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Angoulême 2014, l'interview d'Alexandre Puvilland (Templiers)

Comics Le 12 fev
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par Elsa
Angoulême 2014, l'interview d'Alexandre Puvilland (Templiers)

XIVème siècle. L'ordre des Templiers a été dissout par le roi de France, qui espère bien s'approprier leur fameux trésor. Martin est un des rares Templiers a avoir échappé aux arrestations massives, et il se débrouille comme il peut depuis. Quand sa route croise celle de quelques autres anciens Templiers, qui lui affirment connaitre l'emplacement du trésor, ils décident tous ensemble de le récupérer. 

Ce braquage médiéval signé Jordan Mechner (à qui l'on doit notamment les jeux Karateka et Prince of Persia) et dessiné par Alexandre Puvilland et LeUyen Pham allie l'aventure, l'Histoire, et les intrigues politiques. Bien écrit, prenant, Templiers est aussi riche de personnages charismatiques et attachants. Ce titre, qui comptera deux tomes en édition française, est un très bon récit historique, rythmé et bien construit.

Alexandre Puvilland était présent au festival d'Angoulême, et a répondu à nos questions.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Je m’appelle Alexandre Puvilland. Je travaille pour Dreamworks, où je fais du concept, des recherches visuels pour leurs films. J’habite à San Francisco. Et à côté je fais de la bande dessinée.

On a rencontré l’éditeur de First Second, qui s’appelle Mark Siegle, au moment où il montait son label. Il cherchait des auteurs. Ma femme est également illustratrice, on lui a proposé de faire la bd Prince of Persia. Ça a trainé, elle est tombée enceinte, et elle avait une deadline très serrée. Du coup on leur a proposé de le faire ensemble. 

À la fin du projet, Jordan Mechner, le créateur du jeu, qui n’a pas écrit la bd, mais qui a suivi le projet, nous a proposé Templiers. Il écrit tous ses scénarios pour être des films, mais c’est un grand fan de bd franco-belge, et l’idée d’en faire une bd lui disait pas mal.

Il a vendu le scénario à First Second, et on a commencé à travailler dessus six mois après avoir fini Prince of Persia.

Comment s’est passé votre travail ensemble ?

Avec LeUyen ma femme, ça s’est très bien passé. Commencer à travailler ensemble avant d’avoir notre premier enfant était un bon exercice pour apprendre à négocier et collaborer. On a bossé cinq mois sur Prince of Persia, puis Templiers s’est étalé sur environ quatre ans. 

On travaille tous les deux sur toutes les pages.On intervient à des moments différents. Sur Prince of Persia, on essayait de faire un peu tout, mais c’est difficile d’avoir un résultat homogène.

Là en gros j’ai fait le découpage, ensuite elle a dessiné tous les personnages d’après le découpage, j’ai fait les décors, elle a encré les persos j’ai encré les décors, puis je rajoute tous les noirs pour finir la page.

Avec Jordan ça s’est très bien passé aussi. Il est vraiment dans la collaboration, il n’a pas du tout d’ego. J’ai travaillé avec beaucoup d’artistes, et moi y compris d’ailleurs, on a tendance à ne pas trop vouloir qu’on change ce qu’on a fait. C’est toujours difficile d’entendre l’avis de gens qui ne sont pas d’accord. Lui pas du tout, il a toujours été très ouvert à toutes les suggestions qu’on a faites.

Comme il habite à Los Angeles, on se voyait fréquemment le weekend. On discutait de l’histoire des personnages…Il y avait beaucoup d’échange, ce qui n’existait pas sur Prince of Persia.

Il était vraiment réceptif sur des suggestions de mise en scène, la façon de raconter, dans quel ordre raconter certains évènements etc. C’était un vrai plaisir. 

Comment raconteriez-vous Templiers en quelques mots ?

L’histoire se passe à la chute de l’ordre des Templiers. En 1307 je crois. Du jour au lendemain, les Templiers deviennent des criminels, des hors-la-loi. Une bonne partie se retrouve en prison, ceux qui ne le sont pas sont pourchassés, ou forcés de disparaitre. 

Le roi a notamment fait ça pour mettre la main sur le trésor des Templiers, mais il n’arrive pas à le trouver.

Et c’est l’histoire d’un groupe d’anciens Templiers qui se trouvent par hasard en possession du secret d’où se trouve le trésor, et qui pour se venger du roi se regroupent à Paris pour voler le trésor sous son nez. C’est une sorte de hold-up médiéval.

Le pitch de Jordan c’est ‘Ocean Eleven au Moyen Âge’. C’est un groupe de personnages, et chacun va essayer d’arriver à ses fins.

Avez-vous effectué un gros travail de documentation ?

Jordan avait toute une collection de livres sur cette période, dont il s’était inspiré pour l’écriture. Ça allait d’un livre sur les chansons des Croisés, à un atlas de Paris au Moyen Âge, avec beaucoup d’informations sur les quartiers, l’histoire de Paris, beaucoup d’images… Et puis suivant ce qui était nécessaire dans l’histoire, on a fait une liste de tous les personnages, et de tous les lieux dont on avait besoin, et on a fait beaucoup de recherches guidées par ça.

Après, l’histoire est très romancée, du coup on a retenu ce qui marchait pour l’histoire. Il y a pas mal d’anachronismes, mais ça reste vraisemblable.

Les personnages ont tous des personnalités très fortes. Qu’est ce qui vous les a inspiré ?

Les personnages en eux-même venaient tous du scénariste. Après pour les mettre en chair, on a discuté. On se disait que tel personnage pourrait être joué par tel acteur, on part sur certaines têtes, sur certains styles. Et même si l’idée de départ est un acteur, il finit par ne plus lui ressembler. Ce sont plus des personnages dans des films. Par exemple les premiers dessins qu’on avait fait, il y a deux personnages principaux, Martin et Bernard. Bernard c’est celui qui est blond aux cheveux longs. Et au départ l’idée que j’avais pour lui, c’était un côté jeune Depardieu dans les Valseuses. Maintenant il ne lui ressemble absolument plus.

Quels outils et techniques avez-vous utilisé sur ce titre ?

C’est assez traditionnel, encre, papier, en noir et blanc. On n’a pas fait la couleur, qui a été faite en digital par quelqu’un d’autre. On scannait toutes les pages, et on envoyait les fichiers scannés à l’éditeur qui gérait la suite. On a fait ça chapitre par chapitre.

Vous travaillez chez Dreamworks, mais avez-vous toujours fait de la bd en parallèle ? Est-ce que ça n’a pas été compliqué de s’adapter à cette narration ?

J’ai toujours aimé la bd, mais ça m’a pris un certain temps avant de décider d’en faire. 

C’est assez différent. À Dreamworks, je m’occupe beaucoup de tout ce qui est environnement, ambiances colorées, mais tout part des personnages, de moments de l’histoire en particulier. Il y a toujours des parties narratives dans les choix qu’on fait. La bd c’est un peu pareil.

Mais chez Dreamworks, comme dans tous les grands studios, je ne m’occupe que d’une petite partie de la narration. Tandis qu’en bd, on s’occupe de tout. On est le réalisateur, l’acteur, le directeur de la photo, le costumier. On est seul maitre à bord avec le scénariste. First Second n’est jamais intervenu dans ce qu’on faisait.

Après on ne peut pas être fort partout, donc il y a des trucs qui sont plus difficiles que d’autres, qui demandent un peu plus d’efforts que d’autre.

Mais c’est beaucoup plus agréable d’avoir cette liberté.

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