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Angoulême 2015, l'interview de Boaz Lavie, Tomer et Asaf Hanuka (Le Divin)

Comics Le 13 mars 2015
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par Elsa
Angoulême 2015, l'interview de Boaz Lavie, Tomer et Asaf Hanuka (Le Divin)

 

Boaz Lavie, Asaf et Tomer Hanuka étaient présents au FIBD à l'occasion de la sortie de Le Divin, mais aussi parce que l'excellent K.O. à Tel Aviv tome 2 faisait partie de la sélection du festival.

Nous en avons profité pour les interroger sur leur travail ensemble sur cet excellent titre, leurs inspirations, leur carrière et leurs projets.

Comment s'est passé votre travail ensemble sur cette bd ?

Tomer Hanuka - Je vis à New York, Asaf et Boaz vivent à Tel Aviv. Ça a été un travail à distance. Pour faire simple, Boaz a écrit l'histoire, ensuite ils ont fait la mise en scène, les layout, pendant peut-être deux ans. Asaf a fait les crayonnés, et moi l'encrage et la couleur. Les étapes se chevauchaient. Pendant que je dessinais une partie, ils s'occupaient de la mise en scène d'une autre partie, etc.

Avez-vous réalisé beaucoup de recherches pour écrire cette histoire ?

Asaf Hanuka - En fait tout a commencé avec une photo que Tomer a trouvée, avec ces deux jumeaux. Il a fait énormément de recherches pendant peut-être un an, lu tout ce qu'il pouvait trouver sur leur culture, les mythes, la religion... À la fin du livre il y a une galerie d'illustrations, ce sont les dessins qu'il a fait avant qu'on démarre l'écriture de l'histoire. Ils ont été notre inspiration, notre base de travail.

Boaz Lavie - Nous avions les photos, les concept art de Tomer. J'ai commencé à travailler sur le scénario. Partir de la véritable histoire de ces jumeaux, puis créer un récit complètement imaginaire, fictionnel. C'est pour ça que j'ai décidé de démarrer cette histoire aux Etats-Unis, et de raconter l'histoire de deux américains qui se rendent dans ce pays imaginaire qu'est Quanlom et sont confrontés à cet univers fantastique, ces mythes, que nous avions créés.

Quelles ont été vos principales influences pour écrire et dessiner Le Divin ?

Boaz Lavie - Forcément, mon inspiration principale a été cette photographie. Ensuite j'ai réfléchi a comment créer ce mélange de réalité et de fantastique pour notre histoire. Nous avions beaucoup de documentation, de références, mais il fallait ajouter d'autres choses.

Parmi mes influences, on peut citer des auteurs comme Otomo, des films comme Apocalypse Now. Des choses qui racontent un voyage très intense, qui progresse vers l'extrême. Voilà mes inspirations en tant que scénariste.

Tomer Hanuka - Pour la couleur, ma principale inspiration a été Hokusai. La manière dont il utilise les aplats de couleur pour définir des espaces. Ses dessins semblent infinis, magiques, mais on peut se promener dans ses paysages. Donc l'idée de faire des paysages très vastes quand ils arrivent à Quanlom, c'est vraiment Hokusai.

Asah Hanuka - Je voudrais juste ajouter,  Boaz a cité Akira, pour moi c'est presque une bible sur comment raconter une histoire d'action d'une manière parfaite.

Et il y a autre chose dans le travail d'Otomo. Il y a ces enfants qu'on a spontanément envie de prendre dans ses bras, parce qu'ils sont mignons, sans défense, ils ont besoin de nous. Et puis il fait la chose opposée, en les rendant très dangereux, avec des pouvoirs que l'on ne peut pas contrôler. Je pense que c'est vraiment une tension intéressante, ces personnages sans défense et pourtant dangereux. Et c'est aussi ce qu'on retrouve dans Le Divin.

Justement, a-t'il été difficile de trouver la bonne manière de représenter ces enfants dangereux ?

Boaz Lavie - Je pense que c'est une des choses les plus difficiles à faire. Les enfants sont par essence mignons, adorables, et ici il faut montrer qu'ils peuvent être effrayants, dangereux pour les autres.

Le challenge était de garder quelque chose de fragile et de délicat pour que les lecteurs puissent toujours les voir comme des enfants, mais qu'ils ressentent aussi une forme de paranoïa en les rencontrant. Ils sont vraiment très puissants, mais ça reste des enfants. Je pense que c'est pour ça que cette photographie est si forte.

Tomer Hanuka - Quand on dessine des enfants, ils ont une grosse tête, de grands yeux, tous les enfants se ressemblent un peu là-dessus. Nous avons été inspiré par les vrais jumeaux, ils dégagent quelque chose de fatigué, comme s'ils étaient fatigués par la vie. Ils ne sont pas naïfs, pas excités. D'une certaine façon, il fallait tuer l'étincelle dans le regard.

Vous savez dans les comics, les personnages ont une lumière dans les yeux. Personne dans cette histoire ne l'a. Ce sont juste des ronds noirs, sans point lumineux. C'est une manière de vieillir un visage vraiment jeune.

Vous parliez des couleurs. L'idée d'utiliser des couleurs aussi saturées vous est-elle venue tout de suite ?

