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Bertrand Galic et Marc Lizano (Le Cheval d'Orgueil), l'interview

Franco-belge Le 03 mars 2016
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par Elsa
Bertrand Galic et Marc Lizano (Le Cheval d'Orgueil), l'interview

Fin 2015, pile à temps pour les fêtes, paraissait l'adaptation en bande dessinée du Cheval d'Orgueil de Pierre-Jakez Hélias. Ce récit autobiographique nous plonge dans la Bretagne de l'entre-deux guerre, à travers l'enfance et l'adolescence de l'auteur. 

Comme toujours chez Noctambule, la bande dessinée est une adaptation libre de l'oeuve, offrant un regard nouveau, poétique et sensible, sur l'histoire. La bande dessinée connait un beau succès, mérité, depuis sa sortie.

Bertrand Galic et Marc Lizano ont répondu à nos questions, et nous en disent plus sur leur travail sur ce livre.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Bertrand : Après un bac et une prépa littéraires, j'ai suivi des études d'Histoire, qui ont débouché sur l'obtention d'une Maîtrise, puis du CAPES. J'enseigne aujourd'hui dans un collège brestois, à mi-temps. Le Cheval d'Orgueil est ma première parution en tant que scénariste.

Marc : Un bac littéraire aussi suivi d’un passage éclair au beaux-arts et quelques années en fac de philo à Rennes. Dans le même temps, j’ai mis un pied dans le monde de l’édition par le fanzinat, la micro-édition et des publications autant en presse qu’en scolaire, en jeunesse qu’en bd grand-public.

Comment est née l'idée de ce projet ?

Bertrand : L'idée a surgi lors d'une discussion tout à fait spontanée et innocente, un soir de festival. Avec Marc, nous échangions sur la place de la Bretagne dans la bande dessinée. Et je m'étonnais qu'un monument tel que Le Cheval d'Orgueil n'ait jamais été adapté...

Marc : C’est une question qui revient souvent avec la conclusion que nous nous sommes attaqué à un monument de la littérature bretonne. Mais, c’est surprenant, cela ne nous a jamais bloqué ou intimidé, juste motivé à faire le meilleur livre possible. Si c’est un best-seller, la structure même du livre obligeait à un grand travail d’adaptation et donc, une grande liberté. 

Comment s'est déroulée votre collaboration sur cette adaptation ?

Bertrand : Cela s'est passé sur un laps de temps assez long, puisque quatre ans se sont écoulés entre notre toute première discussion et la sortie de l'album, en décembre dernier. J'ai livré mon scénario en six temps, suivant en cela le découpage de l'album, qui comprend six “livres“. Les échanges ont été permanents, par mail et téléphone, à partir du moment où le storyboard a démarré. Au cours de la réalisation, nous avons par ailleurs ressenti le besoin de nous revoir, à quelques reprises. Rien ne vaut en effet le “direct live“ !

Marc : C’était effectivement très long mais une pagination de 135 planches, ce n’est pas rien, surtout qu’il y a eu un premier temps avec beaucoup d’interruptions dues aux nombreuses invitations et sollicitations autour de L’enfant cachée. En 2015, j’ai d’ailleurs stoppé ces rencontres pour me concentrer uniquement sur les pages du Cheval. Il y avait par ailleurs, en plus du dessin, la mise en couleur à faire sur tout l'album.

Avez-vous l'un et l'autre effectué des recherches au-delà du roman en lui-même ?

Bertrand : Bien sûr. J'ai consulté de nombreux ouvrages, ainsi que de multiples pages, sur  internet. J'ai également eu accès au fonds Per Jakez Helias du CRBC, à l'Université de  Brest, et rencontré un certain nombre de spécialistes. Marc et moi-même avons par ailleurs  été plusieurs fois en repérage, sur les traces du Cheval d'Orgueil, en particulier à  Pouldreuzic. Nous y avons fait la connaissance de personnes ayant côtoyé l'auteur de son  vivant, qui nous ont apporté beaucoup, évidemment.

Marc : Nous avons eu aussi le plaisir de rencontrer Jean Pierre Gonidec qui nous a fait visiter les archives départementales à Quimper. La documentation, pour l’essentiel, nous l’avons trouvée en direct, sur place mais aussi dans les livres et sur Internet.

A-t'il été compliqué de trouver le juste équilibre entre le respect de l'oeuvre et son passage au médium bande dessinée ? 

Bertrand : Notre album est ce qu'on appelle une “adaptation libre“. Peut-être encore plus que le fond, nous nous sommes attachés à respecter l'esprit de l'oeuvre originale.

Marc : Le décalage est aussi présent dans mon dessin, pas franchement réaliste : ) mais où j’essaye de faire passer beaucoup d’humanité.

Qu'est ce qui vous a particulièrement touché dans cette histoire ?

Bertrand : Ce qui est particulièrement touchant dans Le Cheval d'Orgueil, c'est ce regard  d'un enfant sur son monde, son “pays“ et ses gens. Et il y a un thème, transversal, qui me  parle plus que tout : celui de la transmission. Le petit Pierre grandit avec et, surtout, grâce  aux autres. Le rôle joué par les deux grands-pères, Alain Le Goff et Alain Hélias (dit “Jean  des Merveilles“) s'est en l'occurrence avéré déterminant.

