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Kenji Kodama, réalisateur entre autres des animes City Hunter et Détective Conan, nous parle de sa passionnante carrière

Animation Le 14 oct 2019
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par La rédac
Kenji Kodama, réalisateur entre autres des animes City Hunter et Détective Conan, nous parle de sa passionnante carrière

Son nom est peut-être inconnu du grand public français, pourtant tout le monde connaît son œuvre. Figure incontournable de l’animation au Japon, Kenji Kodama est le grand monsieur qui se trouve derrière l’adaptation animée et le succès de City Hunter (Nicky Larson), Cat’s Eyes et Détective Conan. Fort d’une expérience d’un demi-siècle accumulée depuis ses débuts dans les années 1970, c’est vêtu d’un épais manteau d’humilité et de ses petites lunettes rondes aux montures fines que le réalisateur et scénariste de 69 ans a accepter de se confier à 9emeArt, à l’occasion du Paris Manga & Sci-Fi Show 2019. Rencontre.

En France, tout le monde connaît City Hunter, Cat’s Eyes et Détective Conan mais très peu connaissent l’acteur principal qui se trouve derrière leur adaptation animée. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Je suis venu à Tokyo pour devenir mangaka et en arrivant, j’ai regardé la télé et j’ai vu une publicité pour devenir assistant. J’ai ensuite revu cette publicité dans un journal et je me suis dit "pourquoi pas". J’ai donc décidé de participer à l’entretien en amenant des dessins que j’avais fait et j’ai été recruté. Il s’agissait de l’entreprise Tokyo Movie. Je me suis dit "dessiner pour dessiner, ça devrait aller", que ça m’amènerait vers le métier de mangaka. Au bout d’un mois, ce que je faisais n’avait rien à voir avec le manga. C’est à partir de ce malentendu que tout a commencé et puis ça a continué.

Quels sont les artistes qui vous ont servi de modèles et inspiré à vos débuts ?

J’aimais beaucoup Matsumoto Leiji (Capitaine Albator ; Galaxy Express 999, ndlr), Tetsuya Chiba (Ashita no Joe) et Mitsuteru Yokoyama (Kamen no Ninja Akakage, Tetsujin 28-gō, Babel II, Sally la petite sorcière, ndlr). Ce sont ces auteurs qui m’ont amené à vouloir être mangaka.

Le travail de Leiji Matsumoto fait partie des oeuvres qui ont influencé Kenji Kodama

En près de cinquante ans de carrière, vous avez dû vivre une myriade d’anecdotes. Quelle est celle qui vous a le plus marqué ?

C’est mon entrée dans le monde de la réalisation. J’ai été animateur jusqu’à mes trente ans mais je n’étais pas vraiment épanoui parce qu’un animateur a pour rôle de faire bouger les images, sauf que moi je souhaitais toujours devenir mangaka, donc travailler sur des images fixes. À mes trente ans, j’ai quitté la société et je me suis dit "qu’est-ce qui pourrait me satisfaire et qui se rapproche un peu plus de mes objectifs ? Bah, je vais faire de la mise en scène car c’est proche de faire du manga". Sans aucune expérience et sans rien connaître du métier, j’ai affirmé "je suis metteur en scène !" (rires)

Le paradoxe de la situation, c’est qu’à l’époque il y avait très peu de metteurs en scène et de réalisateurs qui dessinaient. Alors, quand je me suis présenté pour exercer ce métier, ils se sont dit "il dessine bien, il doit faire de la bonne mise en scène". C’est donc grâce à mon dessin que j’ai pu démarrer et travailler à droite et à gauche. Je n’avais aucune idée de comment préparer la musique, coller le doublage… Faire défiler le déroulé, même ça, je ne savais pas faire… C’est en observant comment les autres faisaient que j’ai construit ma propre technique.

Quand le projet de City Hunter est arrivé chez Sunrise (studio d’animation japonais créé en 1972, ndlr), il s’agissait de l’une de leurs premières adaptations. Jusque-là, le studio ne faisait que des œuvres originales. Sunrise s’est alors dit qu’il serait préférable de prendre quelqu’un qui avait un peu d’expérience dans l’adaptation mais qui en plus connaisse Tsukasa Hojo (auteur de City Hunter et Cat’s Eyes). Et comme auparavant j’avais travaillé sur Cat’s Eyes (diffusé entre 1983 et 1985 au Japon), je suis apparu, tout de suite et de manière logique, comme celui qui était le mieux placé pour s’occuper de l’adaptation.

Justement, Lorsque vous commencez l’adaptation d’un manga en série ou en film, quelle est votre approche vis-à-vis de l'oeuvre afin d'obtenir le meilleur résultat possible ?

Avant tout lire l’œuvre. Comme ce sont des mangas qui étaient déjà populaires, je ne devais surtout pas trahir les fans. Et pour ne pas trahir les fans, je n’avais qu’une solution : c’était de moi-même devenir fan lorsque je lisais les œuvres. À partir de là, j’acquiers les éléments qu’apprécieraient les amateurs du manga, puis je les retranscris au sein de l’animation.

