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Angoulême 2015, l'interview d'Hubert et Gatignol (Petit)

Franco-belge Le 06 mars
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par Elsa
Angoulême 2015, l'interview d'Hubert et Gatignol (Petit)

Petit est assurément une des plus belles sorties de ces derniers mois, livre objet cruel et poétique à l'univers fascinant.

Les auteurs, Hubert et Bertrand Gatignol, étaient présents à Angoulême, et ont répondu à nos questions. Ils reviennent sur leur collaboration sur ce titre hors-norme, vous livrent quelques uns des secrets de la création de sa superbe couverture, et évoquent le futur des Ogres-Dieux...

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Bertrand Gatignol - J'ai fait une école d'Art Appliqués. J'ai une formation de directeur artistique. J'ai fait de la photo, de la typo... mais c'est quand même le dessin que j'affectionnais le plus. En sortant de l'école, je me suis tout de suite orienté. J'ai fait le dernier clip d'NTM, un clip pour Obispo, en animation. Et en parallèle, j'ai développé une série télé avec des amis, en 2000.

À partir de là, je suis rentré dans le monde du dessin animé. Ça fait quinze ans que j'en fais. Créer des séries, adapter des séries... Globalement créer des univers. Récemment, mes travaux les plus vus ont été l'adaptation du Petit Prince en 3D, d'Iron Man aussi, Playmobil...

Je suis arrivé dans la bd un peu par hasard. J'étais avec un ami, Merwan, qui travaillait sur son court métrage en animation. Il était un peu au bout du rouleau, moi aussi, et on s'est dit qu'on allait faire une bd ensemble. On a fait Pistouvi, et ça m'a plu.

Et j'ai rencontré Hubert qui avait une histoire très bien. Il avait aimé Pistouvi, j'aimais son travail, et à partir de là on a travaillé ensemble.

Hubert - J'ai un parcours qui n'est pas très linéaire. J'ai fait les Beaux Arts, section art. je voulais faire de l'art contemporain, j'ai un beau diplôme qui ne me sert à rien. 

Suite à ça je ne savais pas trop quoi faire. J'avais une grosse frustration sur l'écriture, alors je me suis mis à écrire un roman qui ne sera jamais publié. Et en parallèle, de petits boulots en petits boulots, j'ai fini par faire une formation en PAO, chercher du travail en tant que graphiste, ce qui n'était pas facile avec mon profil bizarre.

Là un ami, Yoann, qui était déjà dans la bd, me dit qu'il y a un métier qui est en train de naitre, coloriste sur ordinateur. Je fais quelques essais, qui tombent sous les yeux de Guy Delcourt, qui m'adoube en tant que coloriste professionnel. Aujourd'hui, je fais toujours de la couleur.

Et parallèlement à ça, Yoann, toujours, me dit qu'il a une demande sur une petite histoire sur des vampires et me demande si j'ai une idée. Je sèche pendant un bon mois et demi avant d'arriver à écrire un petit truc, trop tard parce que Yoann a déjà trouvé un autre scénariste, mais je lui fait lire, et il trouve ça vachement bien et me demande ce qu'il y a après. Du coup j'ai commencé à écrire, l'équivalent d'une série, qui ne sera jamais publiée, mais ça m'a tellement plu que j'en ai écrit une deuxième, puis une troisième. J'ai rencontré Tanquerelle, et il a eu envie de le faire. C'était Le Leg de l'Alchimiste.

Puis j'ai rencontré Zanzim, et je lui ai proposé une histoire qui paraissait très bizarre par rapport à son dessin frais, azimuté, étrange. Un espèce de conte gothique qui s'appelait les Yeux Verts. Et puis il y a eu d'autres rencontres, les Kerascoët, Miss pas touche... Et au final j'ai une vingtaine de titres avec des thématiques qui me sont propres.

