqué par ces études qui lui avaient montré la face sombre de la bureaucratie japonaise et l'absence totale de vocation des aspirants médecins, plus intéressés par leurs émoluments que par la vie de leurs patients.

Tout ça va l'amener à créer le personnage de Blackjack, qui va trancher avec ses précédents héros comme Astro qui étaient souvent naïfs et avaient tendance à voir le meilleur chez les autres. Le médecin peut lui se montrer cruel et n'a pas forcément envie de passer beaucoup de temps avec ses semblables. Enfant, un accident causé par une bombe de la Seconde Guerre Mondiale qui n'avait pas explosé va grièvement le blesser et tuer sa mère. Il restera longtemps alité et devra subir de nombreuses opérations chirurgicales, dont la plus marquante sera une greffe de peau du visage qui provient de son seul véritable ami. Ce dernier étant métis (et Tezuka glisse  là une petite critique sur le racisme ambiant de ses contemporains), Blackjack restera à jamais avec un visage bicolore qui va le marginaliser. Mais surtout, cet épisode va lui donner l'envie de devenir médecin pour honorer son sauveur.

"J'ai eu toutes les peines du monde à sauver une seule vie..."

Cependant, ce qu'il va découvrir à la fac de médecine, et qui traduit alors les impressions de l'auteur lui-même, n'est que corruption et immobilisme. Il décide alors de devenir un chirurgien marron qui opère sans licence. Tout au long des 17 volumes que comptera la série, nous verrons Blackjack sauver des vies en étant un parfait misanthrope. Détestant le monde où il vit, il fait pourtant tout pour sauver ses patients, se faisant rémunérer selon leurs moyens et leur mentalité. Dans son style toujours aussi dynamique et cartoonesque, Tezuka va livrer avec ce manga son œuvre la plus critique. Attaquant régulièrement le système (qu'il soit médical, social ou politique) qu'il considère pas assez humain, il ne va cependant pas verser dans le pamphlet, ayant toujours à cœur le modèle de la fable morale, il préfère livrer son histoire sans artifices et laisser au lecteur le soin de faire ses propres analyses.

Ce manga, qui mettra dix ans à arriver chez nous, sera publié à partir de 1983 par Glénat puis par Asuka. Depuis, Kazé propose des éditions deluxe et retravaillées dans une réédition d'une grande qualité et qui permet de redécouvrir l'une des œuvres fondamentales de l'histoire du manga. Une œuvre qui sera régulièrement adaptée en OAV ou en série d'animation. D'ailleurs, les derniers animés où figurent ce médecin misanthrope sont réalisés par Makoto Tezuka, le fils du mangaka. Ils sont en revanche beaucoup moins sombres que le manga puisqu'ils laissent survivre des personnages qui meurent dans la BD et changent certaines fins pour qu'elles soient plus positives. Assez dommage quand on considère que la mort est une composante essentielle de ce manga qui reste l'un des tous premiers seinen de l'histoire.

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