Vous connaissez Tsukasa Hojo depuis maintenant plus de 40 ans. Pouvez-vous nous raconter votre première rencontre avec lui ?

C’était en 1986, je crois, au moment où on m’a demandé de travailler sur City Hunter. Tsukasa Hojo, le producteur de City et moi-même nous sommes rencontrés dans un café. Une rencontre normale… mais alors que nous discutions tranquillement à l’intérieur du café, il y a eu un gros séisme ! Tout tremblait ! (rires)

En plus de City Hunter et Cat’s Eyes, vous avez également été amené à travailler sur Détective Conan. Comment cela s’est fait et comment avez-vous rencontré son auteur, Gosho Aoyama ?

En 1997, le producteur de City Hunter étant le même producteur que celui de Détective Conan, il connaissait mon travail et l’appréciait. Il m’a donc contacté par téléphone et m’a dit : "J’aimerais que tu fasses l’adaptation animée de Détective Conan mais j’ai une question à te poser : Les polars et toi, ça va ?". Ce qu’il ne savait pas, c’est que je suis un grand fan de polar. J’ai toujours lu que des polars et j’en regarde énormément ! J’ai donc accepté tout de suite ! (rires). De plus qu’à l’époque, il n’y avait pas d’animes polar au Japon. Dans la suite logique des choses, j’ai ainsi rencontré Gosho Aoyama peu de temps après.

Le film City Hunter : Shinjuku Private Eyes est sorti en 2019, plus de 20 ans après la dernière production. Cela a-t-il été compliqué de se replonger dans l'univers après autant d'années ?

Je n’ai eu vraiment aucun problème. C’est comme si j’avais ressorti la recette d’une de mes spécialités et que je m’étais mis de nouveau aux fourneaux. J’avais déjà en moi tout l’univers et les codes de City Hunter, j’ai donc juste eu à réassaisonner le tout, en m’efforçant de bien faire.

En quoi les nouvelles techniques d'animation et les mentalités des nouvelles générations modifient-elles votre façon de travailler ?

C’est vrai que la question s’est posée quand nous avons commencé à nous pencher sur City Hunter Shinjuku Private Eyes. La décision qui en est ressortie a été que nous voulions faire un film pour les fans. Nous sommes donc restés dans l’esprit originel de l’œuvre.

À la base, la projection du film était prévue uniquement dans 70 salles de cinéma au Japon. Pour annoncer le film, on a donc naturellement réalisé une vidéo promotionnelle. Mais lorsque le public l’a vue, il y a eu un tel engouement, aussi bien des fans que des personnes qui ne connaissaient même pas la série, qu’au bout du compte, on a dû passer de 70 à 250 salles de cinéma. Là, je me suis dit : "Mais comment je vais faire pour satisfaire autant de monde ?" (rires). Au final, la difficulté n’a pas été d’être au goût du jour mais de trouver comment combler un aussi grand public.

Entre vos débuts dans les années 1970 et aujourd’hui, quel regard portez-vous sur le milieu de l'animation japonaise ?

Ce qui est triste avec l’animation japonaise d’aujourd’hui, c’est qu’il y a moins de fluidité dans le mouvement. Cela s’explique en grande partie du fait que la qualité de chaque dessin a énormément augmenté. Aujourd’hui, chaque dessin est beaucoup plus affiné et contient plus de détails. C’est donc plus difficile à animer. En tant que metteur en scène et réalisateur, montrer par le mouvement est quelque chose de très important à mes yeux. C’est vraiment quelque chose de primordial. D’un autre côté, l’évolution des outils d’animation peut être bénéfique. Par exemple, l’animation digitale aide à la création du mouvement, elle permet de l’effectuer. Pour cette raison et dans une volonté de recherche du mouvement, il n’est donc pas impossible que je puisse m’en servir.

Cinquante ans de carrière tout en ayant toujours été dans l’air du temps, c'est impressionnant... Quel est le secret de votre longévité ?

Tout simplement, quand je travaille, je travaille à fond. Je continue inlassablement à dessiner des story-boards. J’en dessine tout le temps. Et les personnes qui sont capables de dessiner avec minutie des story-boards sont de plus en plus rares.

Avec votre expérience et les moyens dont vous disposez aujourd’hui, pourquoi n’avoir finalement jamais fait votre propre manga ?

Tout compte fait, heureusement que je ne suis pas devenu mangaka. Je suis très bien comme ça ! (rires)

Sur quels projets travaillez-vous aujourd'hui ? Et quels sont vos futurs projets ?

Je travaille sur des projets pour enfants parce que j’y trouve une forme de quiétude. Cependant, je ne peux pas dire précisément de quoi il s’agit. 

par Arthur Jégou
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