J'ai du mal à être un scénariste professionnel dans le sens 'répondant à la commande', j'ai besoin d'écrire des histoires avec des thématiques en résonance avec qui je suis, ma propre vie, souvent des histoires un peu freaks, qui explorent des sentiments un peu noirs, mais avec de l'humour aussi.

Comment raconteriez-vous Petit en quelques mots ?

Bertrand Gatignol - Petit, c'est l'histoire d'un monde où une dynastie de géants a, au fil des siècles, dominé les humains, jusqu'à arriver à se faire servir par eux, et les manger. C'est l'histoire de cette famille royale qui périclite, parce qu'en dégénérant au fil des années, les géants sont de plus en plus petits, de plus en plus idiots, par consanguinité. On arrive au moment du déclin complet de la dynastie. Le dernier rejeton de la famille est le plus petit de tous. Il n'est même plus géant, presque un humain. On va suivre son parcours personnel et la place qu'il va essayer de trouver dans un monde où il n'est ni géant ni humain.

Hubert - Il est tiraillé entre sa nature profonde, son éducation, les attentes des uns et des autres, les regards qu'on peut porter sur lui.

Comment est née l'idée de cette histoire ?

Hubert - L'envie de revenir au conte gothique, ça faisait une dizaine d'années que je n'en avais pas écrit. Me recoller à cette tradition littéraire, Melmoth, Le Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki...

Et un évènement beaucoup plus personnel, lié à la maladie de ma mère. Comme dans toutes les familles, il y a des secrets de famille, et j'ai découvert des tas de choses, qui tout d'un coup expliquaient certaines facettes de ma personnalité. 

J'ai eu ce sentiment d'être comme une minuscule poupée russe au milieu d'un empilement, d'être déterminé par ces secrets, cette histoire. D'avoir le sol qui se dérobe sous mes pieds et de me demander si j'existe, même, en tant que personne.

Les deux choses se sont combinées, ça a commencé à fermenter dans ma tête. J'ai eu une longue nuit d'insomnie où les idées s'enchainaient à toute vitesse, et au matin j'ai rempli presque un carnet, pour ne rien oublier.

Et c'est à ce moment-là que je suis arrivée dans l'atelier où Bertrand travaillait, c'était juste avant la sortie de Pistouvi. On adorait mutuellement le travail de l'autre, je lui ai raconté les prémices de l'histoire, puis les choses ont beaucoup bougé au fil de la collaboration.

Comment s'est passée votre collaboration, justement ?

Hubert - De toute façon, quand je travaille avec un dessinateur, il est le premier lecteur. celui qui porte un regard. Et ce regard, ses envies, conditionnent un peu mon écriture. Il y a eu un moment vraiment important, où Bertrand a dit que ce qui l'intéressait vraiment dans cette histoire, qui était une histoire chorale où l'histoire de Petit s'insérait au même niveau que celle de ses ancêtres, c'était de se focaliser sur Petit, et de trouver un autre mode de narration pour ces autres histoires.

Bertrand Gatignol - J'ai besoin d'avoir un scénario avec une profondeur et une folie qui est propre à l'auteur. Ça ne se passe pas toujours comme ça, mais moi je prends en charge le découpage, la mise en scène, l'incarnation réelle de l'histoire. C'était aussi la condition de travail, il écrit l'histoire et je fais le découpage. C'est comme un scénario de film, je suis metteur en scène. c'est découpé avec des intentions, une base temporelle, moi j'étire, j'interprète. je me sens plus réalisateur qu'illustrateur. Je n'illustre pas les propos d'Hubert, je les incarne. C'est pour ça que la base de la relation de travail était vraiment importante, il y a des scénaristes qui ne veulent pas faire ça.

Mon objectif c'est de respecter au maximum les propos d'Hubert et de les magnifier. Les rendre encore plus forts, encore plus clairs, encore plus lisibles, et encore plus synthétiques. Et finalement les rendre tellement clairs et limpides que les lecteurs n'aient pas de doute sur les intentions de départ. Ça passe par mes fixations, mes folies, mon interprétation du texte également.

