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Rencontre avec Romain Galand, fondateur des éditions Kinaye

Comics Le 09 jan
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par LiseF
Rencontre avec Romain Galand, fondateur des éditions Kinaye

Le 18 janvier, un nouvel acteur débarquera dans le théâtre de l'édition de BD en France : Kinaye ! Nous vous en avons parlé à l'occasion du lancement de leur projet de crowdfunding en novembre. Le projet a été financé et les deux premiers titres de l'éditeur, Diesel et l'Assistante de Baba Yaga, débarqueront la semaine prochaine. À cette occasion, j'ai eu envie d'en savoir plus sur les ambitions et la ligne directrice de Kinaye. J'ai donc rencontré Romain Galand, le passionné à l'origine de l'initiative...

Avant toute chose, pourquoi Kinaye ? Le mot est la contraction de "keen" et "eye", pouvant se traduire par "oeil avisé". Dès le nom, Romain Galand annonce la couleur : il proposera des albums se voulant à la fois qualitatifs et originaux. Le but est aussi de toucher un nouveau public, le public jeunesse qui ne lit pas forcément de BD américaine. L'éditeur est formel : pour se lancer dans ce marché déjà foisonnant, il faut proposer quelque chose de différent.

Donner ses lettres de noblesse à la BD jeunesse américaine

Romain Galand a travaillé chez Glénat mais aussi chez Valiant, aux États-Unis. Là-bas, il passe beaucoup de temps dans les comics shop, où il prend connaissance du marché américain. C'est là qu'il découvre la BD américaine pour enfants, et ça fait tilt.

"J’ai vu plein de titres hyper originaux qui changeaient de ce qu’on avait en France avec des valeurs modernes, beaucoup d’héroïnes… En France j’ai trouvé qu’il n'y avait pas grand chose de ce type. C'était surtout des initiatives isolées : La cité sans nom chez Rue de Sèvres, Souriez et plus récemment Le prince et la couturière chez Akileos… ces publications étaient un peu perdues dans la production franco-belge."

Rapidement, son idée de projet prend forme : il veut créer une maison d'édition pour amener ce type de productions au public français. Celle-ci se décomposerait en deux collections : Fresh Kids, proposant des séries d'aventure palpitantes, et Graphic Kids avec des romans graphiques surtout sous forme de one-shots. Ainsi naît Kinaye !

Romain m'explique que son expérience aux États-Unis et sa connaissance du marché américain est primordiale dans le choix des titres : 

"Quand tu publies du comics adulte, tu peux te reposer sur certains constats : t’as plein d’auteurs connus, tu publies du Sean Murphy tu sais très bien que ça va marcher. Mais en France il n’y a pas d’auteurs de comics jeunesse connus. Il faut bien connaître les titres parce qu'on ne peut pas se reposer sur les chiffres de ventes aux États-Unis. Certains auteurs feront de bons chiffres parce qu'ils sont connus là-bas, mais pas forcément ici."

La notion culturelle est aussi un facteur à prendre en compte : en tant que lecteurs adultes, on comprendra les références culturelles américaines qui nous rappelleront Friends, Malcolm et compagnie. Mais les enfants n'ont pas ce bagage.

"Dans Baba Yaga il y a pas mal de références américaines, et j’ai bien fait attention à tout expliquer. À un moment il y a un enterrement dans le bouquin et quelqu’un qui dit "Est-ce que tu lui a bien ramené sa cocotte ?" C’est traditionnel d’amener des plats en cocotte aux Etats-Unis, et nous en France on ne le sait pas forcément."

Pour pallier à d'éventuelles incompréhensions, des astérisques ont été placées afin de faire en sorte que le jeune lecteur ne soit jamais perdu.

La diversité, un élément fort de l'ADN de Kinaye

L'éditeur l'avait annoncé sur sa page Ulule : le but de Kinaye c'est aussi de mettre en avant des autrices et des personnages principaux féminins. Pour Romain, la diversité sert le récit, en proposant une intrigue plus riche et plus novatrice.

"La diversité n’est pas une caution : dans Space Battle Engine l’héroïne elle est homosexuelle, mais l'histoire n'est pas centrée là-dessus. Ce que je trouve intéressant c’est que vu que les héros ont un background différent, ça permet une diversité dans le récit, ils ont pas forcément les mêmes façons de réagir, les mêmes comportements. Le réel intérêt de la diversité, c’est de proposer de nouvelles histoires, plus intéressantes. Ça sert la narration. Le fait d’avoir des héros divers c’est plus une conséquence de choisir de nouvelles histoires, des histoires originales."

Chez Kinaye les auteurs sont jeunes, allant de 25 à 35 ans. De fait selon Romain, ils portent dans leurs récits des valeurs modernes. Il me donne l'exemple de Chasma Knights, l'histoire d'une héroïne qui a la capacité de recycler les jouets, dans un monde où les humains peuvent fusionner avec eux. L'occasion de parler d'écologie de façon subtile.

"C’est typique, les américains ils sont forts pour faire passer des messages positifs de façon subtile. Et pour les enfants ça marche super bien !"

Un public pas seulement jeunesse

Quand Romain a décidé de se lancer dans le projet Kinaye, on l'a prévenu : publier des oeuvres avec des héroïnes c'est bien beau, mais le marché de la BD en France, c'est seulement 30% de lectrices. Finalement, l'éditeur a été ravi de constater que les femmes entre 25 et 30 ans étaient les plus nombreuses à avoir contribué à son projet. Une bonne nouvelle pour Kinaye puisqu'elles représentaient au départ une "cible secondaire". La preuve en tout cas que les titres de cette nouvelle maison n'intéressera pas uniquement les plus jeunes.

Pour en juger, il faudra attendre le 18 janvier, date de la sortie des deux premiers albums ! Vous pouvez déjà découvrir sur 9emeArt les premières pages de Diesel et celles de L'assistante de Baba Yaga arriveront dans ces prochains jours. Pour ma part j'ai déjà eu les livres entre les mains et je suis formelle : c'est du bel ouvrage !

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