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Pourquoi tous les fans de BD devraient lire Ayako de Osamu Tezuka

Manga Le 27 jul
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par LiseF
Pourquoi tous les fans de BD devraient lire Ayako de Osamu Tezuka

Le 20 juin dernier, Delcourt offrait une seconde jeunesse à Ayako, le manga icônique de Osamu Tezuka. Même si cette intégrale de 728 pages regroupant les trois tomes est sortie en même temps que L'Histoire des 3 Adolf, c'est vraiment ce récit du maître qui m'a bouleversée.

Petit retour en arrière : j'ai découvert les bandes dessinées quand j'étais toute petite, grâce à mes parents. Je grandis au milieu des classiques de la BD franco-belge tels que Astérix, Tintin, Rubrique-à-brac... Mais je ne lis pas de manga. Le premier que j'ai entre les mains, je vous l'ai raconté, c'est un hentaï que mon père a jeté au feu. Bref, ça ne fait pas partie de mon univers.

En grandissant, je découvre tranquillement la BD japonaise à coup de Fruits Basket et de Love Hina. À ce moment-là je ne réalise pas que ma culture est lacunaire : je ne sais rien des classiques du manga. Mais hé, il n'est jamais trop tard, et grâce aux ré-éditions de Tezuka par Delcourt, je m'en donne à coeur joie. J'ai donc découvert, en 2018, Ayako, et même si l'oeuvre a aujourd'hui plus de 40 ans, je pense que c'est toujours un must read.

L'histoire tragique d'Ayako

Dans Ayako on suit une famille de propriétaires terriens au Japon, les Tengé. Jiro est parti à la guerre et a ramené dans sa valise de lourds secrets : pour se protéger des américains, il est devenu un espion à leur solde. De retour dans sa famille, il n'en a pourtant pas fini avec la violence et la mort. En achetant sa sécurité, il est devenu le jouet de l'ennemi. Et les choses ne vont pas non plus très bien dans la famille qu'il a laissé...

En effet, le clan compte une petite nouvelle, Ayako. On lui dit qu'elle est la fille du vieux et de la vieille mais pour Jiro, ça ne colle pas : sa mère, dans son état, aurait-elle vraiment été capable de porter un enfant ? La réalité met peu de temps à éclater à ses yeux. Ayako est la fille de sa belle-soeur et de son père. Elle est le symbole d'une famille qui sombre, rongée par l'inceste, les secrets et les angoisses.

Après une suite d'incidents tragiques, Ayako se retrouve témoin d'un meurtre. Elle est alors enfermée dans une cave, sans que ses geôliers sachent vraiment quoi faire d'elle. C'est le début du cauchemar pour la petite fille, qui passera plusieurs années captive.

La fresque d'une famille en perdition

Vous l'aurez compris, l'histoire se déroule sur plusieurs années. À mesure qu'Ayako grandit, prise au piège dans sa cave, l'histoire de la famille Tengé continue. Au départ j'ai cru que tout l'ouvrage serait centré sur le destin tragique de la fillette enfermée. En fait, elle constitue presque un prétexte pour parler de cette période compliqué de l'après-guerre au Japon.

Les Tengé, propriétaires terriens, souffrent du joug américain qui conteste cette situation. L'envahisseur réclame une nouvelle répartition des terres et les empires familiaux en pâtissent. Chez nos protagonistes, les esprits s'échauffent : chacun veut avoir sa part d'un gâteau de plus en plus petit. Si Ayako sert de fil rouge à cette histoire, Tezuka nous raconte en fait toute une partie de l'histoire contemporaine du Japon.

Et c'est aussi la cupidité et la malhonnêteté humaine qui est ici dépeinte. Au début de l'histoire on a nos petits favoris, et peu à peu nos convictions s'émoussent sur le fil de l'histoire. De meurtres en trahisons, l'auteur ne nous épargne rien et rend l'histoire d'autant plus captivante.

C'est ça je pense qui m'a le plus impressionnée : la capacité d'Osamu Tezuka à raconter des histoires. L'ouvrage fait quand même 728 pages, mais j'ai mis moins de trois jours à le dévorer. On sent qu'il maîtrise les codes de la bande dessinée à la perfection, arrivant ainsi à captiver son lecteur, à le capturer même.

Ayako est tout simplement une belle leçon de bande dessinée. Le trait est relativement simple (même si certaines planches jouant sur le blanc et le noir sont à tomber par terre), mais hyper efficace. La lecture est facile, si facile que les pages s'enchaînent et quand on relève la tête, on s'aperçoit que ça fait trois heures non-stop qu'on lit. Un chef d'oeuvre, qui méritait bien sa réédition.

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