Marc : Ce sont des thèmes que j’ai souvent abordé dans mes précédents livres, la transmission, les liens et aussi, ici, le va-et-vient constant entre le savoir et l’imaginaire.

Vous expliquez que l'écriture de l'auteur est très imagée, et invite au dessin. L'identité graphique de cette bande dessinée s'est-elle dessinée spontanément ? 

Bertrand : Pierre-Jakez écrit comme un poète et décrit comme un peintre. À la lecture de  son texte, les images affluent. Et elles sont souvent chargées d'émotions. Le trait de Marc,  tout en arrondis, les retranscrit parfaitement. Dès le départ, j'ai su que cela fonctionnerait à  merveille.

Marc : Pour Pierre-Jakez, tu parles d’ailleurs souvent de tableaux. J’avais en tête au départ les images de Meheult ou de Rivière mais mon dessin en est si loin que c’est peu crédible de les citer en référence. Pourtant, c’était bien là, dans un coin de ma tête.

Vous êtes tous les deux bretons, en adaptant Le Cheval d'Orgueil, avez-vous mis de votre Bretagne et de vos souvenirs dans ces pages, ou vous êtes vous uniquement intéressés à la Bretagne de l'entre-deux guerre ? 

Bertrand : Forcément, on met beaucoup de soi, lorsqu'on écrit. Même lorsqu'on adapte une  oeuvre déjà existante. Donc oui, il y a aussi de ma Bretagne à moi, dans les pages de notre  album.

Marc : Plus dans le fait d’avoir grandi à la campagne en ce qui me concerne. J’ai de chouettes souvenirs des bois, des rivières, des cabanes…

Au-delà d'une enfance en Bretagne, c'est aussi le cheminement d'un futur auteur. Vous êtes-vous senti proches de Pierre-Jakez Hélias et de son parcours ?

Bertrand : Il serait prétentieux de se comparer à un auteur de cette trempe... La  seule chose  que je puisse dire est que mes choix professionnels m'ont aussi orienté vers l'enseignement  et l'écriture. Mais la comparaison s'arrête là.

Marc : La chose qui me touche le plus c’est son humanisme. J'ai l'impression qu'il y a peu de chauvinisme chez lui. Et son goût pour les gens, le monde réel et les passerelles vers le monde des légendes.

Pendant ce travail d'adaptation, vous avez été en lien avec la famille de l'auteur, pouvez-vous nous en dire plus ? 

Bertrand : Dès l'instant où des éditeurs se sont intéressés à notre projet, nous avons effectivement contacté Claudette et Yves Hélias, les enfant de Pierre-Jakez. Il était hors de  question de foncer tête baissée dans l'adaptation, sans leur bénédiction préalable. En l'occurrence, nous avons eu la chance d'avoir affaire à des ayants-droit particulièrement ouverts, exécrant toute forme de censure, comme leur père. Pour tout dire, notre projet a été reçu avec enthousiasme et bienveillance... et de vrais liens se sont tissés, au fur et à mesure de l'aventure.

Marc : Malo Kerfriden signe aussi la préface de l’adaptation, parce qu’il est le petit fils de Pierre-Jakez mais aussi parce qu’il est dessinateur de bande dessinée. Ce qui a peut-être aussi aidé la famille à accueillir notre projet aussi simplement. 

La bande dessinée est parue en décembre dernier, comment a-t'elle été accueillie ? 

Bertrand : L'accueil, particulièrement en Bretagne, a dépassé toutes nos attentes. Les retours de nos lecteurs sont globalement très positifs. Et le premier tirage a  été  épuisé en  trois jours...

Marc : Oui, un accueil bienveillant et le plaisir d’avoir là un lectorat pas uniquement habitué à la bande dessinée. J’espère qu’on a réussi à écrire et à dessiner un livre vraiment grand public.

Quels sont vos prochains projets ?

Bertrand : Ils sont plutôt nombreux... Mon prochain album sortira début avril, dans la  collection Aire Libre des éditions Dupuis. Il a pour titre Un Maillot pour l'Algérie, est  coscénarisé par Kris et dessiné par Javi Rey. Un autre livre est prévu pour septembre, chez  Futuropolis, également coscénarisé par Kris, avec Damien Cuvillier au dessin. Il y sera question de Brest, ma ville de coeur. J'ai également resigné chez Soleil/Noctambule, avec Paul Echegoyen. Nous travaillons à l'adaptation du troisième Voyage de Gulliver. Voilà pour 2016... Pour le reste, nous aurons probablement l'occasion d'en reparler un peu plus  tard.

Marc : Je vais retrouver les éditions de La gouttière (qui avaient publié La petite famille et Hugo et Cagoule) pour une trilogie avec Benoit Broyart qui s’appelle La pension Moreau. Un deuxième tome des Die geschichten von Vater und Sohn est en cours d’écriture avec Ulf K pour Panini Verlag et le tome 1 devrait voir le jour en France. Et puis, en préparation, une petite série de bd muette que je prépare avec Carole Trébor pour la jeunesse. Il y a aussi, maintenant que je vais de nouveau m’installer près de Paris, l’envie de m’impliquer un peu plus auprès du SNAC BD et de la Charte des Auteurs jeunesse, à un moment où la situation des auteurs et des dessinateurs ne cesse de se dégrader. Les autres projets de livres, il me faudrait du temps pour les exposer et sans doute une deuxième vie pour les réaliser…

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