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John Allison (Giant Days, By Night) : ''Aimer un livre c’est être surpris par ce livre''

Comics Le 05 mai 2020
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par LiseF
John Allison (Giant Days, By Night) : ''Aimer un livre c’est être surpris par ce livre''

En début d'année l'auteur britanique John Allison était de retour dans les librairies en France, mais pas pour un nouveau tome de Giant Days : il s'illustrait avec un one-shot fantastique intitulé By Night, chez Bliss Comics. J'ai sauté sur l'occasion pour interviewer cet artiste hors-norme, qui s'amuse autant à raconter le quotidien de trois étudiante qu'un voyage inter-dimensionnel...

Des personnages féminins plus vrais que nature

Dans By Night on suit l'histoire de Jane et Heather, deux jeunes adultes qui trompent l'ennui en explorant une vieille usine abandonnée. Lorsqu'elles pénètrent dans l'ancien bureau du directeur, elles découvrent une machine infernale qui leur permet de voyager dans une autre dimension. L'un des points communs entre By Night et Giant Days, c'est leurs personnages principaux féminins. Ils tombent assez peu dans les clichés et sont de fait plutôt variés. John Allison m'explique :  

"Mon travail commence toujours avec des femmes, et ensuite les hommes deviennent plus vivants. C’est la même chose avec Giant Days : il y a eu les trois héroïnes et ensuite les hommes sont devenus plus importants."

Un constat très visible par exemple dans Giant Days. Les trois héroïnes sont centrales, puis plus les chapitres passent plus les hommes de leur vie prennent de la consistance. L'ex de Susan par exemple n'est au départ qu'un faire-valoir, puis finit par avoir ses épisodes dédiés. Pour l'auteur, c'est une question de sensibilité scénaristique mais aussi quelque chose de personnel.

"Je ne sais pas, peut-être que je préfère la compagnie des femmes à celle des hommes... j'ai étudié dans une école pour garçons et je n’ai pas aimé. C’était ennuyeux, souvent les garçons entre eux ne sentent pas très bons, ils se poussent, et je préfère le monde des femmes, plus civilisé. Quand je crée un personnage il est constamment dans ma tête, donc il faut que je m'entende bien avec lui !"

Publier sur internet

John Allison fait partie de ces auteurs qui se sont faits connaître en ligne : ses webcomics Bobbins, Scary Go Round et Bad Machinery partagent tous des personnages. Ce mode de publication lui a permis de mieux comprendre son public, mais c'est un numéro d'équilibriste...

"Pendant sept ans j'ai publié en ligne : j’ai appris quand est-ce que tu dois écouter ton public et quand est-ce que tu dois l'ignorer. Parfois je leur donnais ce qu’ils voulaient, et parfois ce qu’ils ne voulaient pas, et je pense que c’est cool pour eux. Quand j’ai fait Bad Machinery, j’ai appris l’équilibre. Si tu donnes à ton public ce qu’il veut tout le temps, il te contrôle. Aimer un livre c’est être surpris par ce livre, sinon ça ne marche pas."

Avec le temps John Allison est devenu un auteur à la fois web et papier. Deux modes de publications qui sont totalement différents. Avec le recul, quel est son préféré ?

"Les deux ont leurs faiblesses et leurs forces. Sur internet tu peux être rapide, tu peux essayer des idées, si ça ne marche pas tu peux les jeter parce que ce ne sera pas imprimé. Pour un livre tu dois être sûr que toutes les idées sont bonnes. Il y a aussi une idée de crédibilité : pour les gens, un livre c’est plus réel, ils te respectent plus. Quand je publiais sur internet, même avec des milliers de lecteurs, les gens ne comprenaient pas, ça n’avait pas de sens pour eux."

Les usages changent : les internautes ont changé leur façon de lire de la BD en ligne, et c'est un des facteurs qui ont poussé l'auteur à se rabattre sur le mode de publication traditionnel.

"Quand je publiais sur internet il n'y avait pas YouTube, Facebook… il y avait moins de compétition. Quand les gens ne veulent pas travailler ils vont sur Facebook. Les webcomics ont perdu les casual readers, maintenant les webcomics sont pour ceux qui aiment les comics, pas pour ceux qui aiment perdre leur temps. Et on a besoin de ces lecteurs-là."

De la BD, mais aussi...

Si l'auteur est aujourd'hui un grand nom du webcomic, ce n'est pas ce type d'oeuvres qu'il me cite lorsque je le questionne sur ses inspirations. Il me parle du phénomène Scott Pilgrim, mais estime aussi qu'il est important de ne pas se focaliser sur la BD :

"Je pense que c’est important d’apprendre de l’extérieur. Les comics c’est un peu comme le fast food, il faut aussi manger des légumes. Pour Giant Days j’ai appris de Seinfeld, pour écrire les rebondissements. Chaque personnage a sa propre histoire et les histoires se rejoignent au bout d'un moment."

D'ailleurs, Giant Days aurait pu devenir un show télévisé !

"Giant Days a été développé pour en série live-action pour Disney, le script est écrit. Avant le tournage il y a eu une autre série qui est sortie dans le même genre, donc ils ont annulé le projet. Ça arrive souvent. Je ne travaillais pas sur la série, ça aurait pris beaucoup trop de temps. Mais les auteurs de télé sont géniaux, ils ont un niveau impressionnant ! On dirait qu'ils arrivent à extraire des choses directement de mon cerveau. Si une autre boîte décide de le récupérer, le projet pourrait repartir. Qui sait ?"

Et vous, auriez-vous aimé découvrir Giant Days en série live-action ? Pour ma part, j'ai l'impression qu'une telle adaptation aurait privé l'oeuvre de sa singularité... Si vous n'avez pas lu le comics, il est disponible chez Akileos. Le one-shot By Night quant à lui est publié chez Bliss Comics.

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