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Discussion avec Tébo, dessinateur de Captain Biceps, entre BD et comics

Franco-belge Le 12 oct 2019
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Discussion avec Tébo, dessinateur de Captain Biceps, entre BD et comics

Bruxelles, Fête de la BD, le samedi 14 septembre.

Au milieu du parc, sous le soleil, l’ambiance est détendue. Les familles déambulent, profitant de cette magnifique journée et de cet événement très populaire dans la ville qui incarne le mieux le Neuvième Art. Avant sa séance de dédicaces, je retrouve Tébo, le très sympathique dessinateur de Captain Biceps, dont le tome 7 l’Increvable vient de paraître chez Glénat. Avec son franc-parler et sa bonne humeur, il revient sur la genèse du personnage et sur ses influences.

Parlez-nous de la création de Captain Biceps, avec ZEP (le papa de Titeuf) ?

On se connait avec ZEP depuis 20 ans et la création du journal Tchô où paraissait Titeuf. Moi j’étais très fan de comics et mes premiers projets étaient des parodies de super héros, sauf qu’à l’époque ce n’était pas vraiment à la mode comme aujourd’hui et personne n’en voulait. À la fin des années 90,  il n’y avait pas cet engouement pour le genre super héroïque.

Il y avait une thématique par mois pour le magazine : la rentrée, les filles, le sport… et à chaque fois que je proposais les super héros on me disait « non c’est naze, dégage… ». Tchô a pris de l’ampleur par la suite et il fallait le remplir. Chaque auteur amenait sa rubrique et un thème. À peu près à moment-là, le Spider-Man de Sam Raimi est sorti au cinéma (2002). Inspiré, Zep, qui connaissait un peu les super héros, a commencé à écrire une rubrique où un mec balèze pétait la gueule de Hulk ou la Torche Humaine. Comme on est très potes, il m’envoie à chaque fois des idées et me demande ce que j’en pense. Et là je lui dis que c’est ce que j’essaie de faire depuis toujours, et il m’a donc proposé de le dessiner !

Notre directeur de publication n'est pas convaincu mais le prends pour nous faire plaisir, histoire de meubler pour trois numéros, et après il fallait passer à autre chose. J’étais super heureux et j’ai essayé d’intégrer un maximum de persos. Finalement ça fonctionne très bien au niveau de l’humour et de l’énergie, mais c’est surtout le courrier des lecteurs qui nous fait prendre conscience du phénomène. Avant, tous les enfants écrivaient pour Titeuf mais là on recevait des tonnes de lettres pour Captain Biceps, avec des dessins de fans représentant le héros contre « Tapis-Man » et autres, des gags en une page au feutre ou crayon de couleur super bien faits ! Donc ce qui n’était pas prévu pour durer est finalement sorti en album, mais il n’y aurait du en avoir qu’un. Finalement on est aujourd’hui au septième tome, en prenant notre temps (quinze ans depuis la création). Le tome 1 s’est vendu à 130 000 exemplaires en cumulé donc la série commence à être bien connue. Il a même été traduit en chinois !

Comment se passe votre collaboration ?

Je suis très heureux de bosser avec Zep, on trouve des idées à chaque fois qu’on se voit en festival. Au début nous sortions un album par an parce que le magazine nous poussait et voulait des pages. Finalement nous avons réduit le rythme et cela faisait presque deux ans que nous n’avions pas refait un album ensemble. On se croise souvent et on parle de la famille, de nos lectures… Il m’a proposé plusieurs projets, notamment la co-écriture d’un scénario, mais cela m’aurait pris trop de temps donc nous avons finalement décidé de rebosser sur un Biceps ensemble.

On s’est vus quatre jours sur Paris pour remettre la machine en route et c’était le meilleur moment de la conception de l’album ! Passer des moments ensemble, aller au resto, se balader dans Paris et trouver des gags hilarants dans le bus. Nous étions comme des gamins ! Ensuite, il rentre en Suisse et écrit le scénario en me proposant un storyboard avec des Monsieur Patate dégueulasses. Et heureusement d’ailleurs ! Comme ça je ne suis pas influencé par les expressions des personnages et suis libre dans mon travail. Je lui soumets les dessins puis on en discute et on fait notre auto-critique. Il n’y a pas de filtre entre nous, comme on se connait depuis super longtemps notre collaboration est très fluide.