Hubert - Dans l'intimité de la collaboration, il y avait aussi des allers-retours où Bertrand me disait "Là cette partie-là j'adore, là j'y crois un peu moins, je suis un peu plus flottant dans mon ressenti sur tel ou tel truc." Et donc c'était à moi de recommencer, de réécrire, d'essayer de trouver. Petit à petit, il y a des choses qu'on a éliminé, des choses sur lesquelles on s'est focalisé, pour concentrer et arriver à faire la meilleure histoire possible.

Bertrand Gatignol - Et en contrepartie, Hubert a eu un apport déterminant sur l'aspect graphique. Il m'a soumis le scénario, j'ai discuté, donné mon avis. Avis pris en compte ou pas. De toute façon le final cut de l'histoire revient à Hubert, et le final cut du montage, du découpage me revient. On est en discussion permanente avec chacun la responsabilité de son poste. Mais comme je ne me sens pas vraiment illustrateur, je ne suis pas là pour faire une démonstration technique, j'ai demandé à Hubert ce qu'il avait en tête.

Il m'a fait tout un montage du château, et on est parti là dessus. Idem pour le casting etc. On a eu une discussion sur Sala, moi j'en avais une interprétation plus fine, plus 'madame'. 

Hubert - Je lui disais que Sala est de la chair à la base. C'est une femme charnelle, donc pas une beauté ascétique, pas Keira Knightley, il n'y a rien à bouffer dessus donc ça ne peut pas être ça. Elle doit être plus pulpeuse, tout simplement parce qu'à la base elle a été élevée pour sa chair. Ce n'est pas un caprice, c'est dans le sens-même de l'histoire. Il faut qu'elle donne l'eau à la bouche, c'est pour ça que la maman de Petit l'a choisi.

Bertrand - Ce qui est intéressant c'est que toute mon énergie est focalisée sur l'expression et l'incarnation de l'histoire, si je suis soulagé d'une partie des recherches graphiques, je prends. Parce qu'encore une fois, pour moi le graphisme c'est un outil, l'objet de la narration.

Il se trouve que j'ai un dessin plutôt technique, plutôt réaliste, plutôt joli disons, mais je pourrais avoir un vocabulaire graphique plus simple que ça ne changerait pas grand chose. Le dessin est vraiment assujetti à la narration.

Hubert - Et pour moi, dans la collaboration, il n'y a pas à avoir d'ego. On est pas là 'Attention, tu dois respecter ça parce que j'ai fait quelque chose de tellement intelligent, ma parole est sacrée.'

Bertrand Gatignol - Et en même temps il y a cette notion de respect de la vision de l'autre.

Dans l'absolu je voudrais qu'on ne pense pas au dessin. S'il crée une émotion c'est réussi. Si quelqu'un me dit 'Super ta perspective !', ce n'est pas bon, c'est qu'il était occupé à regarder la perspective plutôt que d'être dans l'histoire.

Petit c'est toute une galerie de personnages. Hubert, les as-tu écrit en amont pour ensuite dérouler une histoire ?

Hubert - Non. C'est comme une espèce de scène de théâtre. Quand j'écris, en général, dès les premiers jets, ils sont là et ils parlent. Je les regarde se comporter. Evidemment c'est moi qui les fais jouer, et ils jouent aussi avec des parts de mon inconscient, de mes émotions, ils se nourrissent de moi-même. Après, très souvent, il y a des contradictions, à l'intérieur même de leur jeu. Et soit ces contradictions sont intéressantes, parce qu'on est auto-contradictoire de toute façon, et créent des richesses, des complexités de personnages, soit c'est juste incohérent et j'élimine ce qui ne m'intéresse pas.

