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Solitude d'un autre genre : quand le mal-être intérieur ronge le corps à petit feu

Manga Le 31 oct
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par LiseF
Solitude d'un autre genre : quand le mal-être intérieur ronge le corps à petit feu

Le 10 octobre dernier sortait Solitude d'un autre genre chez Pika. Un titre pas mal attendu du public français, puisqu'il s'était déjà fait connaître aux États-Unis, et avait été publié au Japon sur internet.  Étonnant hasard, Solitude d'un autre genre s'inscrit dans la même mouvance que Mon père alcoolique et moi, sorti dans la même période. Il s'agit à chaque fois d'un récit autobiographique, où l'autrice raconte les événements difficiles qui ont traversé sa vie. Ici on suit Kabi Nagata, tentant de comprendre pourquoi elle ne parvient pas à se lier d'amitié avec les autres...

Tout commence par une visite chez une prostituée

Solitude d'un autre genre s'ouvre sur une scène particulièrement marquante. Notre héroïne, tétanisée, est en plein rendez-vous avec une prostituée dans un love hotel. On voit bien qu'elle ne sait pas trop ce qu'elle fait là, et qu'elle ressent un mélange d'angoisse et d'attente. Retour en arrière : cette scène clef est l'aboutissement d'une longue réflexion et d'un long travail sur soi de la part de l'autrice.

L'histoire nous ramène donc bien avant le fameux rendez-vous avec la prostituée. En sortant du lycée, Kabi Nagata enchaîne avec une école d'art. Mais l'expérience se passe mal et elle préfère quitter l'école pour se trouver un petit boulot. Dans une société où il faut absolument faire des études pour trouver un travail bien payé, notre héroïne ne se sent pas à sa place. Cohabiter avec les autres est compliqué, et c'est peu de le dire : elle est pratiquement terrorisée par les gens. Peu à peu, elle s'isole, ses angoisses l'empêchent de manger et elle bascule dans l'anorexie. Elle voudrait des amis, qui la prendraient dans leurs bras et la protégeraient, au lieu de ça elle est seule et ne parvient pas à garder un travail.

Je vous rassure, il ne s'agit pas là de l'intégralité de l'histoire. En fait, cette première partie nous permet surtout de prendre conscience de l'état de détresse dans lequel se trouve Kabi Nagata. Par la suite, l'autrice va donc avoir l'idée de faire appel à une prostituée. Un premier pas vers l'acceptation de son homosexualité, qu'elle peine même à mettre en mots.

Un mal-être profond

Je vous le dis tout net : Solitude d'un autre genre ne m'a pas vraiment captivée au début. Passé la scène surprenante de la prostituée, toute la première partie du livre nous parle de la descente aux enfers de Kabi Nagata, à partir du moment où elle quitte le lycée. Sa vie est compliquée à tous points de vue : elle vit chez ses parents parce que ses petits revenus ne lui permettent pas de se payer un appartement, elle ne parvient pas à garder un travail parce qu'elle est trop faible, trop fatiguée pour respecter les horaires, elle n'a pas d'amis...

Mais cette première partie est nécessaire parce qu'elle permet de comprendre certaines failles de la société japonaise. À la fin du livre un texte de Karyn Nishimura-Poupée, journaliste mariée à un mangaka, vient apporter un éclairage complétement nécessaire à cette histoire. Kabi Nagata a du mal à s'assumer en tant que lesbienne et s'auto-détruit complétement, en s'imaginant qu'elle n'est pas normale et que quelque chose cloche chez elle. De plus, on se rend vite compte que le manque d'éducation sexuelle à l'école la rend ignorante à ce niveau (elle ne sait pas par exemple par quel trou les femmes font pipi), et ce alors qu'elle approche des trente ans.

Solitude d'un autre genre n'est pas un manifeste contre la société japonaise. Mais il fait vraiment réfléchir sur l'importance de l'éducation sexuelle, ainsi que la représentation de la diversité. Bien sûr, c'est une expérience parmi tant d'autres et elle ne peut pas être généralisée. Mais ce manga reste une tranche de vie plutôt édifiante. Seul regret : le sens de lecture français, qui fait toujours un peu mal pour un manga. L'album est disponible au prix de 18 euros chez Pika.

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