Qu’en est il des problèmes de droit, de nombreux héros Marvel et DC étant tournés en dérision ?

On en parle souvent en interview, c’est une question qu’on nous a beaucoup posé pendant notre tournée promotionnelle. Au début, dans les premiers albums, on parodiait et on changeait les noms mais finalement notre éditeur nous a donné le feu vert pour utiliser leur véritable identité. Il y a également du manga avec San Goku ou Naruto, mais de ce côté-là pas de problème non plus.

De nombreux auteurs (italiens, espagnols…) qui travaillent pour ces gros éditeurs américains connaissent mon travail grâce aux réseaux sociaux et à la visibilité que m’a donné l’album de Mickey (La Jeunesse de Mickey chez Glénat, NDLR) et ces gags les font mourir de rire ! Aucun d’entre eux ne m’a dit que je risquais quoi que ce soit. Quand on voit qu’Emmanuel Lepage a eu des problèmes avec l’affiche pour le CBBD, en utilisant la fusée iconique de Tintin qu’il a été obligé de retirer, alors que moi je fais des choses assez irrespectueuses, j’ai de la chance ! (rires)

J’ai même fait au sein de l’Atelier Mastodonte une série qui paraissait dans Spirou et s’appelait Les aventures du slip de Tintin et du petit caca de Milou ! et n’ai eu aucun problème. Il y a même le Capitaine Haddock qui vomit, mais cela reste de la parodie. Pour ce qui est de cette histoire de la fusée de Tintin, c’est dommage car l’affiche était magnifique, mais au moins il y aura deux originaux à vendre ! C’est un bon petit buzz, bien joué ! (rires)

Tu es un gros lecteur de comics ? Quelles sont tes références ?

Je lisais les Strange, publiés en France, j'étais ultra fan des X-Men dessinés par John Byrne. J’étais à fond sur Kirby qui est pour moi l'un des plus grands dessinateurs ! Aujourd’hui je suis plutôt Hellboy, Walking Dead, Invincible… j’aime encore certains trucs de Batman. Mais quand j’étais gamin j’avais plus de mal avec ces dessins très sombres. J’ai récemment lu le White Knight de Sean Murphy, c’est une tuerie graphiquement !

En plus, aujourd’hui, j’ai de plus en plus de mal avec l’action gratuite en BD. J’aime les récits psychologiques. En revanche, je déteste dessiner ça !! Il faut souvent que je me calme parce que je mets de l’action partout. C’est d’ailleurs pour cela que dans La Jeunesse de Mickey j’ai introduit pépé Mickey pour qu’il y ait des moments de dialogue plus calmes. Pareil dans Captain Biceps où les rubriques Le saviez-vous permettent au lecteur de reprendre son souffle.

Zep mettrait du pipi et du caca partout et je dois le calmer et lui dire quand c’est trop ! On a quand même Maître Yoda qui se fait pisser sur la tête ! On a failli mettre Dark Vador mais je n’arrivais pas à trouver son côté marrant. Zep voulait aussi introduire Deadpool mais c’était compliqué parce qu’il est déjà dans ce registre comique donc le décalage est plus difficile à trouver. On voulait jouer sur son pouvoir de régénération mais on avait déjà fait le gag avec Wolverine et Groot… En plus ses couleurs sont proches de celles de Captain Biceps et ça peut être difficile de les différencier. On garde quand même l’idée pour un tome 8…

À quand la suite ?

Notre éditeur voulait qu’on signe pour trois albums en plus alors que le 7 n’était même pas terminé ! Je fais en plus Raowl (chez Dupuis NDLR) dont je dois sortir un album par an. Biceps doit rester un truc marrant et pas une obligation alimentaire. Mais nous avons toujours plein d’idées. J’ai une vraie tendresse pour ce personnage qui m’a fait connaître. Mais on ne sait jamais, on voit malheureusement plein de séries qui s’arrêtent et j’espère qu’on ne suivra pas cette voie. Pour l’instant les retours sont très bons, l’album se vend bien et notre éditeur fait un super travail de communication donc tout va bien !

Merci à Tébo pour cet entretien, et longue vie à l’indestructible Captain Biceps ! Le tome 7 de la série est disponibles chez Glénat au prix de 10.50€.

Vous pouvez suivre Tébo et Captain Biceps sur son compte Instagram.

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