Dans les discussions, les rapports entre les personnages. parce que quand deux personnes parlent, ça dit énormément sur ce qu'elles sont, petit à petit, les personnages se dessinent. Ensuite j'essaie de préciser ce dessin, de le pousser, d'aller chercher d'autres choses. Mais ça reste très intuitif.

On parlait du château tout à l'heure. C'est vrai que, comme au théâtre, c'est vraiment la scène de l'histoire. Lui aussi s'est-il construit au fur et à mesure, ou était-il un décor planté dès le départ ?

Hubert - Il y avait cette idée. Pour moi ça fait partie du conte gothique de toute façon : le château immense, trop grand, d'une famille maudite, posé comme ça. L'idée conceptuelle existait dès le départ, mais après il a fallu le construire, et ça c'était autre chose, l'incarner visuellement.

Il y a ce huis-clôt, mais les respirations, les textes illustrés, se déroulent à l'extérieur. Aviez-vous déjà en tête tout ce monde étendu, en même temps que le château ?

Hubert - Oui, tout était là quasiment. Les grandes lignes étaient là, parfois dix lignes sur un personnage que j'ai développé après, mais globalement, tout existait déjà.

Les géants, les ogres, font déjà partie de notre imaginaire collectif. Et à la lecture, j'ai eu la sensation qu'on me racontait la mythologie de ces ogres, comme d'autres mythologies très anciennes. Avez-vous réalisé que vous étiez en train de créer cette mythologie ?

Bertrand Gatignol - Oui et non, ça s'est créé par tous les codes graphiques et littéraires qui ont été utilisés pour amener le lecteur dans l'histoire.

Quand d'un seul coup, dans une bd, on coupe l'histoire avec un pavé de texte, moi personnellement en tant que lecteur c'est quelque chose qui m'insupporte. Donc il fallait trouver une solution pour ne pas offenser le lecteur, et l'amener à ne pas voir ça comme une punition. 

Pour arriver à ça, on a utilisé les codes graphiques qu'on connait tous, les bouquins de Gustave Doré. Qu'on les ait lu ou non, l'archétype du conte de fée, du grimoire, c'est ça. Du coup je pense qu'inconsciemment la dérive sémantique autour du conte s'est construite au fur et à mesure. Le livre est une troisième voix, qui n'est pas la nôtre, et qui s'exprime autour du conte. Parce qu'à la base l'histoire n'est pas du tout un conte.

C'est simplement que les codes, les monstres présents, les manières dont il meurent, sont des processus hyper mythologiques, et la manière dont c'est amené graphiquement utilise le champ sémantique graphique du conte de fée.

Hubert - Ce qui m'intéresse dans la culture, c'est que ça devient un espèce d'énorme réservoir plus ou moins inconscient et très digéré, et finalement quand j'écris tout ça sort. Et je me dis "Ah c'est marrant je suis en train d'écrire un truc qui me fait vaguement penser à Chronos etc", mais je vais juste un peu jouer avec l'idée, ça ne m'intéresse pas de faire une décalque ou un truc un peu trop appuyé.

Je joue avec quelque chose qui fait partie de notre inconscient collectif, c'est ce qui m'amuse dans ce processus d'écriture presque automatique. Iil y a plein de choses qui émergent. mais je n'ai pas envie d'appuyer des clins d'oeil.

A la lecture, au lieu de lire des clins d'oeil, j'ai plutôt eu l'impression qu'on me racontait les origines.

Bertrand Gatignol - Parce que justement, c'est assez pervers, mais on a tout fait pour faire croire aux gens qu'ils avaient déjà lu le livre. 

Hubert - Une forme de familiarité.

Bertrand  Gatignol- C'est pour ça que la couverture a été très complexe a mettre au point. La plupart du temps, la couverture d'un livre, c'est la photo du héros. Si ça peut être une jolie blonde avec des gros seins c'est encore mieux, mais globalement c'est la photo de quelqu'un qui est plutôt beau, qui donne envie.