Tomer Hanuka - Nous voulions une vraie différence entre le début de l'histoire en Amérique, et l'arrivée à Quanlom. Dans le premier tiers, ce sont des couleurs passées, puis nous voulions vraiment faire ressentir une sorte d'explosion en arrivant dans ce nouveau pays.

Les couleurs sont très émotionnelles, c'est une réalité subjective. Donc nous avons utilisé ces couleurs saturés après des teintes plus ternes. La tension entre ces deux ambiances crée une émotion intense. Nous n'avions pas l'intention de faire un univers réaliste, mais vraiment émotionnel.

Il n'est pas courant de rencontrer des auteurs de bd d'origine israélienne, Comment êtes-vous venus à la bande dessinée ?

Asaf Hanuka - Tomer et moi sommes jumeaux, nous avons grandi en banlieue dans les années 80. Il n'y avait pas internet, je pense que la télé était en noir et blanc, c'était il y a une trentaine d'années.

Puis des comics Marvel ont commencé à être importés des Etats-Unis, et je pense que c'était la chose la plus colorée, le voyage le plus incroyable qu'on ait jamais fait. Ça a été comme une drogue pour nous. On lisait le même épisode de Spider-Man encore et encore. C'était une manière d'échapper à quelque chose de très ordinaire et déprimant dans notre quotidien.

Nous avions une vie de famille normale, rien de tragique. C'était juste particulièrement ennuyeux. Le voyage dans cet univers dessiné très créatif, ces super-pouvoirs... En quelque sorte, cette mythologie américaine pleine de super-héros était devenue notre religion.

On est devenu obsédé par la bande dessinée, c'est comme ça que tout a commencé.

Boaz Lavie - De mon côté, j'adore la bande dessinée, mais en Israël il n'y a pas vraiment de possibilité d'être scénariste de bd.

Mais je dois dire que créer mes images pour qu'elles soient dessinées par Asaf et Tomer est bien meilleur que le cinéma, meilleur que n'importe quoi. Dans ce cas précis, c'est vraiment le moyen idéal pour exprimer visuellement mon histoire. C'est comme un rêve de gosse réalisé d'une manière géniale, c'est vraiment excitant.

A-t'il été difficile de débuter votre carrière ?

Asaf Hanuka - J'espère qu'un jour j'aurai une carrière d'auteur de bande dessinée. Parce qu'actuellement, c'est vrai que nous faisons des bd, mais nous réalisons aussi beaucoup de travaux d'illustration pour la pub, des films... Je fais beaucoup d'illustrations éditoriales pour des journaux, c'est ce qui me permet de vivre. Peut-être que 50% de mon travail actuel est de la bande dessinée, je serais vraiment heureux qu'un jour cela puisse être 100%.

Tomer Hanuka - Je suis aussi illustrateur. Le Divin nous a pris cinq ans parce qu'il fallait qu'on trouve du temps pour le faire dans des emplois du temps très chargés. Ce serait vraiment génial de pouvoir se consacrer exclusivement à ça, c'est évidemment dans nos projets. Si on est chanceux, peut-être que dans vingt, vingt-cinq ans, on pourra résoudre ce problème.

Vous travaillez ensemble, mais vous avez aussi des projets solo. Est-il important pour vous de faire les deux ?

Asaf Hanuka - Pour moi, travailler avec Tomer est beaucoup plus facile parce que je fais seulement les story board, les crayonnés. Donc même si je fais un visage horrible, Tomer va arranger ça, il va s'en occuper. Je peux vraiment être très spontané dans mes idées, je réfléchis juste à ce dont j'ai envie, et je sais que ça rendra génial à la fin.

Quand je travaille seul, c'est différent parce que je suis responsable de tout. Je n'ai pas Boaz non plus, je dois réfléchir à l'idée, écrire l'histoire, faire la couleur... On est comme un groupe de musique. Chacun de nous a des projets solos, mais je ressens vraiment une force et une énergie particulière quand on travaille ensemble. J'adore ça.

Boaz Lavie - On se dispute aussi beaucoup, quand on travaille ensemble. Surtout Asaf et moi, c'est très émotionnel. Tomer fait un peu la balance. Il y a eu beaucoup de disputes en créant ce livre, et je pense que cette intensité, cette pression, se ressent dans le livre. Il y a notre passion de faire de la bd dedans.

Tomer Hanuka - Je pense que nous avons des talents très complémentaires. Chacun de nous fait quelque chose vraiment bien, et ça se complète. Je pense aussi qu'on a une approche très similaire de cette idée de mythologie, de fantastique. Ce n'est pas une histoire classique de super-héros, mais ce n'est pas la vie ordinaire non plus. On a vraiment la même vision de tout ça.

Quels sont vos prochains projets ?

Boaz Lavie - Notre prochain projet est top secret, pour le moment. On n'est pas encore autorisés à en parler publiquement. (Depuis l'interview, nous en savons un peu plus.) Mais oui, on a d'autres projets ensemble, et on est en train de s'organiser pour les réaliser au mieux, on n'a pas envie de prendre à nouveau cinq ans pour réaliser notre prochain livre.

Et vous avez des projets solo dont vous pouvez parler ?

Asaf Hanuka - J'ai réalisé deux bd, KO à Tel Aviv, j'espère que d'ici un an, j'aurai assez de contenu pour un troisième volume.

Boaz Lavie - J'ai beaucoup de projets, notamment dans le jeu vidéo. Mais retravailler ensemble est vraiment très important pour moi

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