Là c'est la photo d'un mec qui fait deux centimètre par rapport à son père. Si on le montre juste lui comme ça, en disant que c'est un truc sur les ogres, bah non, Petit c'est presque un mec normal. Donc il faut le mettre dans un contexte, et montrer papa. Mais papa est beaucoup plus grand. Donc montrer papa tout en montrant Petit, tout en réussissant à le faire rentrer dans le cadre. Parce qu'il fait 50 mètres de haut et que Petit fait juste deux mètres, on ne peut pas le mettre l'un à côté de l'autre.

C'était un casse-tête, mais en gros l'idée c'est de prendre des codes extrêmement connus. Par exemple, la pose du papa c'est la pose de La Joconde. Le costume c'est le costume d'Henri VIII, qu'inconsciemment on connait tous. C'est de la triche, tout à l'heure je parlais d'incarnation, mon boulot c'est de parler de la folie d'Hubert. Attraper le lecteur, lui faire croire qu'il va passer un bon moment, et en fait il est dans un piège.

Toutes ces références-là, d'un point de vue graphique en tout cas, toutes ces influences-là sont extrêmement maitrisées, elles sont très codifiées. Il y a des anachronismes temporels. Ça joue sur des stéréotypes. Les costumes sont plutôt ceux de Bruegel par exemple. Même si ça ne respecte pas totalement la chronologie temporelle, ce sont des codes qu'on connait, et quand tu dis que tu as cette sensation d'arriver aux origines, c'est parce qu'on a justement utilisés tous les codes des origines.

Hubert - Il y a ça, et par contre, par rapport à ce côté fabrication, il y a une volonté pour l'un comme pour l'autre de ne jamais être dans le second degré. On est dans une narration au premier degré, avec des émotions au premier degré. On n'essaie pas de jouer les malins avec, on y va en frontal.

On va jouer avec des choses, mais on ne va pas tricher. On met nos émotions, on y va à fond, et on va essayer de vous faire ressentir ce qu'on ressent nous. On vous prend avec nous, on ne va pas tricher, accrochez-vous ça va secouer.

Bertrand Gatignol - L'idée c'est d'amener les gens dans un Grand 8. Une fois qu'on est dedans on regrette un peu, et en même temps ça fait du bien les guilis dans le ventre. C'était un peu ça l'idée.

Hubert - D'où ce côté à la fois très référentiel, et en même temps on n'est pas une pose.

Bertrand Gatignol - L'univers qu'a posé Hubert était très dense, foisonnant. Pour moi ça a été un cauchemar, il fallait que j'incarne cette idée-là. Je ne pouvais pas me permettre de ne pas faire de perspectives, de détails.

Justement, quelque chose d'impressionnant ce sont les échelles, est-ce que ça a été un casse-tête ?

Bertrand Gatignol - En fait, les échelles n'est pas du tout juste, quand on regarde d'une page à l'autre. Mais ça marche parce que je suis partie du principe que les échelles devaient être indicatives et pas réelles.

Hubert - Elles sont émotionnelles en fait.

Bertrand Gatignol - S'il y a une scène où il faut exprimer que Petit est minuscule dans la main de sa maman, je vais le faire plus petit que normalement. Par contre s'il y a une scène de dialogue entre les deux, je ne peux pas le faire aussi petit. Tant qu'il est vraiment plus petit que sa mère, pas dans un rapport d'échelle normal, ça marche.

Ce qui était compliqué c'était d'être en permanence en plongée/contre-plongée dans des cathédrales. Et en même temps, j'ai pris un peu ça comme un canevas, comme un tapis. Je tricotais, et une fois que j'avais la structure, tant que les perspectives étaient indiquées, je le faisais en automatique.

Et quand tu regardes bien c'est très très sale. Je n'aurais jamais fini sinon. C'était justement la mauvaise surprise pour Hubert quand il m'a aidé pour cleaner les noirs.

Hubert - Je n'ai pas été tout seul, on a été une petite équipe de poseurs de noirs.

Bertrand Gatignol - Ça a été un enfer. Aucun trait n'est fermé.

Hubert - C'est ce qui donne ce caractère très particulier du dessin de Bertrand, il est très lâché, et semble extrêmement précis.

Bertrand Gatignol - Je suis très tatillon sur les endroits précis de l'image qui sont nécessaires, là où on perçoit la précision. Pour le reste, c'est comme si je faisais une omelette. Je ne rigole pas, le geste, quand je dessinais ma cathédrale, j'avais l'impression de battre des oeufs.

Hubert - Le crayonné de Bertrand est extrêmement solide et précis, toute la structure du dessin est là au millimètre, mais en mode rough. Du coup quand il passe en encrage, il est presque en mode téléphone, mais sur un dessin tellement solide que c'est là.

Il y a un côté folie dans la richesse des cases.

Bertrand Gatignol - Oui, à l'inverse de Pistouvi.

Dans Pistouvi on ne sait pas sur quelle planète on est, il fallait qu'on ne voit rien. Il y a un horizon, mais qu'est ce qu'il y a derrière ? Il fait chaud, il fait froid ? On est perdu là-dedans.

Avec l'écriture d'Hubert, il y a trop d'informations, il fallait un truc qui déborde. Dans mon esprit il fallait qu'on soit dans un processus de digestion, donc avec un vocabulaire de formes très organique. On est mangé par tout, tout vomit, tout pousse, et finalement l'architecture pousse de manière végétale. Il n'y a aucune perspective tirée à la règle, pour être dans un truc un peu pété, organique.

D'ailleurs, toutes les références que m'avait donné Hubert avec des cathédrales en ruine, recouvertes de végétations, étaient déjà indiquées dans ses intentions. J'ai été obligé de tricoter, ça faisait partie du code graphique.

Avec Pistouvi je comptais les traits, là c'était l'inverse. Il fallait que ça soit gras, trop présent. Je pense qu'il y a une réponse à Hubert qui donne des infos tout le temps. On est emporté.C'est ça aussi qui donne ce souffle un peu épique, cette sensation qu'il y a un gros truc qui t'arrive sur la gueule. Si ce livre était un métal ce serait du mercure, il y a beaucoup de densité. 

Et le choix du noir et blanc ?

Bertrand Gatignol - Je suis plus à l'aise en noir et blanc. On a fait quelques tests en couleurs mais ça perdait tout.

Hubert - Le noir est la couleur de l'histoire, de toute façon.

Bertrand Gatignol - J'utilise le noir comme une couleur, pas comme une valeur. La lumière est donnée par le niveau de gris.

Petit c'est une mythologie, mais vous avez décidé de la raconter sur le déclin. Qu'est ce qui est particulièrement intéressant dans ce déclin ?

Hubert - Déjà, il y a cette idée de consanguinité qui est importante. Cette idée de boucle qui se boucle, finalement.

J'adore les Buddenbrooks de Thomas Mann, ces histoires de famille déclinantes, d'anciennes splendeurs, de châteaux qui s'écroulent, de chefs d'oeuvre en péril. Ça faisait partie de ce climat qui est aussi celui du roman gothique. Ça ne pouvait pas être autrement pour moi. Une émotion, plus que quelque chose d'intellectuelle.

La fin est ouverte, vous avez envie d'une suite ?

Hubert - On n'a pas envie de faire une suite dans le sens d'un Petit tome 2. On a envie d'explorer ce monde qui est vaste. Là on a vu le sommet du château, quelques kilomètres carrés de ce royaume. Et on sait par les contes, et ce qu'on peut en voir, qu'il y a des choses autour, une ville au pied du château notamment. Et l'idée, ce sera de déplacer le point de vue. de faire d'autres one-shot, qui auront des connexions mais qui ne seront pas une suite.

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